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Gourdon, une carrière marquée par une fidélité admirable mais vaine

Gourdon, une carrière marquée par une fidélité admirable mais vaine

Le 21/12/2021 à 18:00Mis à jour Le 22/12/2021 à 11:00

TOP 14 - Inépuisable plaqueur prêt à ne voir que des jambes pendant 80 minutes, Kevin Gourdon était plus qu'un férailleur. Il est un joueur complet qui convenait idéalement au Stade rochelais, club à qui il sera resté fidèle. Il arrête le rugby souffrant de problèmes cardiaques sur une note amère, la faute à une armoire à trophée vide.

Le sang jaune et noir

Neuf ans et un trimestre, voilà le temps qu'il se sera écoulé entre ses premiers pas en professionnel face à Oyonnax un soir d'été 2012 et son dernier match il y a quelques semaines face à Pau. Le tout sous le maillot rochelais. 221 matchs où il a eu le temps d'user des crampons... et des adversaires, beaucoup d'adversaires. Et pendant ces années, des joies et des pleurs, des peurs aussi, mais que de belles émotions surtout pour l'enfant de Marcel-Deflandre.

S'il s'est émancipé à l'ASM Clermont, il quitte le club jaune et bleu pour passer professionnel chez les jaunes et noir. À La Rochelle, alors en Pro D2, il joue déja aux côtés de Romain Sazy et de Uini Atonio, tous deux encore là à l'heure où Kévin Gourdon sort par la grande porte. Lui qui est entré dans ce groupe en deuxième division et le laisse en première. Un passage de palier qu'il classe parmi ses meilleurs souvenirs. La finale d'accession face à Agen en 2014 "était ultra-importante, c’était un moment énorme pour le club. Je me rappellerai toujours quand Benjamin Ferrou voulait me montrer les images de la fête sur le port quand eux sont montés, en 2010. Je lui avais dit : "Non, ne me montre pas. Je veux le vivre et le voir par moi-même." Je m’en rappellerai toute ma vie."

La saison suivante, le voilà dans le grand bain du Top 14. Rapidement, il confirme son statut d'élément clé de la troisième ligne rochelaise. En témoigne ses 23 participations sur 26 possibles à l'été 2015. Comme si pour lui, il n'y avait pas de sas d'adaptation, d'acclimatation à l'étage supérieur. Enchaînant les bonnes performances, il consolide son statut de leader naturel sur le terrain et devient un des hommes forts de Patrice Collazo. "Il m'a mis je ne sais combien de coup de pied au cul pour me faire progresser. Chose qu'il a réussie" relatait, reconnaissant, le troisième ligne. Deux neuvième places obtenues, considérons que c'est un joli bilan pour un promu.

Top 14 - Kevin Gourdon (La Rochelle) face à Toulon en demi-finale

Top 14 - Kevin Gourdon (La Rochelle) face à Toulon en demi-finaleIcon Sport

Un travail fourni match après match dont il sera trop peu récompensé puisqu'il le mènera "seulement" à une demi-finale perdue contre Toulon en 2017. Les 80 minutes qui lui ont fait le plus de mal, comme il le raconte. "Sur le drop d'Anthony Belleau, j'ai bien pleuré" tout comme lors de l'autre demi face à Toulouse deux ans plus tard, où il échoue aux portes de la finale.

Animé indéniablement par cette volonté de lever ce bout de bois qui représente tant, il n'y sera finalement pas parvenu. Pourtant, qu'il en était proche. Sa dernière saison complète se sera achevée par ce qu'il y a de pire. Deux échecs, face à Toulouse, en finale du Top 14 puis de la Champions Cup. Ce joueur à l'efficacité défensive hors-pair, à l'activité frappante et à la capacité d'utiliser le ballon intelligemment aura marqué le rugby français aussi par sa fidélité au club maritime. Il était là sous la pluie et le soleil brillant.

L'appel du pays

Une carrière en club qui devait logiquement être récompensée par le droit de porter le plus haut grade du rugby français : le maillot bleu. C'est sous l'ère Guy Novès qu'il connaîtra sa première sélection avec le XV de France en 2016, lors de la tournée en Argentine. Il était aussi du groupe lors du Tournoi de la même année, mais n'avait pas eu la chance d'enfiler le maillot. Par ses performances, à nouveau, il convaincra Guy Novès d'en faire l'un de ses lieutenants

XV de France - Kevin Gourdon (France) face aux All Blacks

XV de France - Kevin Gourdon (France) face aux All BlacksIcon Sport

On se rappelle notamment de sa fabuleuse partition face aux All Blacks de Kieran Read où il avait épaté son monde malgré la défaite. Désigné "Talent d'or" de la rencontre, il avait ébloui un connaisseur en la matière : Olivier Magne. S'il fut titulaire à chaque affrontement du Tournoi 2017, sa flamme bleue s'est éteinte sous la houlette de Jacques Brunel, un soir de février 2018, contre l'IrlandeSexton crucifia les Bleus au Stade de France.

Joueur impliqué, homme détaché

Comme expliqué, le joueur ne s'est pas caché. Soldat téméraire, il a montré son attachement au jeu par le jeu. En dehors du "pré", il vaque à d'autres occupations et n'est pas forcément perfusé au monde de l'ovalie. "D’ailleurs, si certains voulaient me proposer un poste d’entraîneur, vous pouvez oublier les gars. Le rugby aura été un très beau chapitre dans ma vie, mais il ne faut pas abuser non plus." avouait-il franchement il y a un an.

Une fois sa carrière achevée, il ne se voit même pas être un spectateur assidu. "Je regarderai toujours l’équipe de France. Je suivrai toujours La Rochelle, je pense. Mais pas plus demain qu’aujourd’hui. J’ai 31 ans, un tiers de ma vie passé dans un univers particulier qui demande énormément de temps et d’énergie. Une fois que quelque chose se finit, pourquoi en rajouter ?". Sans lui prêter quelconque intention, cette fin prématurée et brutale, lui aura peut-être donné envie de clôre ce chapitre un peu plus en douceur, mais là, seul lui pourra répondre à cette interrogation.

Top 14 2019-2020 - Kevin Gourdon (La Rochelle)

Top 14 2019-2020 - Kevin Gourdon (La Rochelle)Icon Sport

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