Midi Olympique

Arostéguy (maire de Biarritz) : "Je suis disponible pour me remettre autour de la table"

Arostéguy (maire de Biarritz) : "Je suis disponible pour me remettre autour de la table"

Le 16/06/2021 à 16:59Mis à jour

TOP 14 - Samedi après-midi, le Biarritz Olympique a validé son ticket pour le Top 14 et après sept ans d’absence, jouera dans l'élite la saison prochaine. Cette accession change-t-elle quelque chose à propos du projet Aguiléra ? Va-t-elle permettre d’apaiser les relations entre la mairie et le club ? Maïder Arosteguy, la maire (LR) de la ville de Biarritz, joue la carte du rapprochement.

Vous étiez à Aguiléra samedi. Qu’avez-vous pensé du retour du BO en Top 14 ?

Ça a été un match absolument extraordinaire. Au-delà du résultat et de la remontée en Top 14, nous avons vu un public à Aguiléra tel qu’on ne l’avait pas vu depuis très, très longtemps. Il y avait du monde, des jeunes, de la ferveur...

Sept ans après, le BO retrouve le Top 14. Est-ce une bonne chose pour la ville de Biarritz ?

Dans le cœur des Biarrots, des supporters, dans l’amour qu’on a du club, c’est évidemment fabuleux. Après, si on prend le côté gestionnaire et l’organisation de ce que doit être un club en Top 14, c’est certainement une situation qui va devenir compliquée à gérer.

Ces derniers mois, des tensions sont apparues entre la mairie et la famille Gave, propriétaire du club, et son président Jean-Baptiste Aldigé. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Des tensions sont apparues, en effet, comme avec à peu près tous les acteurs de la région. Qu’ils soient journalistiques, économiques, avec des supporters, des abonnés, des entreprises ou avec le président de l’agglomération. Les relations ont été compliquées depuis le début.

Pourquoi ?

La communication du président n’est pas traditionnelle. Parfois, elle est extrêmement directe et violente. On n’est pas habitué à ça chez nous. Ça a tendu les relations, mais elles n’ont jamais vraiment été interrompues, ou en tout cas, dans une période très courte. Le président du BOPB étant extrêmement pressé dans la mise en place de ses projets, il n'appréhendait pas suffisamment la notion de temps qui est celle de l'action publique. On peut regretter que cette action publique soit trop longue. La difficulté de la mise en place de ce projet Aguiléra, c’est le fait que les terrains n’ont pas été rendus constructibles. Sans cette constructibilité des terrains, la source de revenu et de financement de la ville pour réaliser le projet sportif n’existe pas. La première des choses était de sécuriser la mise en constructibilité des terrains pour être sûr que, quand je m'assois à la table des négociations avec le club, je sois un interlocuteur avec de l’argent pour faire le projet.

Top 14 - Louis-Vincent Gave, l'actionnaire majoritaire du BO, célèbre au côté de son président Jean-Baptiste Aldigé

Top 14 - Louis-Vincent Gave, l'actionnaire majoritaire du BO, célèbre au côté de son président Jean-Baptiste AldigéMidi Olympique

Mais ?

Cette situation-là n’était pas établie. Jusqu’au 30 mars, quand l’agglomération Pays basque a voté le début du processus qui est long et va durer 24 mois, je n’ai pas été en capacité de dire au président : “allez, banco, on concrétise notre accord.” Ça, c’était le premier point.

Quel est alors le second, alors ?

Nous n’étions pas d'accord sur l’équilibre financier entre la part apportée par le privé et celle apportée par le public. Je souhaitais que le club professionnel, privé, apporte plus dans le projet qu’il ne proposait, pour se rapprocher du modèle bayonnais, par exemple. Avec le BOPB, nous étions sur un équilibre tout à fait inégal. La ville mettait presque 90 % et le club mettait 10 %. Même si nous ne sommes pas d’accord avec Jean-Baptiste Aldigé sur ces chiffres-là, il n’empêche qu’il y avait un gros déséquilibre entre l’apport du privé et celui du public. Ça a été un point d'achoppement dans les négociations. Pendant la campagne et après mon élection, j’ai toujours dit que je respecterai mon engagement et que le projet Aguiléra se ferait. Il faut se mettre autour d’une table et négocier. Déjà, le centre de formation va se faire, comme on s’y était engagé. Cela représente tout de même 8 millions d'euros. Pour le reste, il faut qu’on trouve, avec la famille Gave, un terrain d’entente sur un équilibre financier.

