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Djebaïli : "Franchement, chapeau La Rochelle"

Djebaïli : "Franchement, chapeau La Rochelle"

Le 23/06/2021 à 09:57Mis à jour Le 23/06/2021 à 10:09

TOP 14 – Rochelais le plus capé de l'ère professionnelle, avec 307 matches disputés en jaune et noir de 2001 à 2015, l’ancien flanker Nicolas Djebaïli livre son sentiment à trois jours de la finale opposant son club de toujours au Stade toulousain.

Nicolas, que ressentez-vous à l’idée de voir le Stade rochelais débarquer au Stade de France ?

Émotionnellement, c’est assez délicat et confus. Assez bizarre. Jusqu’à présent, j’ai toujours dit que le jour où on en arriverait là…Je ne sais même pas si on pouvait en arriver là (rires). C’est assez surprenant. Mais la génération d’aujourd’hui ne se pose plus toutes ses questions. En même temps, l’effectif a tellement changé depuis mon départ. Ma génération était moins dotée. Sur le niveau de jeu, on était au max. Celle d’aujourd’hui ne l’est pas, au max. Donc ce n’est pas le club de troisième division qui arrive en finale de la Coupe de France de foot, pour prendre une image. C’est dans la logique des choses de les voir en finale.

Vous l’auriez imaginé, en quittant le club, en 2015 ?

Pas du tout. On ne s’approchait pas de la ligne d’arrivée, on était loin du compte, il y avait un écart important entre les équipes de devant et celles qui bataillaient, comme nous, pour le maintien. Mais, aujourd’hui, ça parait juste normal. Je comprends qu’ils soient à ce niveau-là. La Rochelle est à sa place.

Quel regard portez-vous sur cette finale, un mois après celle de Champions Cup remportée par le Stade toulousain (22-17) ?

J’ai l’impression qu’on y va moins en se disant : « C’est cool d’arriver en finale ». Ils le préparent différemment et avec un peu plus d’expérience et de maturité. C’est arrivé vite, entre les deux finales, il y a un mois. Il y aura peut-être un peu moins d’émotions dans la préparation, c’est pas mal, ça permet de libérer un peu de pression. À mes yeux, c’est du 50-50. Je suis certain que les Rochelais ne vont pas passer à côté de leur match et qu’ils vont tout donner. L’avantage et la force du Stade toulousain, c’est son niveau de jeu et sa capacité à retourner des situations. Ils sont vraiment capables d’être au meilleur niveau rugbystique. Nous, on est peut-être un peu moins haut rugbystiquement parlant, mais je sais qu’ils ne vont pas passer au travers.

Vous continuez d’employer parfois le « on », en parlant de l’équipe actuelle. Vous sentez-vous, quelque part, toujours un joueur du club, surtout dans ces moments-là ?

Oui et non. Je ne peux plus me dire : « J’étais avec eux il y a quelques années ! ». En 2015, j’étais au bout du rouleau (rires). Pour moi, c’était la fin. J’étais juste le trait d’union entre deux générations.

" À ce niveau-là, sincèrement, je n’étais pas invité (rires)"

Vous avez côtoyé, à l’époque, le fameux club des cinq, composé de Gourdon, Atonio, Sazy, Botia et Kieft. Leur histoire avec le Stade rochelais est très forte…

Ils sont en quelque sorte les points de repère. Ils ont grandi, ils se sont étoffés. Kévin et Uini sont devenus internationaux, Romain a assis sa stature, Botia était déjà énorme et c’est lui qui nous a permis de monter (en Top 14, N.D.L.R), Zeno a fait son petit bonhomme de chemin. Quand tu vois ça, ce n’est plus franchement le Stade Rochelais de 2014 qui est monté après la finale contre Agen. Personnellement, j’étais un joueur de Pro D2 et fond de Top 14. C’est pour ça qu’il y a un décalage de point de vue. J’ai vraiment beaucoup d’humilité. À ce niveau-là, sincèrement, je n’étais pas invité (rires).

