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Dulin : "J'espère être parti pour de belles années"

Dulin : "J'espère être parti pour de belles années"
Par Romain Asselin via Midi Olympique

Le 20/11/2020 à 08:54

TOP 14 – Epanoui sous ses nouvelles couleurs rochelaises, encensé pour son jeu au pied, bientôt de retour chez les Bleus, Brice Dulin s'apprête d'abord à retrouver le Racing, dimanche (21h05), en match en retard de la 3e journée. L'arrière s'était longuement confié à Rugbyrama, juste avant l'annonce de sa convocation avec le XV de France.

Rugbyrama : Brice, votre aventure avec La Rochelle a véritablement commencé début novembre avec cette victoire à Pau (24-35), après presque deux mois d'absence et cette fracture du cartilage costal survenue dès la 1ère journée contre Toulon. Comment avez-vous vécu cette période sur la touche ?

C'était frustrant. J'avais vraiment de supers sensations et j'ai été stoppé net. Je pensais que ça allait prendre moins de temps. J'avais déjà eu le même problème il y a 2-3 ans au Racing, ça avait duré dix jours de moins. A la fin, c'était compliqué de maintenir la patience. On a eu la chance de pouvoir jouer tous nos matches sauf celui face au Racing, j'avais l'impression de perdre mon temps. Il me tardait vraiment de pouvoir revenir sur le terrain. Maintenant, c'est derrière moi, il n'y aucune douleur ou gêne.

Vous donnez l'impression, depuis les tribunes, de vous être intégré très vite dans le système rochelais. Même sous vos premiers ballons hauts contre Toulon, vous sembliez déjà très à l'aise.

Quand tu es arrière, en général, d'une équipe à l'autre, il n'y a pas grand-chose qui change. Il faut juste apprendre les annonces et se caler à ce que propose le système. J'ai toujours eu la chance d'avoir des entraîneurs qui m'ont laissé "carte blanche", ils savent que je suis capable de trier les ballons, donc je n'ai aucune restriction. Ça ne change pas.

Ce système vous plaît ?

Il permet de m'exprimer. Par rapport à ce que j'ai connu au Racing, il n'y a pas forcément beaucoup de différences en soi. Après, c'est vrai que le jeu proposé depuis le début de la saison est beaucoup plus ambitieux. On est plus basé sur le mouvement et la rapidité car on a moins la capacité à être puissant. Encore que, on voit que devant, depuis le début de la saison, on rivalise et on arrive même à dominer nos adversaires. Pour le moment, on se régale et j'espère que ça va continuer.

Après Pau, votre entraîneur Ronan O'Gara a comparé votre prestation au pied à celle, la veille, de Romain Ntamack face à l'Irlande dans le Tournoi des 6 Nations. La "classe internationale". Vous avez dû en avoir écho.

Du tout. Je ne savais pas. Après, ce sont des opportunités. Chaque match te laisse certaines opportunités. Là, c'était le match où il y a pu avoir tout type de jeu au pied, notamment derrière, que ce soit chandelle, jeu au pied long, par-dessus...C'est très rare d'avoir ces opportunités-là. Ça m'a souri. Le bon rebond aussi, surtout. Il faut prendre, tant que ça se présente. Le but, c'est d'apporter un petit plus à l'équipe. De la remettre dans le droit chemin et l'avancée. Ce sont vraiment des matches plaisants à jouer, donc autant se régaler.

ROG disait quand même que peu de joueurs "peuvent faire ça". Il apprécie aussi votre instinct.

On se connaît. Ce que je dis à tout le monde en général, c'est que l'on s'aime autant que l'on se déteste. Dans le sens où il sait comment me tiquer pour tirer le meilleur de moi-même. Et inversement.

Dimanche prochain sonne vos retrouvailles avec le Racing, club où vous avez passé les six dernières saisons. Un match reporté initialement programmé début octobre (3e journée), que vous n'auriez donc pas dû jouer. Ça aurait été un crève-cœur ?

C'est vrai que ça m'aurait embêté de ne pas pouvoir le jouer parce que c'est quand même important. Je viens de là-bas. Les choses sont bien ou mal faites, ça dépend du point de vue. Ce report se présente assez rapidement donc c'est cool, je serai très heureux de pouvoir jouer. Après ça ne me tracasse pas plus que ça. Ce sera plus un bon moment qu'un mauvais à passer. Pour moi, le plus important, c'était surtout de rejouer et de pouvoir enchainer les matches.

Vous chambrez un peu vos ex-coéquipiers ?

Je préfère attendre que le match se passe bien et le faire après. Il ne faut pas trop le faire avant (rires).

Vous n'avez pu terminer l'aventure européenne entamée la saison dernière avec le Racing. Comment avez vu vécu la défaite en finale de Champions Cup, mi-octobre ?

J'étais déçu pour les copains... Je sais les investissements que chacun a pu mettre, depuis de nombreuses années, que ce soit en temps et en énergie. C'est la troisième défaite en finale…Pour moi, de l'extérieur, celle-là est encore plus dure que les autres car le groupe était réellement arrivé à maturité. On ne se rend pas compte, la Coupe d'Europe, ça ne se présente pas beaucoup dans une carrière voire presque jamais. Réussir à faire trois finales en cinq ans, c'est rare. C'était dur surtout de les voir jouer parce que ça aurait dû se jouer la saison dernière, il y a eu beaucoup de sentiments cette semaine-là.

