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EXCLUSIF. Fickou : "Ça m'a déchiré le cœur de quitter mes coéquipiers parisiens"

EXCLUSIF. Fickou : "Ça m'a déchiré le cœur de quitter mes coéquipiers parisiens"
Par Midi Olympique

Le 13/05/2021 à 15:04Mis à jour Le 13/05/2021 à 15:29

EXCLUSIF. Pour la première fois, en exclusivité pour Midi Olympique et RMC, l’international français revient sur son transfert polémique du Stade français au Racing, répond au docteur Wild, et livre l’étendue de ses nouvelles ambitions aux côtés de Virimi Vakatawa et de ses nouveaux partenaires.

A quel moment avez-vous appris la possibilité de votre transfert au Racing 92 ?

Pendant le Tournoi des 6 Nations. Mon agent m’a appelé pour me dire qu’il avait une mauvaise nouvelle : le Stade français souhaitait me libérer. «Mais j’ai aussi une bonne nouvelle», a-t-il ajouté : le Racing 92 est très intéressé pour te reprendre.

En plein Tournoi, au moment où votre agent vous contacte, les deux clubs s’étaient-ils déjà mis d’accord ?

Ils avaient déjà parlé, oui. Il y avait eu des contacts. C’est ce qui m’a le plus déçu. Je peux comprendre le choix du Stade français. On en a discuté, il n’y a aucun problème. Mais il y a des façons de faire. On aurait dû me concerter avant.

Dans ce transfert, la seule chose qui vous dérange, est-ce donc de ne pas avoir été consulté au préalable ?

Oui. C’est aussi ça, les valeurs du rugby, d’en parler à son joueur avant de voir ce qui se passe autour. Mais je ne leur en veux pas. Tout a été mis à plat, à part cette intervention du docteur Wild qui m’a un peu déçu. Mais bon, c’est comme ça, c’est aussi le jeu. Et il faut respecter ça.

" C’est un club où se trouvent de très bons amis. Nyanga est un ami très important. Et puis, pouvoir jouer avec des mecs comme Virimi, Teddy, Finn, Beale, et j’en passe"

Dans cette déclaration, Hans-Pieter Wild a affirmé que c’est vous qui vouliez partir… Confirmez-vous l’inverse ?

Bien sûr. Les rôles ont été inversés, tout le monde le sait. Tous mes coéquipiers le savent. Et si on réfléchit deux secondes, pour signer un contrat, il faut deux personnes… J’ai accepté de partir parce que le club voulait recruter des joueurs, alors que je n’étais jamais là. Je l’ai très bien compris. Mais j’aurais voulu qu’on me le dise en face, comme des hommes. Dans l’histoire, je crois que c’est moi qui ait eu le côté humain.

Pouviez-vous refuser de partir ? Ou avez-vous eu le sentiment d’être dépendant d’accords qui vous dépassent ?

Je pouvais rester. J’avais un contrat. Mais à quoi bon venir tous les jours dans un club qui veut vous libérer ? S’entraîner, c’est mental. Alors, si tu ne représentes plus d’intérêt pour le club…

Avez-vous été atteint par l’ampleur de la polémique ?

Pas du tout. Des personnes qui vont plaider pour ou contre, c’est le jeu. Quand je regarde le foot, je donne toujours mon avis. Et je peux être méchant. C’est le sport. On est là pour être jugés. Je savais qu’il y aurait des personnes qui diraient que c’est inadmissible, que c’est un vendu, un traître. Moi, je sais très bien que je me suis toujours donné à 100 %. Je n’ai jamais triché. Le plus rassurant, c’est que mes coéquipiers, mes amis, ma famille, le sachent. Si une personne à l’autre bout de la terre donne un avis négatif, c’est important, parce que c’est une personne qui me soutenait et qui ne le fait plus. Mais je pense qu’elle comprendra, et que si elle avait été à ma place, elle aurait fait la même chose.

On vous annonçait déjà au Racing avant la fin de votre contrat, mais c’est la rapidité de cet accord de fin de saison qui a créé une onde de choc…

Je ne pensais pas que ça allait se faire aussi rapidement. J’ai été très surpris, sincèrement. Mais c’était une opportunité pour moi et le Stade français, et nous nous sommes mis d’accord. C’est pour ça que la déclaration du docteur Wild m’a déplu. Parce qu’il était d’accord, et que c’est un peu bizarre de dire ça.

Est-ce que vous auriez pu aller ailleurs qu’au Racing 92 ?

