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Diaby : "La concurrence, elle est avant tout avec toi-même"

Diaby : "La concurrence, elle est avant tout avec toi-même"

Le 28/10/2021 à 09:20Mis à jour Le 28/10/2021 à 09:22

TOP 14 - Sacré personnage que Mahamadou Diaby. Le 3e ligne aile de l'UBB a su revenir après avoir subi non pas une, mais deux opérations en 6 mois. Aujourd'hui, l'un des leaders de l'équipe Bordelo-Béglaise, confie ses impressions sur le début de saison et ses envies de progression pour lui-même et son équipe.

Mahamadou, peut-on considérer que vous effectuez un retour réussi après votre blessure la saison passée ?

Je reviens de loin. J'ai subi une opération au tendon d'achille. En fait, j'ai subi deux opérations. Une pour une rupture du tendon d'achille et j'ai décidé durant ma convalescence de me faire opérer d'une pubalgie. J'avais du temps. J'ai donc décidé de faire les deux opérations. Lorsque je suis sorti de mon immobilisation pour mon tendon d'achille, j'ai effectué celle pour ma pubalgie. La semaine où j'ai enlevé la botte, je me suis fait opérer. Je suis alors reparti pour une période d'immobilisation. Effectivement, je reviens de loin. C'était dur. Pendant 2-3 semaines, après l'opération, cela n'allait vraiment pas. J'ai bénéficié d'une bonne rééducation, ce qui m'a permis de reprendre après 6 mois, cet été, avec l'équipe. J'ai fait une pré saison complète avec l'équipe. Là, j'ai redémarré normalement. Et j'ai fait quasiment tous les matchs de la saison ; ce qui est quand même un petit exploit, compte tenu de ce que j'ai vécu. Maintenant, je suis content de l'avoir fait parce que, avec un problème, j'en ai réglé deux. Car j'ai rejoué 6 mois et 5 jours après ma première opération, exactement. Cela a demandé beaucoup de travail, beaucoup de sérieux. Dieu merci, j'ai été bien entouré. Je suis tombé sur des personnes compétentes. Un peu de mental, des bonnes rencontres, du sérieux et ça a fait l'affaire. C'était un objectif pour moi, de revenir pour la pré saison avec l'équipe. J'y ai mis tous les moyens.

Vous devez être d'autant plus content de rentrer dans une équipe qui a de bons résultats ?

Bien sûr. D'autant, plus content. Car j'ai vu ça la saison dernière, sur le banc de touche. J'ai vu ça de l'extérieur. Le fait que l'on reparte sur les mêmes bases, qu'on soit performant dès le début de saison, je suis d'autant plus heureux. J'ai l'impression de prendre le wagon en route et de continuer l'histoire.

Au final, la claque reçue d'entrée de championnat à Biarritz, cela vous a servi ?

Honnêtement, cette claque-là, elle nous a bien réveillés. Généralement, c'est ça, les bonnes équipes. Elles savent se servir des défaites pour grandir. Cette défaite, façe à Biarritz, nous a mis la tête à l'endroit dès le début. Et depuis, on n'est pas la même équipe.

Cela explique ces matchs gagnés, malgré des mi-temps pas toujours réussis ?

Cela fait partie du lot d'une saison. Avant d'arriver à faire des matchs pleins, complets, il faut passer par des périodes où on fait des matchs en demi-teinte. C'est vrai que cela nous est arrivé pas mal de fois depuis le début de saison, que ce soit dans les deux sens. Soit on a très bien commencé et on a fini en se faisant peur. Soit on a commencé en se faisant peur et on a vraiment bien fini. Comme on dit dans le sport, on cherche ce match "référence" qui nous permettra de dire : ok, pendant 80 minutes, on a été constant, on a maîtrisé les choses. Mais ce n'est pas si facile que ça, car cela ne dépend pas que de nous non plus. Le Top 14 est dur, les adversaires ne lâchent pas. Que les équipes se déplacent ou reçoivent, c'est une lutte acharnée jusqu'à la dernière minute. Alors dix minutes d'endormissement, de relâchement et cela peut changer complètement la physionomie du match. Ce n'est pas un problème qui est propre à l'UBB. Nous, ce qu'on cherche, c'est d'être les meilleurs possibles. Et l'excellence passe sur le fait d'être constant pendant 80 minutes, de dominer du début à la fin. Bien évidemment, on est à la recherche de ce match-là.

Sur le match à Lyon contre un concurrent direct, vous n'en êtes pas loin ?

