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Toulon entre en tension après sa défaite contre le Racing 92

Par Mathias Merlo
Le

TOP 14 - Humiliée à Mayol, dimanche, par une équipe remaniée du Racing 92 (14-31), la bande à Mignoni et Azéma a frôlé les abîmes. Après l’heure du constat implacable, les Varois de Dan Biggar se doivent un rebond à Zebre pour éviter de s’enfoncer dans le doute.

À l’image du temps, le Rugby club toulonnais a viré à l’orage. Un de ceux qui transpercent les cieux, et viennent faire bondir les plus courageux. Si la majorité du vestiaire était en colère et combattif après le revers concédé face à Montpellier (16-26), le 6 novembre dernier, la gifle reçue face au Racing 92 a étourdi et laissé sans voix la plupart des résidents de la maison Rouge et Noir. "Il y aura un avant et un après, nous a glissé un habitué du RCT Campus. On se doit de relever la tête car sinon la saison peut-être aussi longue que les dernières."

Quoi qu’il advienne de la saison, cette volée restera dans le marbre. S’il a longtemps épargné ses ouailles, notamment après le revers face aux Cistes, Pierre Mignoni a changé son fusil d’épaule devant l’attitude de ses joueurs. Regard noir, mâchoire serrée, l’enfant de Toulon a pointé le mal récurrent de ce début de saison. "Certains se battent, d’autres font semblant de se battre (…). Vous appelez ça comme vous voulez, mais, des mecs doivent mouiller le maillot." Pour l’intéressé, il n'y a pas plus infamant que cette remarque. Aux talentueux, Mayol a souvent préféré les "braves" comme il aime les citer. Plusieurs joueurs ont perdu du crédit dans cette froide soirée de décembre. "Ce n’est pas dans ce genre de moments que l’on va se faire de cadeaux." Le message est passé aux visés.

Très agacé par le visage montré par son équipe lors de la gifle reçue face au Racing 92, Pierre Mignoni appelle à une profonde remise en question individuelle et collective.

Les propos complets > https://t.co/eepl1i62Ci pic.twitter.com/7nknIBrEAH

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) December 5, 2022

Depuis son retour, le directeur du rugby s’évertue à faire comprendre la valeur de cette iconique tunique, de la chance de l’étreindre dans le temple de Mayol, jadis un lieu où l’on devenait véritablement rugbyman une fois qu’on y avait affronté les guerriers de la Rade. Relancé par les journalistes, "Pierrot" a préféré garder "(ses) propos par rapport à ce qu’(il avait) envie de dire." Pour continuer à laver le linge, mieux vaut rester en famille.

Après avoir convié les clubs de supporters à une réunion en milieu de semaine, pour œuvrer à relancer l’ambiance autour et dans l’enceinte varoise, Mignoni a été, malgré lui, le dindon de la farce avec son comparse Azéma. Finalement, les supporters, tout juste 10.000 selon les organisateurs, ne se sont pas déplacés à l’image de plusieurs joueurs. À la bronca habituelle, le public a même laissé place à de l’indifférence, en quittant son écrin une nouvelle fois souillé, avant le traditionnel tour d’honneur. Un dimanche sous le sceau du fiasco.

"Il y a urgence"

Si le staff à assumer sa part de responsabilité, quand est-il des hommes sur le pré ? Aucun n’a daigné se présenter face à la presse. En zone mixte – lieu où journalistes et membres du club se croisent après les rencontres -, ils ont été peu nombreux à s’arrêter pour discuter de manière formelle ou informelle. Comme toujours dans ces douloureux moments, bien qu’il ne soit pas estampillé comme un leader du groupe varois, Aymeric Luc a endossé le rôle de porte-voix avec lucidité : "Nous sommes retombés dans nos démons. On a été des passagers dans cette rencontre. La copie est pâle. Il n’y a rien dessus. C’est moche, il n’y a rien dans notre partie. C’est une coquille vide."

Top 14 - Aymeric Luc (Toulon)
Top 14 - Aymeric Luc (Toulon)

Après le constat est venu le temps des raisons de l’intermittence toulonnaise. "C’est une bonne question de savoir pourquoi on change de visage comme ça… C’est frustrant. C’est dur de rendre des copies comme ça. On travaille, mais ça ne se voit pas sur le terrain. On n’a pas de sursaut. Il n’y a pas d’orgueil. On doit trouver des réponses. Un jour ça va, l’autre ça ne va pas. Il faut savoir d’où ça vient ! On doit en parler ! On doit analyser nos comportements, et voir ce qui ne va pas."

