Icon Sport

Du Preez : "On ne doit pas "bien figurer" mais gagner des trophées"

Du Preez : "On ne doit pas "bien figurer" mais gagner des trophées"
Par Rugbyrama

Le 09/09/2021 à 10:15Mis à jour

TOP 14 - Arrivé en provenance de Worcester à l'intersaison, Cornell Du Preez s'est engagé pour les trois prochaines saisons avec Toulon. À 30 ans, l'international écossais (9 sélections) a ainsi fait le choix de mettre le XV du Chardon entre parenthèses, pour apporter son sens du jeu et son expérience sur la rade. Il se confie à Rugbyrama.

Cornell avant de parler de votre arrivée à Toulon, parlez-nous d'abord de vous : on sait que vous êtes né à Port Elizabeth, en Afrique du Sud, en 1991. Mais qu'est-ce qui vous a mené au rugby ?

"J'ai d'abord joué au rugby dans mon école de Port Elizabeth : Framesby. Ensuite je suis allé à l'université, j'ai grandi jusqu'à être appelé avec l'équipe d'Afrique du Sud - de 20 ans. C'est d'ailleurs là que j'ai rencontré Eben (Etzebeth). Ensuite, j'ai rejoint les Southern Kings pour leur première saison de Super Rugby... Sauf que l'année suivante, le coach, Alan Solomons, s'est engagé avec Édimbourg et m'a demandé de le rejoindre. Il m'avait expliqué que c'était un projet intéressant, et qu'après trois saisons je pouvais éventuellement envisager de jouer pour l'équipe d'Écosse..."

Vous avez donc rejoint Édimbourg dans l'objectif de devenir international écossais, alors même que vous aviez connu les équipes jeunes en Afrique du Sud ?

"C'est en effet quelque chose que j'avais compris, et c'est pourquoi, avec ma femme, nous avons fait le choix de rejoindre l'Écosse en 2013."

Mais pourquoi privilégier la sélection écossaise, plutôt que de tenter votre chance avec les Springboks ?

"Il ne faut surtout pas comparer la situation à ce que nous connaissons aujourd'hui. À l'époque, il y avait très peu de Springboks qui jouaient en Angleterre ou en France. Tous les internationaux étaient aux Stormers, aux Bulls ou aux Sharks.... Donc j'aurais pu essayer de m'accrocher, mais nous avons été relégués dès la première saison, et nous, les joueurs, ne savions pas trop ce qui allait se passer... C'est là que j'ai pris la décision de m'engager avec Édimbourg."

Et comment avez-vous vécu votre « rêve écossais » ?

"Je reconnais que ça a été une expérience complètement différente de ce que j'avais jusqu'alors connu en Afrique du Sud (sourire). Nouvelle vie ? Oui, je changeais de ville, et puis la météo était terrible. Il pleuvait tous les jours, mais vraiment tous les jours, même l'été, c'était incroyable (rires). Plus sérieusement, avec ma femme nous avons adoré notre vie écossaise, ça a été parmi les plus belles années de notre vie."

Et comme imaginé à votre arrivée en 2013, vous êtes devenu international en 2017. Qu'est-ce que cela représentait pour vous ?

"C'était assez rigolo, car je n'étais pas né en Écosse, évidemment, mais après trois/quatre années à vivre sur place, je sentais que j'avais intégré une bonne partie de la culture. Je m'étais fait des supers amis, et notamment des internationaux, et ça a été un immense honneur d'être appelé. Et chaque fois que j'ai pu jouer, c'était incroyable."

Cornell Du Preez (Ecosse) face à l'Irlande

Cornell Du Preez (Ecosse) face à l'IrlandeIcon Sport

Était-ce important pour vous d'être « approuvé » en tant qu'Écossais ?

"Oui, mais ce qui comptait le plus, c'était que mes coéquipiers me considèrent en tant que bon joueur... Nous avions l'habitude de jouer les uns avec les autres, et les uns contre les autres en championnat, et les mecs savaient ce que je pouvais apporter en tant que joueur, comme je savais ce qu'ils pouvaient m'apporter. C'était une belle expérience."

Vous avez vécu de belles années, mais tout n'a pas été rose lors de votre passage en Écosse. Vous avez notamment connu une énorme blessure à la cheville en 2014...

