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Grosso : "J’essaie d’apporter mon état d’esprit et d’avoir une utilité dans ce groupe"

Grosso : "J’essaie d’apporter mon état d’esprit et d’avoir une utilité dans ce groupe"

Le 20/04/2021 à 17:23Mis à jour Le 20/04/2021 à 17:24

TOP 14 - TOP 14 – C’est un Rémy Grosso fidèle à lui-même, souriant, disponible et franc qui s’est confié à Rugbyrama dans cette semaine qui verra le LOU affronter son ancienne équipe de Clermont, match charnière pour la qualification. L’ailier international, revenu dans son club formateur, vit ses derniers moments de joueur, avec le plaisir comme leitmotiv.

Rémy, voilà plusieurs mois que vous avez fait votre retour à Lyon, votre club formateur. C’est comme si vous repreniez vos marques mais à la maison !

Rémy Grosso : C’est sûr. Je suis parti sept ans et comme Lyon est une ville qui bouge, une ville en perpétuel mouvement, tout a changé. Et encore plus au niveau du club. J’ai quitté le LOU au Matmut Stadium de Vénissieux et je reviens à celui de Gerland. Et j’ai été agréablement surpris de voir qu’il y avait toujours l’âme du club, avec beaucoup de gars que je connaissais. Mais il m’a fallu reprendre mes marques.

Sur le plan collectif et individuel, comment vivez-vous cette saison ?

R.G. : C’est forcément un peu particulier. J’ai eu l’impression de plusieurs saisons en une. Sur la première moitié, on a été beaucoup touché par la Covid-19 donc il y a eu beaucoup de coupures et de reprises. Et individuellement, j’ai quelques pépins physiques qui sont venus se greffer à tout ça. C’est une saison hachée et je n’ai pas vraiment réussi à prendre un rythme de croisière. Enchainer était donc compliqué mais je savais à quoi m’attendre. Je sais qu’il y a un effectif plutôt costaud et de la concurrence à tous les postes. C’est donc une saison un peu compliquée.


Y-a-t-il une forme de frustration de n’avoir pu disputer que cinq rencontres jusqu’ici, ou bien est-ce le plaisir de revenir au LOU qui l’emporte ?

R.G. : Je dirais qu’il y a un mélange des deux. Mais comme je le disais, je savais à quoi m’attendre. Avec Pierre (Mignoni), c’était plutôt clair. Je savais où je mettais les pieds et j’ai signé en connaissance de cause. Je savais que je n’allais pas jouer les premiers rôles d’entrée de jeu, car il y a de très bons joueurs. Après, dès le départ, je me suis plus attaché à prendre non pas un rôle de spectateur, car je suis un compétiteur et je me donne les moyens d’être productif pour servir à quelque chose, mais une double casquette. Je suis joueur, dans la mesure du possible, car j’ai eu pas mal de pépins physiques et mon corps me rattrape un peu.

Malgré cela, j’essaie d’apporter mon état d’esprit. J’essaie d’être auprès des jeunes et moins jeunes pour apporter quelque chose, même si je ne suis pas titulaire tous les week-ends et que ce n’est pas moi qui traverse le terrain. J’essaie d’avoir un rôle dans cet effectif.

Top 14 - Rémy Grosso (Lyon) face à Clermont

Top 14 - Rémy Grosso (Lyon) face à ClermontIcon Sport

Votre parcours et votre expérience font que votre voix peut compter ?

R.G. : C’est ce que j’essaie de faire mais, après, les jeunes savent où ils mettent les pieds (rires). Si je sens que quelqu’un est réceptif, sans jouer les donneurs de leçon car je n’ai pas cette prétention, j’essaie avec mon vécu de joueur et avec ce que j’ai pu connaitre dans ma carrière, aussi bien les hauts que les bas, d’accompagner un gars et d’avoir une utilité. Si je peux le conseiller… Après, je reste aussi à ma place. Je ne prétends pas tout connaitre. Mais c’est un rôle qui me plait bien et je tends un peu plus vers ça pour les deux mois à venir. À ma façon, je joue un rôle.