Non. C’était ma condition. C’est un club où se trouvent de très bons amis. Yannick Nyanga est un ami très important. Et puis, pouvoir jouer avec des mecs comme Virimi, Teddy, Finn, Beale, et j’en passe… Même les jeunes joueurs ont énormément de talent. C’est un club qui a énormément d’ambition et de talents.

Pouvoir jouer un titre dès cette fin de saison a-t-il pesé dans votre décision ?

Oui. Ça fait trois ans que je suis en vacances au mois de juin. Je n’ai que 27 ans, ça va arriver, je n’en doute pas une seule seconde. Mais la Champions Cup, ça fait trois ans que je ne la joue pas et ça commence à faire long. Se préparer dès à présent pour la jouer, et faire les phases finales, ce serait une belle progression. Gagner immédiatement un titre avec le Racing, ce serait énorme. Et puis l’année prochaine, gagner les deux avec la Champions Cup. On a l’ambition d’aller chercher des trucs un peu incroyables.

EXCLUSIF. Fickou : "Ça m'a déchiré le cœur de quitter mes coéquipiers parisiens"

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La présence de Virimi Vakatawa, votre partenaire au centre en équipe de France, a-t-elle pesé dans votre venue ?

Bien sûr. Ça faisait longtemps qu’on en parlait. Ça faisait longtemps qu’il me disait de venir avec Teddy Thomas, qui est l’un de mes meilleurs amis. Et bien voilà, j’ai signé quatre ans. On a quatre ans pour essayer de soulever quelque chose.

On vous sait très proche de Teddy…

Oui c’est mon super pote. J’espère qu’il restera, évidemment (entretien réalisé mardi). Tous les joueurs l’espèrent. Tout le monde adore Teddy. C’est quelqu’un d’attachant. Et c’est un super joueur, il est incroyable.

Comment le projet du Racing 92 vous a-t-il été présenté par Jacky Lorenzetti et Laurent Travers ?

Ce qui m’a plu, c’est qu’on a été clair et net depuis le début. Ils m’ont dit : « Gaël, si on se positionne sur toi, il faut que tu sois absolument certain de vouloir venir ici. » Je leur ai répondu que je le leur promettais, que je refuserai les autres clubs. Je voulais venir au Racing. J’avais envie d’évoluer dans ce club depuis des années. Je ne l’avais pas fait à l‘époque parce que j’avais pris une autre décision. J’ai senti que c’était maintenant. Les deux parties ont été hyper honnêtes et on part sur de bonnes bases. Je me donne quatre ans pour gagner tout ce que je peux gagner, et apporter tout ce que je peux apporter à cette équipe.

Sur le terrain, que dites-vous de votre entente avec vos nouveaux coéquipiers ? Dans son lyrisme qu’on lui connaît, Teddy Iribaren a comparé votre ligne de trois-quarts avec les galactiques du Real après votre succès contre l’ASM…

Teddy a dit ça ? Si on est honnête tout en restant humble, on a du potentiel à tous les postes, devant et derrière. Quand j’arrive le matin et que je croise tous les mecs, je me dit qu’on a une équipe assez incroyable. Mais est-ce qu’on sera là au bon moment sur le finish ? Ce sera ça le plus important. Nous devons construire une identité pour y parvenir

Quelle adaptation personnelle pour vous fondre dans votre nouvel effectif ?

Contrairement à tout ce que cette affaire a soulevé comme questions, c’est bien le côté humain qui est au centre des enjeux. Être bien reçu et être bien intégré, c’est l’essentiel. Pour le rugby, c’est un peu toujours la même chose. Mike Pendergast, je l’ai eu un an au Stade français et je connais son système. Il y a un temps d’adaptation mais ça va vite. Il faut bien s’intégrer, avoir le respect et la sympathie de tout le monde. Au Racing, je connaissais la moitié des gars donc c’était facilitant. On se croise en équipe de France. On pouvait se côtoyer à Paris aussi, avant le Covid. En plus, j’ai la chance d’avoir comme meilleurs amis deux ou trois mecs dans l’équipe.

Comment vos partenaires du Stade français ont-ils accueilli votre départ ? Vous êtes passé à l’ennemi juste avant le derby, et dans le contexte de la course aux phases finales. Sur le plan affectif, le timing n’était pas forcément idéal…

Je reconnais que le timing était très particulier. J’ai fait un rendez-vous avec tous les joueurs pour leur expliquer que je serai avec les gars du Racing dès la semaine suivante. Je pense que cela leur a fait de la peine. Le plus dur, c’était que je parte chez l’ennemi. C’est compréhensible. On s’est dit au revoir et on se reverra à la fin de la saison. On a un lien par un groupe WhatsApp, vous savez comment ça se passe avec la nouvelle génération. Je me suis fait des frères au Stade français.