"Et quelle blessure... Sur le coup, nous n'étions absolument pas certains que je puisse rejouer au rugby. J'ai dû rapidement envisager quelques plans de secours, mais j'avais du mal à imaginer ma vie sans rugby. Et heureusement, les choses ont fini par rentrer dans l'ordre. J'ai eu besoin de six mois pour revenir, ça a été très dur, mais j'ai réussi à retrouver les terrains, et à poursuivre mon aventure avec Édimbourg. J'ai vraiment vécu de beaux moments en Écosse."

Après cinq saisons à Édimbourg, vous rejoignez Worcester en 2018. Pourquoi ?

"Je m'éclatais à Édimbourg, mais Alan Solomons qui entraînait Worcester (N.D.L.R. depuis 2017) m'a proposé de le rejoindre. Et comme je savais que nous bossions super bien ensemble, j'ai accepté."

Sauf que dès votre début d'aventure avec Worcester, vous connaissez une nouvelle déconvenue...

"Lors de mon tout premier match officiel (contre les Wasps, ndlr), je me fracture le Larynx. C'était le premier match après une pré-saison très compliquée, c'était terrible... C'était une vraiment grosse blessure, et les médecins me répétaient qu'ils n'en avaient jamais vues de ce genre en rugby. C'est pour ça que j'ai une telle marque (il montre une balafre de près de cinq centimètres au niveau de son cou). J'ai alors été éloigné des terrains pendant près de six mois. Heureusement, j'ai trouvé un médecin à Londres qui m'a permis de rejouer. Je suis alors resté deux saisons à Worcester, puis Laurent (Emmanuelli) et Patrice (Collazo) m'ont proposé de venir à Toulon, et j'ai accepté."

Pourquoi avoir pris la décision de venir à Toulon ?

"Car je suis Toulon de près depuis mon déménagement à Édimbourg. J'ai toujours aimé regarder cette équipe, la façon dont elle jouait. J'aime le rugby français : il est très physique, mais les mecs ont une super technique individuelle et "jouent" (en français) un rugby très propre. J'ai donc toujours été intéressé par ce club, par son immense histoire, et la décision a été très facile à prendre."

Dès lors, qu'est-ce que cela représente pour vous de jouer au RCT ?

"C'est un club où l'attente est énorme. On ne doit pas "bien figurer" mais gagner des trophées. Les supporters sont fous de rugby, ils aiment ce sport et l'équipe va devoir donner le meilleur d'elle-même tous les week-ends pour montrer aux supporters qu'elle mérite qu'ils la supportent."

Le rugby français ressemble-t-il au rugby sud-africain selon vous ?

"Assez, oui, même si certains mecs sont plus costauds en France. Est-ce que je vais être à l'aise ? J'espère, on verra (sourire). Je n'ai pas joué en Afrique du Sud depuis des années, mais je suis certain d'apprécier ce style de jeu. J'aime la partie physique du rugby, mais j'adore également prendre part au jeu des trois-quarts, faire le lien, participer au jeu de ligne, réussir des skills. Donc je pense que ce rugby peut me convenir."

Depuis 2017 et votre première cape, vous comptez neuf sélections avec le XV du Chardon. Est-ce que jouer en sélection demeure un objectif, maintenant que vous êtes à Toulon ?

"Plus depuis que j'ai rejoint Toulon."

Pourtant, comme Finn Russell avec le Racing 92, vous demeurez sélectionnable...

"Je peux oui, mais j'ai le désir d'être focalisé sur Toulon pour l'instant. J'ai signé un contrat de trois saisons avec le RCT, et je veux tout donner pour le club. Si la sélection m'appelle ? On verra, mais je ne veux pas y penser : Toulon est ma priorité."

Patrice Collazo a justement expliqué avant la saison qu'il voulait des joueurs focalisés à 100% sur le « projet club », et donc disponibles tout au long de la saison. Êtes-vous l'un de ces joueurs ?

"C'est en tout cas mon objectif."

Le rugby international est-il désormais derrière vous ?

"C'est ok pour moi. J'ai vécu de magnifiques moments, mais aujourd'hui ma priorité est d'être consistant en club. Et de bien faire pour Toulon. C'est ainsi."

Propos recueillis par T.S

Contenus sponsorisés