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Aymeric Luc : "Ce n'était qu'un coup de pied, je n'ai pas à prendre toute la culpabilité"

Aymeric Luc : "Ce n'était qu'un coup de pied, je n'ai pas à prendre toute la culpabilité"

Le 16/06/2021 à 16:19Mis à jour Le 16/06/2021 à 16:23

EXCLUSIF - Aymeric Luc a très certainement été le Bayonnais le plus dangereux et le plus régulier de la saison. Samedi, le meilleur marqueur d’essais du club basque (10) a cependant raté son coup de pied dans l’impitoyable mort subite des tirs au but. Trois jours après, il revient pour Rugbyrama sur ce moment malheureux et se dit prêt à tourner la page.

Aymeric, comment allez-vous ?

Ça va bien. Il faut savoir digérer les choses comme ça. Je suis beaucoup plus déçu de manière collective pour cet échec, celui d’un projet, d’une ville. Je parle d’échec, mais je pense surtout que c’est un coup d’arrêt, une déception.

Comment avez-vous vécu ces derniers jours ?

Ce n’était pas facile. Il y avait beaucoup d’images qui tournaient en boucle et qui me rappelaient ce moment. Après le stade, nous nous sommes retrouvés pour discuter tous ensemble, boire une petite bière pour clôturer la saison. Elle ne finit pas de la plus belle des manières, évidemment. Au moment de s’endormir, forcément, on a des images qui reviennent. On est amené à refaire le match, la nuit est un peu compliquée, mais après, on bascule.

Qu’est-ce qui s’est dit, dans l’équipe, au moment où la prolongation est arrivée à son terme ?

Il y avait, d’un côté, ceux qui allaient endosser la responsabilité de tenir l’équipe avec leur pied. Je pense à Gaëtan Germain, Manuel Ordas, Guillaume Rouet. Derrière, il y a ceux qui étaient soulagés que le match s’arrête, même si le score était nul. La responsabilité les quittait puisque, maintenant, ça allait être au tour de cinq personnes ou plus d’écrire la fin de la rencontre.

" Je pense que c’était à moi de prendre cette responsabilité. Je n’ai pas à rougir de l’avoir prise"

Comment s’est fait le choix des tireurs, à Bayonne ?

C’est Arthur Duhau qui avait commencé à rédiger la liste depuis le banc des remplaçants. Il connaît bien l’équipe, ceux qui tirent face aux perches de façon moins sérieuse que d’autres. Sa liste était très cohérente, la preuve, les cinq premiers n’ont pas raté leur tir. De mon point de vue, je ne pensais pas que j’allais être choisi après eux. Pour moi, le match allait se terminer après les cinq tirs au but. Je ne pensais pas qu’il allait y avoir un sixième, septième ou autre.

Du coup, comment s’est décidé le choix du sixième ?

Il ne restait plus grand monde. Ça se jouait entre Hugo Zabalza et moi. Hugo a fait une très belle entrée, mais ne devait peut-être pas endosser ce rôle. J’ai joué beaucoup de matchs cette année, j’ai marqué des points. Je pense que c’était à moi de prendre cette responsabilité. C’était la suite logique derrière les bons tireurs. Je n’ai pas à rougir de l’avoir prise. Ça ne m’a pas souri. C’est comme ça.

Comment vit-on le moment où on quitte ses coéquipiers pour aller tirer, puis quand on se retrouve face aux poteaux ?

Il y avait beaucoup d’ambiance et de bruit autour. J’ai cherché à l’occulter, parce que je pense que c’est important. Étonnement, c’est un exercice que j’ai réussi. Je suis rentré dans une bulle. Après, il ne faut pas se poser de questions et je ne m’en suis pas posé. Ensuite, il faut y aller naturellement et taper. Là, j’en parle comme si j’avais réussi ce coup de pied, alors que je l’ai raté. Mais dans la façon où je l’ai abordé, si c’était à refaire, je ferais la même.

Bon nombre de joueurs nous ont dit que cette séance était horrible à vivre. Est-ce aussi votre ressenti ?

Oui, c’est horrible. On sait qu’on tient tout un club et un peuple sur notre pied. Le rôle de chacun, c’est d’occulter cette pression. Les buteurs ont plus l’habitude que nous. Mais j’y suis parvenu.

" Ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas entraîné à buter, c’est comme si je n’avais aucune base"

Sur ce coup de pied, que se passe-t-il ?

Je ne la tape pas bien. Je pose mon pied beaucoup trop tôt par rapport au ballon. Je tape le tee. Je ne me concentre que sur la frappe, parce que je pense que ça peut faire la différence. Je ne lève pas la tête de suite, car ce sont des petites consignes qu’on m’a souvent répétées quand j’étais plus jeune. Je finis mon geste, je vais au bout de mon action même si j’entends un mauvais bruit. Après, je lève la tête et je me rends compte que le ballon passe à droite. Je jette mon dévolu sur le fait que Steffon Armitage puisse la louper, mais la réalité me rattrape très vite.

