• Paul Alo-Emile - Stade français
    Paul Alo-Emile - Stade français

Avec le cas Alo-Émile, la question de la dépression chez les joueurs resurgit

Le

TOP 14 - Le Parisien Paul Alo-Emile s'est exprimé en exclusivité dans le Midi Olympique sur la dépression qu'il a connue la saison dernière. Les problèmes de santé mentale remontent à la surface avec ce nouveau témoignage. Les cas se multiplient mais la libération de la parole s'accélère.

Dans les colonnes de Midi Olympique ce lundi, le pilier du Stade français Paul Alo-Emile (30 ans) raconte avoir traversé une douloureuse dépression au cours de l’année 2022. Un passage qui l’a éloigné des terrains pendant plus de six mois et pendant lequel il a pensé au pire. "Je n’avais plus envie de rien. Je n’avais plus d’énergie. Un jour, j’ai même failli m’ôter la vie… Quelques heures plus tard, j’étais hospitalisé. (il soupire) En fait, tu arrives à un point où tu vois tout en noir. J’aime ma femme et mes enfants plus que tout au monde mais ce mal, en moi, ne me permettait même plus de les voir" raconte celui qui sourit tout le temps, qui incarne la joie de vivre. Un très douloureux moment de sa vie qu’il n’arrive pas à expliquer vraiment : "Je crois simplement que la dépression survient sans prévenir. Il n’y a pas eu de signe avant-coureur. Et ce fut d’autant plus violent." Mais qu’il est, malgré la difficulté, en train de combattre vaillement : "Le fait d’être suivi par un psychologue et un psychiatre sur du long terme m’a permis d’ouvrir mon cœur à quelqu’un, de parler sans tabou et sans craindre le jugement des autres. La foi m’a aussi donné beaucoup de force. Ma relation à Dieu est très importante."

Le cas de Paul Alo-Émile n’est pas sans rappeler celui de Christopher Tolofua, lui aussi victime d'une période dépressive. En début d'année, le talonneur du RCT expliquait avoir vécu une dépression aussi à la suite de son opération : "Je me sentais en forme au moment de la blessure. J’attendais ce match face au Stade toulousain avec une grande impatience, au moins depuis trois ans. C’était hyper important pour moi. Je me blesse à un moment où tout allait bien pour moi. J’étais en confiance. J’ai eu une micro dépression. Pas sur le moment, car on ne réalise pas. Mais après, au moment de digérer cette blessure, ça a été très compliqué." Avant de poursuivre : "Les antibiotiques, je ne parvenais pas à les digérer. J’ai perdu beaucoup de poids. Je ne me sentais pas bien. Oui, j’ai développé une forme de dépression. Pour vous dire, juste en montant les escaliers, j’avais la nausée. Le moindre effort était compliqué. Ce n’était pas bénin. Je n’ai pas eu une opération simple. Ça ne s’est vraiment pas trop bien passé au début."

Jordan Michallet, un drame terrible sous fond de dépression

Et comment évoquer ce trouble mental sans parler du cas dramatique de Jordan Michallet. L'ouvreur du Rouen Normandie Rugby s'est suicidé le 18 janvier 2022. Sa femme Noélie s'était livré sur le mal-être vécu par son mari au début de l'année sur Canal+. "Jordan traversait une semaine avec une baisse de moral, comme cela peut arriver à tout le monde. Il était très fatigué, moralement et physiquement. Il subissait aussi une certaine pression, comme le club était proche de la zone relégable. [...] En une semaine, tout s'est dégradé. Jordan n'a pas osé en parler, ou alors trop tard. Le club de Rouen, s'il avait su le ressenti et les émotions de Jordan, aurait été là pour lui. Il l'aurait aidé, ne l'aurait pas lâché. Mais un joueur a toujours honte d'avouer ses faiblesses, de dire qu'il va mal ou qu'il est fatigué. Je pense qu'il a eu peur du jugement.". Si l'on sait évidemment toute la tristesse que cela a engendré, ce drame a pu amener à une vraie libération de la parole, comme l'expliquait sa veuve. "Depuis ce drame, j'ai reçu beaucoup de témoignages de joueurs, français ou étrangers. Pas un ne m'a pas dit qu'il n'avait pas connu une dépression. Mais aucun n'a osé en parler, ni à ses coéquipier, ni à ses entraîneurs. C'est un milieu où il faut toujours être fort, où il faut toujours donner le meilleur de soi même."

Le sujet, au sens plus large, des maladies mentales dans le sport, et le rugby en particulier revient sur le tapis. Des problèmes neurologiques qui surviennent principalement suites aux chocs repétés et aux commotions cérébrales accumulées. Alexandre Lapandry, ancien joueur clermontois touché par ce mal, a décidé de poursuivre en justice l’ASM notamment pour "mise en danger de la vie d’autrui". Alors qu’il sentait lui même que ces blessures et ces maux ne passaient pas, il était allé voir les médecins et avait obtenu une réponse négative. "J’ai eu l’impression que les docteurs de l’ASM ne me prenaient pas au sérieux. Je leur en avais parlé. Ils avaient associé mes symptômes à une dépression, liée à la récente disparition de mon papa. Cela m’a dévasté." Entre les cas du Parisien, du Rouennais et celle de l’ex-clermontois, on remarque que les problèmes s’entremêlent et se confondent. Preuve que le ciblage et l’accompagnement autour de ces maux ne sont peut-être pas encore clairement établis.