" Mes sensations rugby étaient en progression depuis la fin de saison dernière et elles reviennent en totale puissance ! Je suis vraiment libéré sur le terrain et je prends énormément de plaisir. C'est ce que je recherche depuis quelques mois donc si ça arrive aussi vite, c'est que c'était le bon choix."

A l'intersaison, vous expliquez avoir signé à La Rochelle pour vous "remettre en danger". Qu'entendez-vous par là ?

Je savais que mon rugby était en train de revenir, mes sensations aussi. Mais en repartant sur quelque chose de neuf, une nouvelle manière de travailler, un nouveau discours d'entraîneur, ça "t'oblige" comme un jeune joueur à refaire tes preuves, à te surpasser de nouveau. Si Ronan ne m'avait pas appelé, peut-être que je serai resté au Racing. C'était une opportunité, il a fallu prendre le temps de la réflexion mais j'ai tranché et je ne le regrette pas. Je suis heureux ici, mes sensations rugby étaient en progression depuis la fin de saison dernière et elles reviennent en totale puissance ! Je suis vraiment libéré sur le terrain et je prends énormément de plaisir. C'est ce que je recherche depuis quelques mois donc si ça arrive aussi vite, c'est que c'était le bon choix. J'espère être parti pour de belles années.

L'habituelle ferveur de Deflandre a aussi pesé dans votre choix. Bon, là, il va falloir patienter.

(Rires) C'est vrai que tous les voyants sont au vert, sauf celui-là. La grosse frustration est là. On a eu la chance de commencer la saison à 8 000. A un moment donné, il était question de passer à 12 000. Finalement, pouf, tout s'écroule. Au moins, ça sera un plus quand ça arrivera. Je serai encore là, ce sera une étape supplémentaire, une découverte.

Le Stade Rochelais est leader au quasi tiers du championnat. Comment la sentez-vous, cette saison ?

En général, c'est la période décembre-janvier qui donne le ton de la fin de saison. Cette transition d'hiver avec des matches difficiles et éliminatoires en Coupe d'Europe. Le groupe a la capacité de faire de belles choses. Est-ce qu'on aura les ressources mentales pour le faire dès cette saison ? Rendez-vous fin juin et on aura la réponse (sourire). Entre avoir envie, se donner les moyens et le réaliser, il y a beaucoup de différences. Joe Rokocoko disait : "Chaque jour, on doit construire et être meilleur que la veille." C'est déjà un objectif qui permet de ne pas te dire : "Ce que j'ai fait hier c'est bien, donc ça suffit." Non, c'est une construction quotidienne.

Vous connaissez l'adage "Jamais deux sans trois". Vous avez gagné deux Brennus dans votre carrière, donc…

Ça serait bien mais il faut laisser faire les choses petit à petit (rires). Ça viendra si ça doit se présenter. C'est pour ça que l'on se prépare.

" Les Bleus ? J'ai eu de la chance d'y être très jeune, d'y vivre des mauvais moments qui m'ont fait grandir, finalement. Ces années de disette du XV de France m'ont énormément fait progresser."

Brice, vous n'avez plus connu les honneurs d'une sélection avec le XV de France depuis l'été 2017 [Il sera finalement convoqué en Bleu quelques jours après cet entretien, NDLR]. Le maillot frappé du coq reste dans un coin de votre tête ?

J'y pense, oui. Tout le monde a envie de retourner en équipe de France. Encore plus quand elle gagne et joue bien, on a envie d'en faire partie. J'ai eu de la chance d'y être très jeune, d'y vivre des mauvais moments qui m'ont fait grandir, finalement. Ces années de disette du XV de France m'ont énormément fait progresser, on apprend à voir les choses sous un autre angle et à se demander quelles sont les priorités pour être bon tout le temps. Ça a toujours été un objectif personnel mais comme je l'ai toujours dit et je le répéterai, c'est un bonus. S'il y a une opportunité, le but c'est de répondre présent le jour J, être prêt.

Cela vous arrive d'évoquer le sujet avec Laurent Labit, entraîneur des ¾ du XV de France ? On vous sait très proches.

J'avais eu un entretien l'année derrière avec lui. On a parlé. Il savait par où j'étais passé avec mon genou (blessures, NDLR) et mes expériences personnelles. Il savait que j'étais en reconstruction, que je faisais en sorte de revenir au niveau. Je sais qu'il regarde tous les matches. L'évolution, il la voit par lui-même. Il a peut-être un regard par rapport à la relation passée. Mais il n'y a pas de privilège ou autre, c'est le terrain qui parle.

Brice, une anecdote pour finir. Vous aviez été découpé par Will Skelton en début d'année, en Champions Cup [Il se marre]. Maintenant, c'est un coéquipier. C'est mieux, non ?

On en a rigolé sur le groupe de discussions de l'équipe. On l'a rejoint le même jour. J'avais envoyé la photo en lui demandant d'être plus "light" avec moi sur les entraînements. On en rigole, on s'entend super bien. C'est quand même bien mieux de l'avoir à ses côtés, oui (rires). C'est un mec super, très humble et facile d'accès. Niveau rugby, il vient des Saracens, il est international, il apporte un plus par son vécu et, certes, par son gabarit (sourire). Ça fait du bien de jouer derrière lui. On a l'impression que le rugby est plus facile pour certaines personnes !

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