La sonnette d’alarme doit-elle être tirée ? "Oui, il y a urgence, poursuit l’ex-Bayonnais. C’est dommage car on a fait le boulot à l’extérieur pour être à l’aise. Finalement, on se retrouve sur deux revers à la maison. On est dans le ventre-mou. Moi, j’ai les boules." Au milieu de sa déclaration, avec des mines déconfites, une grappe de joueurs, dont de nombreux cadres, passe sans dire un mot. Plusieurs de ses membres sont partis pour une semaine de vacances laissant Toulon en plein doute, et des supporters sans réponse. Dans ce sillage, l’équipe dirigeante a été aussi discrète. L’époque n’est plus au coup de poing sur la table du côté de la Rade.

Dans une rencontre qui ne restera pas dans les annales du rugby, peu de joueurs sont repartis de Mayol avec des bons points. Antoine Gibert a tout de même marquer la rencontre de son empreinte, alors que la touche toulonnaise a largement failli. https://t.co/LDLRyUSpVa

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) December 4, 2022

Biggar et les Minots de la Rade sous pression

Ce mardi matin, à l’heure de la reprise de l’entraînement, Toulon se doit de changer de disque avec le retour de la maudite Challenge Cup, et de ses quatre défaites en finale (2010, 2012, 2020 et 2022). Sur le papier, l’insignifiant déplacement chez les Zebre prend une toute autre saveur depuis dimanche. Le peuple de Besagne, à défaut du rachat, attend au moins une réaction. Quelques centaines d’entre eux, motivés malgré tout, s’apprêtent à traverser la frontière pour pousser derrière les leurs.

En Italie, Mignoni et Azéma feront confiance à la jeune-garde et aux hommes en manque de temps de jeu : "Il n’y a aucune raison de galvauder quoi que ce soit. Mais, des joueurs que l’on a un peu moins vu pourront jouer, a annoncé le directeur du rugby du RCT avant la défaite face aux Franciliens. Des joueurs préparés et qui sont prêts. Des joueurs qui sont avec l’équipe et que l’on a besoin de voir pour relancer encore une concurrence forte dans les semaines à venir, car on en aura besoin." Visionnaire.

Des minots (Coulon, Danglot, Le Corvec, Warion, Halagahu…) ont une carte à jouer. À la vue des propos de Mignoni, la cartouche n’est pas à blanc dans un moment où les statuts vacillent et sont remis à plat. Les jeunes moussaillons estampillés 2001 et 2002 doivent changer le cap pour éviter une crise qui laisse poindre à l’horizon : Toulon a perdu quatre fois sur ses six dernières sorties.

Au-delà des défaites, c’est la manière qui fait tache et qui interroge au sein du vestiaire, des bureaux du Campus, et dans toute la ville du Faron au Coudon. "Ce changement de compétition peut nous faire du bien, a essayé de positiver Luc. On aurait aimé quand même montrer un autre visage en Top 14. Le comportement devra être différent. Ce moment doit nous renforcer dans tout ce que l’on doit accomplir."

Top 14 - Dan Biggar (Toulon)
Top 14 - Dan Biggar (Toulon)

En parlant de renfort, Dan Biggar tombe à pic. L’ex-ouvreur de Northampton se familiarise à cet environnement différent, toujours bouillant, et qui contraste avec ce qu’il a connu en club. Face aux Ciel et Blanc, le staff varois n’a pas voulu prendre de risque avec sa star. Le terrain était gras, et le genou gauche grinçait encore un peu. Alors que la pluie devrait tomber à Parme, samedi, le Gallois devrait tout de même faire sa première sous le maillot frappé du muguet.

Il a été la seule éclaircie du mois passé, et serait bien inspiré d’éclairer également le terrain par son talent et leadership. Si le gamin de Morriston commence à pratiquer la langue de Molière, les Varois cèdent, depuis la fin de semaine dernière, à utiliser celle de Shakespeare : "Welcome, and good luck, Dan." Il est attendu comme le soigneur capable de panser les maux, et il y en a beaucoup dans ce Toulon.