Cet équilibre financier est-il donc le seul point bloquant ?

Tout à fait. Aujourd’hui, la remontée en Top 14 peut être une perspective de rééquilibrage dans le projet. On pourra peut-être trouver plus facilement un terrain d’entente. En tout cas, ma porte est ouverte. Je suis parfaitement disposée et disponible pour me remettre autour de la table, trouver des solutions. On sait qu’on a des choses à faire, qu’on doit être un partenaire très actif dans la rénovation d’une partie des installations. Mais aujourd’hui et encore plus en période post-covid, je suis aussi garante de l’équilibre des finances publiques et je ne peux pas me permettre de prendre trop de risques financiers sur la partie “sport professionnel” de ce projet Aguiléra.

Quel est l’état des relations entre la famille Gave, le président Aldigé et la mairie ?

Ce match a été une formidable opportunité de se côtoyer dans un grand respect et une très grande courtoisie, avec une perspective de dialogue qui me paraît très enthousiasmante pour l’avenir. Nous avons eu l’occasion d’échanger, pendant le match, avec Louis-Vincent Gave, aussi avec le président Aldigé. Aujourd’hui, je suis disposée à ce qu’on se rencontre et ça va se faire. J’espère qu’on va trouver un terrain d’entente.

Top 14 - La maire de Biarritz Maider Arosteguy discute avec l'actionnaire majoritaire du BO Louis-Vincent Gave lors du match d'accession

Top 14 - La maire de Biarritz Maider Arosteguy discute avec l'actionnaire majoritaire du BO Louis-Vincent Gave lors du match d'accessionMidi Olympique

Vous avez été invitée par Jean-Baptiste Aldigé au match. Doit-on y voir un signe d'apaisement ?

Je l’ai interprété comme ça. Le match a été un grand moment, pendant lequel les différents ont été complètement oubliés. Au fur et à mesure que la rencontre avançait, l’ambiance a été particulièrement détendue, courtoise et même chaleureuse par moments. Ça a été un moment de qualité qui, je pense, promet des perspectives d’avenir pour la pérennisation du club.

Le 15 février dernier, vous avez envoyé une lettre au président Aldigé, lui expliquant que "la ville de Biarritz ne dispose pas des capacités financières pour accompagner le projet que vous avez présenté". Depuis, les choses ont-elles évolué ?

Jean-Baptiste Aldigé a toujours dit que je ne voulais pas de rugby professionnel à Biarritz. C’est faux. J’ai toujours dit que j’en voulais. Mais, aujourd’hui, l’argent public n’avait pas vocation à financer le rugby professionnel, et plutôt être en soutien à l’amateur. Je ne change pas mon discours en fonction des résultats des matchs et des élections. Le mien est de dire, je serai en soutien de l’amateur et aussi du privé, mais dans des proportions qui restent à déterminer. Le projet, oui. Mais en fonction de mes moyens, je dois négocier avec le club et j’espère que celui-ci pourra être plus ambitieux dans l’apport financier qu’il va faire, qu’il ne l’a été en février.

Depuis cette date, Jean-Baptiste Aldigé a évoqué un projet de délocalisation du club. L’avenir du BO s’écrit-il à Biarritz, ou ailleurs ?