On sent une certaine forme d’admiration, dans vos propos…

Bien sûr. Ce n’était pas gagné, quoi. Quand tu montes en Top 14, ce n’est pas simple de faire des perfs directement après. D’autres n’y arrivent pas et subissent des descentes. Franchement, chapeau La Rochelle. Et puis s’est allé vite. Ils se sont donnés les moyens d’y croire. Ce que, nous, on ne s’autorisait peut-être pas, il y a quelques années. Vous m’auriez dit d’essayer d’aller gratter une place en qualif’ pour jouer un truc, je vous aurais dit : « ouais…ouais…On va essayer, mais… » (rires)

Gardez-vous des contacts particuliers ?

Pas vraiment. Je ne suis pas resté dans le cercle proche, même si on se revoit toujours avec plaisir. J’ai croisé la « Saze » (Romain Sazy) après la finale européenne, c’était un super moment. J’aimerai bien revoir Kévin un peu plus car j’avais beaucoup d’affinité avec lui. La vie fait qu’on se sépare un peu. Après, les mecs me disent de passer boire le café. Mais je ne vais pas passer en plein milieu de la journée, ils sont au boulot, tu ne peux pas leur casser les pieds (rires).

Depuis les débuts de l’ère professionnelle en 1995, jamais un club n’a soulevé le Brennus lors de sa première tentative. Quelles sont les clés, à vos yeux, pour casser cette tendance ?

Si les Rochelais font ce qu’ils ont toujours fait…Jusqu’à maintenant, ils ont fait des matches pleins. Ils n’ont pas de creux, dans le jeu. Si tu arrives en plus à concrétiser et mettre la pression sur Toulouse, ils peuvent passer.

" S’ils gagnent ? Ça va être l’ex-plo-sion (rires) ! C’est cool car, en plus, c’est une petite ville. Il y aura encore plus de monde qu’en 2014, ce sera la folie"

Avant la demie remportée face au Racing (19-6), vendredi dernier, Romain Sazy a (re)montré au groupe les images de 2014, avec cette parade incroyable sur le Vieux-Port pour fêter l’accession en Top 14. Ces vidéos, beaucoup de joueurs de l’actuel effectif en parlent et rêvent de vivre ça. Ça vous avait profondément marqué, à l’époque ?

Oui, même si je savais ce que ça allait donner car je l’avais vécu en 2010. C’est génial parce que c’est la récompense. Souvent, tu débutes la saison en te fixant des objectifs et, à la fin, il n’y a pas grand-chose. Eux se sont promis des choses, ils se sont dits qu’ils iraient le plus haut possible. Maintenant, il faut qu’ils se régalent un peu. Se régaler, c’est forcément gagner. Si t’as envie de vivre un truc super, ça passe par la gagne. Le cas échéant, ça va être l’ex-plo-sion (rires) ! C’est cool car, en plus, c’est une petite ville. Il y aura encore plus de monde qu’en 2014, ce sera la folie.

Un Brennus dans l’armoire à trophées, à côté des deux coupes de la Ligue remportées par votre génération, ce serait un peu fou, aussi, non ?

C’est clair ! C’est le moment ! J’en ai gagné une, une coupe de la Ligue. Celle de 2003. C’était sympa parce qu’à l’époque, on était en Pro D2. On a croisé des clubs de l’élite. Si ça avait de la valeur pour nous ? Oui et non. Ça restait une compétition secondaire. C’est délicat car à partir du moment où tous les clubs ne la jouaient pas forcément…On n’aurait pas gagné si tout le monde avait participé.

Un pronostic pour vendredi soir ?

Je reste assez réservé, je ne veux pas jeter le mauvais sort. Bien malin celui qui pourra donner le vainqueur. Sincèrement, je m’attends à un match serré mais on a « grave » nos chances. Aucun doute là-dessus. Je ne dis pas qu’on va perdre ou que le Stade toulousain va nous éclater. Ça va être tendu, ça va se jouer à peu de choses, à l’image de la finale de coupe d’Europe. Cette fois, il faudra que ça bascule en notre faveur. Un simple carton jaune peut faire basculer les choses en notre faveur. Si on a ce petit truc, le Brennus sera pour nous (sourire).

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