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Tillous-Borde : "J'ai toujours de quoi écrire à côté de mon lit"

Tillous-Borde : "J'ai toujours de quoi écrire à côté de mon lit"

Le 20/02/2020 à 17:24

TOP 14 - En raccrochant prématurément ses crampons pour devenir adjoint de Patrice Collazo, l'ancien demi de mêlée international a pris une décision radicale, qu'il n'a pourtant jamais regretté. Entretien.

Sébastien, vous avez troqué votre costume de joueur pour celui d'entraîneur il y a un an et demi alors que vous n'aviez que 33 ans. Pourquoi ?

Je voulais jouer encore un ou deux ans, mais Patrice m'a contacté et son discours me parlait. Se présentaient à moi deux possibilités : continuer à jouer mais certainement ailleurs qu'à Toulon ou entraîner le RCT. Sauf que quand tu as défendu ce maillot, c'est difficile de porter d'autres couleurs... Alors j'ai réfléchi une nuit, puis j'ai accepté. Cette opportunité était inattendue mais bienvenue.

Une nuit ? On dit pourtant que raccrocher les crampons est la décision la plus difficile à prendre de sa carrière...

C'est fou, n'est-ce pas ? (rires) Patrice ne m'avait pas fixé d'échéance, mais il m'a avoué plusieurs semaines plus tard qu'il était convaincu que j'allais accepter. Je ne sais pas comme il l'a senti, mais je lui ai répondu qu'en plus d'être un excellent coach, il ferait un parfait voyant (rires).

Pourquoi c'est vous qu'il est venu chercher plus qu'un autre entraîneur des trois-quarts ?

Pas pour mon expérience en tant que coach, c'est certain. Mais je pense qu'il voulait que j'apporte ma connaissance du vestiaire, la relation avec les joueurs... Puis il avait à cœur de s'entourer d'adjoints qui connaissait le contexte, que ce soit Juan (Fernandez-Lobbe) au début, Brique (Eric Dasalmartini) ou moi. Ça fait beaucoup de bien au RCT de se recentrer sur quelques valeurs que nous partageons tous. Durant les trois ans qui ont suivi le dernier titre nous avons perdu une partie de la fameuse "toulonnitude". On s'est dispersé et Patrice a tenté de remettre cette culture au centre du club. Ça passe par des attitudes sur le terrain, du combat, un état d'esprit, de la formation... Ce tout fait partie de l'identité du club !

Top 14 - Sebastien TILLOUS BORDE (Toulon).

Top 14 - Sebastien TILLOUS BORDE (Toulon).Icon Sport

D'autant que vous êtes le dernier à avoir réalisé le triplé européen ?

Il reste également Flo Fresia et José Suta, qui entraîne les espoirs, mais c'est vrai qu'avec le départ de Basta on est les derniers des Mohicans (rires). Maintenant c'était magnifique, mais j'aimerais soulever un trophée en qualité d'entraîneur. Le sentiment serait certainement différent.

En quoi ?

Réussir à emmener quarante individus vers la performance collective, c'est complexe. Il faut créer une osmose, trouver des équilibres, les pics de forme... C'est aussi passionnant qu'énergivore. En tant que joueur, même si tu es un gros travailleur tu vas savoir couper. Quand tu es entraîneur tu ne l'envisages même pas. Parfois tu te réveilles en pleine nuit parce que tu as pensé à un détail. Tu fonces chercher un papier et tu le notes. J'ai toujours de quoi écrire à côté de mon lit désormais (rires). Quand tu es coach ton cerveau ne s'éteint plus !

Et vis-à-vis du vestiaire, comment êtes-vous passé du joueur au coach tout en sachant que certains coéquipiers sont plus âgés que vous ?

Quand tu travailles, que tu es généreux et que tu impliques les joueurs, ces choses se font naturellement. Les mecs ne sont pas bêtes, ils voient bien que ton rôle a changé et ils respectent cette décision.

Qu'est-ce qui est le plus difficile à appréhender dans ce changement de position ?

