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Souvenirs et anecdotes du derby...

Souvenirs et anecdotes du derby...
Par Pablo Ordas via Midi Olympique

Le 12/06/2021 à 10:01Mis à jour Le 12/06/2021 à 10:36

TOP 14 - Si pour les locaux, ce match est, depuis toujours, un rendez-vous complètement à part dans une saison, les joueurs ne venant pas du coin ont vite compris l’importance de cette rencontre remplie d'anecdotes. De Daniel Larrechea à Federico Martin Aramburu, en passant par Peyo Muscarditz, Jean-Baptiste Gobelet ou Jean Monribot, ils nous racontent leurs histoires du derby…

Federico Martin Aramburu (Biarritz, 2004-2006) : Je vois que le soleil disparaît et là, c’était Fifita...

Arrivé au Biarritz Olympique en 2004, Federico Martin Aramburu a disputé deux derbys qu’il a remportés assez largement (53-7 et 16-41). Le Puma, aux 26 sélections entre 2004 et 2009, n’avait pas été étonné de l'atmosphère exceptionnelle autour de ce match. “J’y avais retrouvé l’ambiance folle et un peu populaire de l’Argentine avec les chants, explique-t-il. Ça m'avait plu. Je suis de San Isidro et les deux clubs les plus importants de l’Argentine sont CASI (Club Atlético San Isidro) et SIC (San Isidro Club). Pendant le derby, il y avait toujours entre 10 et 15 000 personnes, des drapeaux, des couleurs. Ce sont deux frères, il y a une guerre de clochers, donc en arrivant à Biarritz, j’ai vite compris l’histoire.”

Pour son premier derby basque en 2005, remporté 16-41, il avait inscrit un essai et son compère argentin Martin Gaitan en avait fait de même. “Avec Martin, on dormait “Au Bon Coin”, à l’hôtel de Dominique Aguerre et là, les supporters étaient venus dans la maison et ils étaient restés. Je m’étais dit, mais c’est quoi ça ? Ce sont les ultras de Boca Juniors ? Il y avait plein d'émotions, c’étaient des moments forts.”

Quinze ans après, l’ancien président des Socios rouge et blanc (2015-2018) se souvient également d’un KO reçu après un plaquage dangereux de Fifita. “En 2006, on joue le derby à la maison. Je suis remplaçant et je rentre en deuxième mi-temps. Quelques semaines plus tard, nous avions la finale de HCup. On l’avait tous dans un coin de la tête. Sur une action, je sors des 22 mètres, je fais deux ou trois crochets et à un moment, je vois que le soleil disparaît et là, c’était Pila Fifita. Il m’avait pris la mâchoire, mon pauvre… En tombant, je m’étais fait une entorse aux cervicales, dont je garde des séquelles aujourd’hui. Pendant la troisième mi-temps, Núñez Piossek (NDLR : un ailier argentin qui a joué à Bayonne) vient me voir avec Fifita. Ils l’appelaient Tyson, il avait plein de tatouages et il faisait trois fois mon gabarit. J’étais avec ma minerve, je devais partir à l'hôpital et là, il commence à me parler en anglais avec une voix très fine par rapport au monstre qu’il était “Sorry Fede, apologizes”...

Federico Martin Aramburu lors d'un match contre le Stade français le 04/03/2006

Federico Martin Aramburu lors d'un match contre le Stade français le 04/03/2006Icon Sport

Jean Monribot (Bayonne, 2013 - en cours) : Le plus beau, c’était le drop de Mathieu Ugalde à Biarritz

Capitaine des bleu et blanc, Jean Monribot a participé à quatre derbys et le troisième ligne aile est toujours sorti victorieux de cette bataille de clochers. Une série qu’il espère poursuivre, demain. “Le plus beau, c’était le drop de Mathieu Ugalde à Biarritz (NDLR : 8-11 en 2014), a-t-il affirmé jeudi en conférence de presse. Là, ça a été une vraie délivrance. J’étais remplaçant, il y avait pas mal de jeunes bayonnais sur le terrain. Ça restera un très bon souvenir.”

Jean-Baptiste Gobelet (Biarritz, 2002-2011) : Le derby, tu l’as quand tu vas surfer ou à Carrefour

Corrézien de naissance, Jean-Baptiste Gobelet a fait la quasi-totalité de sa carrière professionnelle au Biarritz Olympique. Avec les rouge et blanc, il a participé à sept derbys et en a gagné quatre. "Tout est extrapolé et décuplé par rapport aux émotions. Il y a cette chape de plomb qui couvre la ville à l’annonce des dates des derbys. C’est quelque chose d’hors du temps, d’assez mémorable et qui marque un joueur à vie. Ma carrière a vraiment démarré sur un derby.”