On me cite des exemples de clubs délocalisés, mais on est en France, on a nos terroirs, nos territoires, nos ancrages. Ce club a survécu à des moments difficiles grâce aux supporters. On ne peut pas le déraciner pour le replanter ailleurs. Si on le replante ailleurs, on replantera un numéro d'agrément, une équipe, un produit marketing et sportif, et pour moi le rugby ne peut et ne doit pas être ça. Si demain Lille Métropole a envie d’avoir du rugby professionnel - je sais qu’ils en ont envie et tant mieux, ils ont les moyens de le faire - ce qui serait plus propre et plus enthousiasmant pour eux, c’est de financer un projet et créer une future équipe de champions. Aller piquer et déraciner une équipe, qu’elle soit de Biarritz, Béziers, Perpignan ou Oyonnax, pour moi, ça n’a aucun sens.

Néanmoins, peut-on vraiment imaginer le BO, de retour en Top 14, quitter la Côte basque?

Non, je ne l’envisage pas une seule seconde.

Cependant, le président Aldigé cherche des solutions en ce sens…

Je pense qu’il cherche des sources de financement. C’est plutôt ça la vérité. J’ai toujours été désireuse de l’aider, à la place qui est la mienne, c’est-à-dire celle de maire et pas d’agent commercial. Nos différents ont surtout porté sur mon engagement et ma capacité à trouver des sources de financement. Aujourd’hui, il a réussi ce formidable exploit d’avoir un partenaire avec Grindr. Il n’empêche que Grindr, je les ai reçus trois semaines après mon élection, en Mairie de Biarritz, et on a fait un entretien en anglais pour que la maire de Biarritz favorise la venue de Grindr en tant que partenaire du BOPB. J’estime qu’à un moment donné, j’ai fait ma part du travail quand le club me l’a demandé. Après, je ne peux pas passer ma journée à passer des coups de téléphone et à faire venir des entreprises au BO. Ce n’est pas mon rôle, même si je ne m’y oppose pas. Ce travail-là, je n’ai pas le temps de le faire. Ça a été un point de discorde entre Jean-Baptiste Aldigé et moi.

La récente accession du BO en Top 14 peut-elle changer la donne sur tous les points évoqués précédemment ?

Je pense que ça peut être positif. De nouveaux partenaires peuvent s’intéresser au BO et avoir envie de participer au financement. Ça peut être une très bonne nouvelle. Aujourd’hui, le président a réussi cet exploit de faire remonter le club. Pourquoi pas, demain, envisager que le nerf de la guerre - qui est le financement - puisse être favorisé par cette montée en Top 14. Je reste confiante sur la capacité du BOPB à attirer des partenaires. Mais la chose est très claire et je l’ai toujours dit à Jean-Baptiste Aldigé, qui l’a toujours entendu : ces financements supplémentaires ne pourront pas venir de la puissance publique, ça n’est pas possible.

Cette montée dans l’élite va-t-elle changer quelque chose au niveau de l’investissement de la mairie dans le club ?

Ça peut peut-être changer quelque chose dans l’urgence des travaux qu’on peut mettre en place. Maintenant, je ne pourrai pas mettre un ticket de 4, 5 ou 10 millions d’euros en quelques mois parce qu’ils sont montés en Top 14. J’ai toujours eu la volonté d’accompagner le club et je le ferai. Aujourd’hui, il faut qu’on définisse les besoins à court, moyen, long terme et qui paye quoi. De quelles installations, le BOPB a-t-il besoin ? Quelle est l’urgence en termes d'infrastructures ? Que peut-on faire rapidement, pendant l’été ? Que doit-on faire dans les 2, 3 et 4 ans ? Si on arrive à travailler là-dessus, le projet se fera rapidement et sans encombre.

Jean-Baptiste Aldigé disait ce lundi, dans nos colonnes, "si jamais la mairie veut avoir une discussion sur le projet Aguilera, je serai bien sûr à l’écoute." Vous semblez être dans la même position…

Absolument, et nous avons convenu de nous rencontrer la semaine prochaine. Ce sera un premier rendez-vous informel. Ensuite, il y aura un rendez-vous peut-être un peu plus formel avec les services pour voir comment on articule l’avancée du projet.

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