Aviez-vous déjà buté dans votre jeunesse ?

Quand j’étais jeune, j’ai fait des entraînements tirs au but. J’ai été buteur dans les années cadets sur certains matchs ou une fois en Crabos. Mais ça, c’est loin. Les bases ne sont plus là. J’avais quelques mots forts dans ma tête de personnes qui ont pu m'aiguiller pour me rassurer et avoir un leitmotiv. Mais ça ne fait pas la différence. Ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas entraîné, que c’est comme si je n’avais aucune base.

Qui sont ces personnes ?

Daniel Larrechea, avec qui j’ai commencé à buter quand j’avais 12 ou 13 ans. Il y avait aussi les mots de Sébastien Fauqué. Même si je n’ai pas buté avec lui, il donne des conseils quand on fait du jeu au pied courant, qui peuvent servir face aux perches. Enfin, ceux de Thomas Darracq, qui m’a beaucoup conseillé sur le jeu au pied en espoirs, sont aussi revenus.

Top 14 - Aymeric Luc fut l'un des meilleurs Bayonnais de la saison

Top 14 - Aymeric Luc fut l'un des meilleurs Bayonnais de la saisonIcon Sport

Avez-vous revu ce coup de pied ?

Oui. Ça m'a confirmé ma modeste analyse. Le pied est 50 centimètres avant le ballon. Je suis persuadé qu’il doit être au niveau du ballon. C’est une chose que j’ai retenue. Je l’ai revu, je n’ai pas rougi. Le pied est trop tôt, je tape le tee. Mon pas d’élan n’est pas bon, pas adapté. Il est lié à mon manque de pratique, mais je ne vais pas me cacher derrière ça. Elle est à 22 mètres en face des poteaux. Si j’en tape 10, j’en mets 8. Là, ça faisait partie des deux que je ne mettais pas.

Le moment qui suit, lorsque vous repartez vers vos coéquipiers, doit être compliqué à vivre…

Oui, c’est compliqué, c’est rageant, c’est un sentiment d'impuissance. Je reviens face à eux, j’en déçois beaucoup. Mais on a toujours eu un groupe en or. Sur ce fait de match, ça a été prouvé. Ils sont tous venus vers moi, m’ont consolé. Ils m’ont tous dit que ce n’était pas ma faute, que ça aurait pu arriver à un autre. C’est le discours qu’a tenu tout le vestiaire, staff y compris. Forcément, c’est un moment gênant, triste. On se sent responsable. Après, je me sentais bien dans l’effectif, je n’avais pas peur d’affronter leur regard. Ils ont été tous en or.

" Le public bayonnais est bienveillant, il faut aussi savoir lui rendre. Sur le moment, je ne l'ai pas fait"

Vous êtes loin d’être responsable de cette relégation, mais vous devez avoir ce sentiment de culpabilité au fond de vous. Est-il difficile à évacuer ?

Oui, j’ai ce sentiment, mais il me vient de moins en moins. J’arrive à faire la part des choses. Ce match a été long, 100 minutes. J’ai tout donné au collectif. Il y a cette malheureuse fin, mais pour autant, le match était très convenable. J’arrive à faire la part des choses et ne pas prendre toute la culpabilité. Ce n’était qu’un coup de pied.

Vous n’allez donc pas trop avoir de mal à vous en remettre…

Non. Là, je suis fatigué, mais je n’ai qu’une envie : reprendre la saison, s’entraîner et jouer. Je sais que ça va passer.

Une grosse vague de soutien venue des réseaux sociaux, pourtant très durs en temps normal, est arrivée après votre tentative manquée. Avez-vous été surpris ?

Oui, très surpris. Je les en remercie. Ça fait toujours plaisir d’être soutenu. J’ai reçu très, très peu de messages négatifs. J’en ai eu quelques-uns un peu marrants et moqueurs, évidemment. Mais ça fait partie du jeu et du rugby. J’ai reçu des messages d’anciens coéquipiers avec qui j’ai joué en espoirs ou crabos. Il y en a plein que je n’ai pas pu voir, je les verrai plus tard. Il y en a vraiment beaucoup, j’étais étonné. J’en ai reçu un de Romain Lonca, premier concerné par la victoire et mon coup de pied manqué. Ça montre aussi qu’il y a du respect dans le rugby. Ce n’est pas nouveau.

Votre très bonne saison explique aussi sûrement cela…

Oui, j’ai joué beaucoup de matchs, j’ai participé à beaucoup de succès de l’équipe, des rencontres fortes qui resteront gravées à jamais. Après, je pense que le public bayonnais connaît le rugby, la façon dont on s’entraîne. Il connaît l’équipe, la personnalité de chacun. Il est bienveillant envers ses joueurs. Il faut qu’on sache leur rendre aussi. Sur le moment, je ne l’ai pas fait.

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