Quel était votre propre sentiment ?

C’était triste de quitter mes coéquipiers. Vous savez, on passe deux ans et demi à tout faire ensemble. On dîne, on sort… On partage tout entre joueurs. Il y a tous les à côtés que vous ne voyez pas. Ça m’a déchiré le cœur. Alors ce que j’ai dit à Thomas et à Gonzalo (Lombard et Quesada, N.D.L.R.), cela restera entre nous. Je ne le dirai jamais. Mais ils savent pourquoi c’est mieux que cela se soit fini comme ça. Sur le plan médiatique, on en a beaucoup parlé en raison de ma condition d’international. Si Louis (Picamoles) était parti à Montpellier au sommet de son art en 2015, tout le monde en aurait parlé. On a moins évoqué son départ prématuré à Bordeaux. Trente joueurs ont vécu cette même situation depuis le début de la saison. Et ça va arriver de plus en plus souvent. C’est comme ça, aujourd’hui. Le rugby évolue et les clubs ont voté pour ça. Thomas Lombard a voté pour ça. Tout le monde connaît les règles. Ça peut aller à l’encontre des valeurs, mais le joueur pense à ses intérêts. Lui, il veut jouer et s’éclater. S’il sent que son club veut le libérer, quel est son intérêt de rester ? Je peux comprendre les supporters qui disent que cela ne se fait pas. Je peux être d’accord avec eux, sincèrement. Mais c’est un choix concerté entre deux parties. Pour répondre à votre question, sur le plan humain, j’étais triste de quitter mes coéquipiers, mais content d’avoir un challenge où aller jouer des phases finales.

Vous n’êtes pas un professionnel lambda : vous présidez aussi un club amateur à La Seyne. Que diriez-vous à l’un de vos jeunes licenciés qui partirait à Toulon juste avant les phases finales ?

Tout est dans votre question : vous évoquez deux mondes qui n’ont plus rien à voir. Quand j’étais jeune, je ne pouvais pas imaginer que le rugby serait comme cela. Qu’il créerait autant d’engouement, qu’il y aurait autant d’argent et de sollicitations. Le rugby a complètement changé, c’est tout. Tous ceux qui critiquent sa forme professionnelle n’ont pas compris qu’il passait dans une autre dimension. Mais chez moi à la Seyne, aucun gamin ne partira pour aller jouer au Beausset, par exemple. Ça n’existe pas, parce que c’est un monde amateur. Parce que sa mère habite à côté du stade, que ça coûte de l’argent et que dans le monde actuel, c’est dur de gagner sa vie. On parle de deux trucs différents. Ce n’est pas une question de mentalité. Moi, je n’ai jamais triché sur un terrain. Je n’ai jamais abandonné un collègue. Donc mes valeurs, elles restent intactes. C’est rare aujourd’hui de voir un joueur réaliser sa carrière dans un seul club. C’est beau, j’adore. Des mecs comme Henry Chavancy ou Max Médard, c’est extraordinaire. Mais ça ne peut pas arriver à tout le monde.

Avez-vous reçu un commentaire de l’encadrement du staff de l’équipe de France sur votre association en club avec Virimi Vakatawa ? On imagine le staff assez ravi de cette opportunité…

Je ne sais pas ce qui est le mieux pour le staff. Mais Laurent Labit m’a soutenu par message en me disant de ne pas écouter ce qui se disait autour, en me rassurant sur mes qualités et mon côté humain.

Sur le plan humain, vous laissez Yohan Maestri en rade, avec lequel vous étiez venu à Paris…

On pourra toujours boire le café le matin à la réouverture des terrasses. Mais c’est vrai qu’on ne partagera plus nos journées. Mais bon, de toute façon, il lui restait seulement un an de contrat. Il est trop vieux…

Vous avez souhaité prendre du recul avant de prendre la parole. Vouliez-vous digérer cette affaire avant de l’évoquer ?

Oui. J’aurais répondu à chaud, on aurait cru que je voulais me venger. Je voulais juste dire ma vérité. Je ne voulais pas répondre de façon agacée. En faisant cela, j’aurais donné raison à certaines personnes qui se sont permis de porter un jugement sur moi. Pour moi, le plus important sera le terrain. Je réglerai toutes ces pensées négatives sur le terrain.

Propos recueillis par Guillaume Cyprien

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