Ici, l’ancien international de rugby à sept fait référence au match disputé le 25 février 2005, que les Biarrots avaient remporté 16-41. Cet après-midi-là, “Jamba” avait inscrit un doublé. Il poursuit : “C’était le premier derby à Dauger depuis longtemps. L’ambiance était très électrique. Ce match peut faire basculer une saison pour un club et une carrière pour un joueur. C’est assez compliqué à gérer. Émotionnellement, ce sont des matchs ultra délicats.” Quelques mois plus tôt, les Biarrots s’étaient inclinés à la surprise générale (22-27) face aux Bayonnais, promus. “C’était vraiment le coup de massue par rapport à l’attente des supporters. J’étais un jeune joueur et il y a eu un tremblement de terre sur Aguiléra ce jour-là. On était abattus. L’impact qu’a une défaite dans un derby, tu le sens, déjà dans le vestiaire. Il n’y a pas besoin de discours. Et tu le ressens sur les six mois qui suivent. Ce qu’on a vécu en 2004, de septembre à février, je ne le souhaite à personne. J’ai fait profil bas pendant un ou deux mois sans mettre la tête dehors. Le match retour qu’on gagne, c’était un soulagement, mais aussi le minimum qu’on pouvait faire par rapport aux supporters ou à notre fierté. Dans ce derby-là, tout est une question de fierté.”

Désormais retraité et bien imprégné de la culture locale, Gobelet conclut. “Un derby, ce n’est pas occasionnel. C’est tous les jours de l’année. Tu l’as quand tu vas à Carrefour ou quand tu vas surfer. Le derby, ce sont des petites chamailleries, des chambrages bon enfant et sans haine. Ça fait partie du folklore et de ce qu’on aime."

Daniel Larrechea (Bayonne, 2004-2005 puis 2007-2009) : Ça tapait dur dans les vestiaires

L’arrière de l’Aviron bayonnais faisait partie de l’équipe qui s’est imposée à Biarritz lors du derby de 2004 (22-27) et il avait inscrit 17 points au pied. Derrière, il avait connu deux revers (16-41, 20-0) et un autre succès à Aguiléra (12-14). “Je me souviens d’immenses joies et déceptions aussi. Je retiens que nous avions été capables de gagner des derbys à Biarritz, mais je me rappelle aussi que je n’en ai joué qu’un à domicile et nous l'avions perdu. Le plus marquant, c’est le premier, car on ne nous attendait pas. On avait fait un exploit. Le second, on imaginait pouvoir rééditer cet exploit-là. Nous étions rentrés dans Jean Dauger qui était plein pour un derby. Ça prenait aux tripes, c'était fabuleux. Malheureusement, on en prend quarante. On vivait pour ça. C’était stressant, mais au final, ça fait partie de tes meilleurs souvenirs. Tu sais ce que ça représente d’avoir la chance d’en jouer un et d’avoir cette boule au ventre. Aujourd’hui, on te pousse à l’envisager comme un match normal, mais malgré tout, l’affect prend le dessus. En termes de motivation, il y a quinze ans, ça tapait dur dans les vestiaires. Vu ce qu’on était capables de s’infliger avant un match, c’était rigolo.”

Daniel Larrechea sous le maillot de l'Aviron bayonnais en 2008

Daniel Larrechea sous le maillot de l'Aviron bayonnais en 2008Icon Sport

François Da Ros (Bayonne 2009 à 2012 puis Biarritz depuis 2020) : C’est une belle fête

François Da Ros a disputé ses premiers matchs de Top 14 avec le maillot de l’Aviron. Demain, il portera celui du Biarritz Olympique. Interrogé en conférence de presse à ce sujet, hier midi, le talonneur a rappelé : “C’est vrai que j’ai commencé à Bayonne. J’y ai pris du plaisir avec les gars, pas dans le club. C’est comme ça, c’est la vie. J’ai vécu une super histoire à Brive et je compte bien la finir comme il faut, ici. Quoi qu’il en soit, le derby, c’est une belle fête pour le public qui va revenir nombreux, pour tous les gens qui ont perdu quelqu’un ou qui ont eu des moments difficiles. Je crois qu’il faut le voir comme ça, tout simplement.”

Peyo Muscarditz (Bayonne, 2017 - en cours) : Rien qu’en cadets, j’ai compris l’importance que ça avait

Garçon du cru, formé à Aramits et arrivé dès l’adolescence à l’Aviron, Peyo Muscarditz a rapidement compris l’importance du derby chez les jeunes. Avec les professionnels, il en a joué trois. Tous perdus. Le quatrième aura lieu tout à l’heure. “Mon premier derby, c’était avec Pierre Berbizier en 2018 (NDLR : victoire du BO 17-14). C’était rempli de boue, le match était assez âpre. Je me souviens de l’essai de Martin Laveau, qui nous avait fait du bien et qui nous avait permis de mener à la mi-temps. Ce qui m’a marqué, aussi, c’était la réussite et la rage de vaincre de Maxime Lucu. Il avait su amener, les trois fois, l’équipe vers la victoire. Sur ceux-là, je me souviens d’une grande déception.”

“En cadets, c’était la première fois que je voyais autant de monde dans un stade. C’était aux remparts, je découvrais ça, cette ferveur. Tous les joueurs se sont crispés durant la semaine et se sont tendus. C’était un match attendu avec impatience. Je me suis fait plutôt discret et je me suis mis auprès d’eux. J’ai compris l’importance que ça avait pour ces joueurs-là, rien qu’en cadets.”

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