Peut-être qu’avec quelques " anciens " du groupe, on peut vous considérer comme un « papa » sur lequel on peut compter pour un relais, un appui ?

R.G. : Il y a toujours des joueurs un peu plus expérimentés qui ont leur rôle à jouer. Après, être un « papa » dans le groupe, mon problème c’est que je fais autant le con que les Espoirs ! Des fois, j’ai l’impression d’être de retour au centre de formation. Cela m’a ramené à mes jeunes années. C’est peut-être ça… J’ai fait une cure de jouvence en revenant (rires). Le fait est que l’on est quelques joueurs à avoir connu les phases finales, les titres, et Pierre (Mignoni) peut compter là-dessus. Mais j’ai plus un rôle d’ambianceur, à l’état d’esprit un peu cool, que celui de " papa ".

" Oui, c’est acté. J’arrête fin juin. J’ai vraiment passé des moments extras, on ne pourra pas me l’enlever. "

Vous avez malgré tout ce regard sur ce groupe, ce rôle, pour remarquer son potentiel alors qu’il ambitionne de jouer une phase finale, et de performer.

R.G. : C’est un groupe qui, malgré les pépins à certains postes et la perte de joueurs importants, est toujours là. On arrive à batailler. Des équipes se seraient peut-être effondrées face à tout ça… On est toujours dans le coup donc c’est une équipe qui a des ressources mentales et un vrai potentiel rugbystique pour se qualifier. Après, on sait qu’en phase finale, à l’image de Castres en 2018, les cartes sont redistribuées. C’est au mental et à la confiance. Si on arrive à décrocher cette sixième place, je suis sûr que l’on peut être au moins aussi dangereux que les cinq autres équipes.

Et vous avez tout intérêt à ce que cela dure le plus longtemps possible…

R.G. : Bien sûr. C’est vrai que cela repousse l’échéance finale mais je me dis surtout que c’est un groupe qui mérite. Si on va la chercher… Il y a des jeunes qui commencent à avoir pas mal d’expérience, qui méritent vraiment et qui bossent. Ils ont déjà connu deux demi-finales et pouvoir aller plus loin serait génial.

Vous avez, quoi qu’il arrive, acté votre fin de carrière à l’issue de la saison ?
R.G. : Oui, c’est acté. J’arrête fin juin. J’arrête complètement parce que je me dis qu’en professionnel ou amateur, le rugby reste du rugby et quand ton dos, tous les deux matins, te rappelle que tu lui fais du mal, puis ce sont les genoux… Je me dis que ce n’est pas utile d’aller chercher plus loin en Nationale ou en Pro D2 si physiquement ça ne va pas. Je n’ai pas envie de tirer plus sur la corde. J’ai eu ma première opération à l’âge de 16 ans et, depuis, j’ai un peu tiré. J’ai envie de souffler.

Top 14 - Rémy Grosso (Lyon) face à Clermont

Top 14 - Rémy Grosso (Lyon) face à ClermontIcon Sport

Les genoux surtout ?

R.G. : C’est vrai que j’ai commencé avec des opérations aux genoux… Mais il y a aussi une usure mentale. Quand on prend des coups (il insiste). Je fonctionne au plaisir et le fait de moins jouer, de ronger un peu son frein, à un moment on se dit que l’on doit essayer de faire le maximum la semaine pour s’entrainer et être efficace. J’ai aussi envie de prendre du plaisir et je me demande si le plaisir sera toujours là en continuant. Je trouve que c’est plus légitime d’arrêter, en toute franchise. Je passe à l’après, à autre chose, j’ai vraiment passé des moments extras et on ne pourra pas me l’enlever.