Être en tribune ! Tu vois les mecs jouer, tu remarques qu'ils n'arrivent pas toujours à faire ce que tu leur demandes et tu te sens impuissant. T'as envie d'enfiler le maillot et de les aider, ça démange... Puis au bout de 3-4 mois ça passe. Tu acceptes que ce n'est pas en renfilant les crampons que tu vas faire avancer les choses, mais en étant plus précis à l'entraînement, en mettant des choses en place et en réussissant à emmener tout au long de la semaine le groupe vers une performance aboutie le week-end.

Comment se déroule votre collaboration avec Casey Laulala, avec qui vous partagez le jeu des trois-quarts ?

On s'entend très bien. Avant que ne démarre notre collaboration, nous avions convenu que la clé de notre bonne entente serait la communication et on y tient énormément. On échange donc sur nos idées, nos philosophies, nos façons de voir telle ou telle chose et ça nous rend complémentaires, afin d'emmener l'équipe vers la performance. Je suis plus en charge de la défense, lui de l'attaque. Pour les skills, c'est du 50-50. Finalement on travaille main dans la main pour le bien du groupe.

TOP 14 - Casey Laulala (Toulon)

TOP 14 - Casey Laulala (Toulon)Icon Sport

Vous êtes en fin de contrat. Que fera Sébastien Tillous-Borde le 27 juin ?

J'espère qu'il célèbrera un titre (sourire). Non plus sérieusement je ne sais pas. Je suis en fin de contrat, mais je me sens bien à Toulon. On va prochainement en discuter avec Patrice et on verra. Quoi qu'il arrive j'ai envie de continuer à entraîner. Je suis en train de passer mon diplôme pour avoir un jour la possibilité de devenir manager. Mais si on me propose de prolonger à Toulon, évidemment que j'aimerais continuer l'aventure.

En revenant à l'équipe, comment cette équipe en difficulté la saison passée peut aujourd'hui s'être réinstallée dans le gratin hexagonal ?

La saison dernière nous avons dû remettre beaucoup de discipline dans l'équipe, et ça a forcément entraîné une saison délicate. Avec l'arrivée de Patrice, on a dû reconstruire une culture club suffisamment forte pour que le groupe se créé et croit en les idées qu'il défend. Et on a vu que ça prenait petit à petit. Puis on a eu la chance de garder un noyau de joueurs devant. Sur ce, nous avons recruté de jeunes joueurs très intéressants et la mayonnaise a commencé à prendre. Le groupe a gagné de la confiance et est en train de trouver son rythme.

Sentez-vous une réelle différence ?

L'équipe a enchaîné douze matchs sans revers ! Et au-delà de l'aspect arithmétique, ça montre que la dynamique est bonne. Il y a un bon groupe, ça se passe bien et on doit continuer. Les internationaux sont absents en ce moment, mais nous avons une équipe pour être performants malgré tout ! Les deux matchs qui arrivent vont être décisifs.

Ce déplacement à La Rochelle, justement, tombe entre deux réceptions primordiales. Pourriez-vous céder à la tentation de la rotation ?

On ne change jamais quinze mecs dans le XV de départ, mais on fait beaucoup tourner depuis août. Maintenant, on ne fera jamais l'impasse et depuis le début de saison on joue de partout à fond. Il n'y a aucun match où nous avons lâché. Le but est d'aller faire un gros match à La Rochelle et de tenter de ramener quelque chose. Ça demande de l'investissement, de la fraîcheur, mais c'est plaisant. C'est un bon challenge à relever. Le bloc court qui se poursuivra à La Rochelle et se terminera contre le Stade français est un excellent challenge pour les mecs présents. En l'absence des internationaux il y a du temps de jeu à prendre, mais également de la confiance. Si on arrive à faire des résultats lors des deux prochains matchs on basculera sur du bon. Ça ne nous ouvrira aucune porte, mais ça nous mènerait sur du très positif, à l'entrée du money time. On pourra attendre plus sereinement le retours de nos internationaux.

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