Lyon, c'est un match abouti, dans ce sens-là. Aller gagner à Lyon, cela n'arrive pas tous les jours. C'est une bonne équipe. On a réussi à faire une bonne première mi-temps. La seconde période, Lyon n'a pas lâché le match. Cela a été difficile, mais on a su garder le cap. Mais toujours est-il que l'on doit être capable de mieux faire, notamment à la maison. On y travaille tous les jours.

Comment abordez-vous cette période sans les internationaux avec notamment deux grosses confrontations contre l'AS Montferrand et La rochelle ?

Bien évidemment, si les joueurs ont été appelés pour aller en équipe de France, ce sont des joueurs de qualité. On aimerait bien sûr les avoir pour les matchs importants. Néanmoins, cette période-là doit nous permettre de souder encore plus le groupe. Cela peut permettre de voir émerger de belles individualités. Et au-delà des individualités, quand on est diminué, il faut se resserrer, se souder. Ce sont des périodes qui font grandir une équipe. On n'est pas les seuls. Il y a beaucoup d'équipes qui sont impactées. Pour autant, il faut continuer à avancer. D'ailleurs ce qui est bien, c'esta qu'après ces périodes, si on arrive à bien les négocier, quand les joueurs reviennent, cela apporte un second souffle et de la fraîcheur. Ce sont des périodes à bien négocier. Mais je vous rassure, le staff sait comment nous faire garder le cap.

Pour toi, cette année, il y a pas mal de concurrence en 3e ligne avec notamment l'arrivée de jeunes, comme Vergnes Taillefer, Roussel ?

Il y a toujours eu une belle concurrence en 3e ligne à l'UBB. Les nouveaux joueurs qui sont arrivés sont de qualité. Mais je pense que la plus grosse concurrence que tu peux avoir, c'est celle que tu as avec toi-même. Le plus dur, c'est de maîtriser son ego. Tu as un ego qui te dit que tu n'as pas besoin d'en faire autant. Un ego qui te dit que tu es fort, que tu es le meilleur. Un ego qui te dit qu'il fait froid, que tu n'as pas envie de t'entraîner, donc tu vas en faire un peu moins. Cet ego qui te dit, t'es fatigué, donc calme le jeu un petit peu. Si tu n'arrives pas à battre cet ego-là, peu importe que la concurrence soit sur une jambe ou pas, tu n'arriveras pas à passer devant. La concurrence, elle est avant tout avec toi-même. Il faut réussir à vaincre cette petite voix qui essaye de te diminuer chaque jour, se remettre en question constamment, aimer le travail. Seul le travail porte ses fruits. C'est un petit peu ma conception de la concurrence. Mais sinon, le fait d'avoir des joueurs de qualité, cela permet une belle émulation.

Cet effectif plus complet, sera important avec l 'hiver qui arrive et la Coupe d'Europe ?

On dit que le rugby est un sport d'hiver, mais c'est un petit peu la vérité. Tout se joue dans cette période. Si on arrive à tenir et à être assez endurant. Et bien au printemps, on récoltera les fruits du travail de l'hiver. On sait que ce sera une période charnière, importante. Ce n'est pas la période la plus glamour pour jouer au rugby parce qu'il pleut, il fait froid, les terrains sont gras. Mais pour autant, c'est là qu'on construit la saison.

Cette année, vous avez aussi le retour du public bordelais à Chaban ?

Depuis le début de saison, ce n'est que du plaisir pour nous. Cela fait chaud au cœur. L'an dernier, le stade Chaban-Delmas, vide, pour l'avoir vécu, c'était triste. Le fait que le public est répondu présent depuis le début de la saison est important. Avec plus de 22.000 personnes pour la venue de Perpignan, on a l'impression qu'ils sont 40.000 ! Ça chante, ça crie. On sent que les gens sont heureux de revenir au stade. Nous, on est heureux de les revoir, d'avoir nos familles, nos enfants au stade. Cela donne encore plus de sens à ce qu'on fait.

L'UBB est une équipe ambitieuse, comme toi, je suppose ?

On est un groupe ambitieux. Oui. Par contre, l'ambition c'est bien mais il faut le transformer en action au jour le jour sinon, cela s'appelle du rêve. Rêver, c'est bien, mais il faut passer aux actes. On essaye chaque jour de se tirer vers le haut, de tendre vers l'excellence, d'être la meilleure équipe possible. Je pense que c'est le bon chemin pour atteindre ses objectifs.

31 ans, cela peut être le bon âge ?

Oui (il rit). Cela dépend pour quoi ? Pour le titre à 31, 32, 33 ans, tous les âges sont bons pour vivre ce genre de moment. Mais encore une fois, on aura ce qu'on mettra dans le maillot.

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