" Dans les moments plus compliqués dans le rugby, le dessin a été une petite échappatoire et m’a aidé. "

L’heure n’est pas encore au bilan, mais le gone du centre de formation du LOU a eu un sacré parcours (Champion de Pro D2 avec Lyon en 2011, Vainqueur du Top 14 en 2017 et du Challenge Européen en 2019 avec Clermont).
R.G. : Franchement, pour moi, cela a toujours été du bonus. Je n’envisageais pas tout ça, même pas d’être professionnel. Je suis arrivé dans une ère où le LOU jouait en Cadets B. L’équipe première montait en Pro D2, c’était tout frais et je n’envisageais pas ça. Après, l’appétit vient en mangeant et j’ai pris ce qu’il y avait à prendre. Hormis les pépins physiques qui, à chaque fois, me ramènent un peu sur terre, je me suis toujours dit que c’était du plus. Avoir fait ces douze années où je me suis éclaté, où j’ai rencontré énormément de gens, j’ai pris beaucoup de plaisir. C’est sans regret que je me dis que c’est fini et que l’on passe à autre chose.

Et il y a eu cet essai avec les Bleus lors de la Coupe du Monde 2015 en Angleterre (contre le Canada, jour de sa première sélection). Vous vous en rappelez forcément ?

R.G. : Oh, j’avais pris un petit KO sur ce match donc j’ai oublié pas mal de trucs… Mais forcément, entre une première sélection, un premier essai et une Coupe du Monde ! C’était un peu inespéré. Faire vibrer ses proches et sa famille, ce sont des moments gravés.

Avec les Bleus, il y a également eu cette Tournée en Nouvelle-Zélande en 2018 où vous vous blessez à la mâchoire lors du premier match…

R.G. : Sur le coup, c’était plutôt de la déception. C’est vrai qu’une Tournée en Nouvelle-Zélande, c’était quelque chose de mythique. Pouvoir aller dans ce pays, jouer les All Blacks, avec l’équipe de France, c’était beau et j’étais fier de ça. Que cela se termine sur ce premier match, j’étais très déçu. Après, il y a eu l’opération et ce n’était pas une période très simple. Cela n’a pas duré très longtemps, heureusement et c’est vrai que cela n’a pas été facile à gérer. C’était à un âge où je me sentais bien et cela m’a un peu cassé dans ma dynamique. Après, j’ai eu une période de colère parce que j’en avais un peu marre de prendre des coups sur la tête. En me réveillant de l’opération, avec un post-opératoire un peu compliqué, je me suis dit que c’était la dernière fois de ma vie. Je ne voulais plus souffrir. J’ai eu huit opérations depuis mes 16 ans. Même si cela n’a pas été la blessure la plus dure à gérer sur le plan physique, mentalement cela a été la plus compliqué à gérer. Après la déception et la colère, je suis passé à autre chose.

On connait votre passion pour le dessin, c’est à ce moment-là que vous vous remettez dedans ou bien vous a-t-elle toujours accompagné ?

R.G. : J’ai toujours dessiné depuis tout petit, et c’est vrai que j’ai arrêté pas mal de temps, j’ai juste gribouillé. Mais quand les moments un peu plus compliqués dans le rugby sont arrivés, notamment l’opération de la tête, cela a été une petite échappatoire. Petit à petit, cela m’a un peu aidé. Je m’épanouissais dans autre chose, quand j’avais des temps morts ou des blessures. Cela a pris de plus en plus de place et maintenant cela fait partie intégrante de ma vie.

Vous vous voyez en faire une activité principale un jour ?
R.G. : Je ne vois pas ça comme une activité principale, car cela me parait flou et instable. Et je veux garder cette notion de plaisir. Ce n’est pas alimentaire. C’est une passion et j’aimerais que ça le reste. Je ne veux pas me mettre une pression comme celle que je me suis mise pour le rugby. Cette pression où le résultat prend le pas sur la passion. Là je m’éclate, j’ai des demandes et j’y réponds si j’ai envie. Je choisis. J’en fait déjà tous les jours… Je vais déjà encadrer les jeunes au LOU, je vais m’occuper des U18 et cela me prendra pas mal de temps. Je suis très heureux et excité. Le fait de pouvoir transmettre. Ce sera ma dose de rugby et c’est aussi ça qui m’a fait tout arrêter. Je reste dans le rugby mais je bascule de l’autre côté, et je me forme dans un club que j’aime et que je connais.

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