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Szarzewski : "Le rugby me provoque des douleurs insupportables et il est temps d’arrêter"

Szarzewski : "Le rugby me provoque des douleurs insupportables et il est temps d’arrêter"

Le 30/05/2019 à 09:27

TOP 14 - En marge du point presse en amont du barrage contre La Rochelle, Dimitri Szarzewski est venu spontanément devant les médias pour annoncer sa fin de carrière immédiate. Les souffrances causées par son corps meurtri ont eu raison de son incroyable force de caractère.

Rugbyrama : Vous venez d’annoncer la fin de votre carrière. Etiez-vous stressé les heures qui ont précédé ce moment ?

Dimitri Szarzewski : Bien-sûr ! On a beau s’y préparer, cela reste une étape difficile. J’ai toujours connu le rugby, il fait partie de ma vie. C’est même ce qui compte le plus pour moi avec ma famille. Je suis professionnel depuis mes 18 ans et je n’ai connu que ça. Ce n’est pas anodin. Pour en avoir discuté avec d’autres joueurs qui ont arrêté leur carrière, c’est un passage très difficile. Il faut du temps et être bien accompagné pour supporter cette épreuve.

Pourquoi arrêtez-vous ?

D. S. : Cela n’aura échappé à personne, je n’ai pas été épargné par les blessures ces dernières années. Aujourd’hui, mon corps me dit stop. Le rugby, ça fait mal et l’accumulation des blessures me dit que je dois arrêter. C’est donc avec un peu de précipitation que je mets fin à ma carrière sportive. J’avais l’opportunité de faire quelques mois supplémentaires mais le rugby me provoque des douleurs insupportables et il est temps d’arrêter. Cela fait quelques semaines que j’ai pris ma décision. Je l’ai annoncée à mes coéquipiers durant le stage près de Perpignan (avant de jouer l’Usap, à la 25e journée, ndlr). J’ai essayé de me réentraîner mardi pour le barrage mais à la fin, j’avais des douleurs aux cervicales et au tendon d’Achille. À un moment, il faut savoir écouter son corps.

Ces douleurs font partie de votre quotidien depuis quelques temps déjà…

D. S. : J’ai subi sept interventions chirurgicales : le plancher orbital droit, l’épaule gauche, le tendon d’Achille gauche, la cheville droite, les cervicales, le biceps gauche et l’épaule droite. Cela fait beaucoup ! Mon corps souffre et je ne suis plus en possession de tous mes moyens pour continuer. Même en essayant, même en ayant la meilleure des volontés, c’est trop difficile. Même si je pouvais continuer encore quelques mois, par rapport à mon statut de capitaine, c’est compliqué de donner des conseils, de prendre la parole et de ne pas donner l’exemple sur le terrain. Cela n’est pas ma conception du rugby. Quand on est joueur, c’est pour être sur le terrain et accompagner ses amis. Ce n’est plus le cas… Je passe la majorité de mon temps sur la table des kinés et ce n’est plus possible.

" À la base, je ne sais pas si mon corps était fait pour jouer au rugby"

Est-ce votre poste qui vous a plus exposé à toutes ces blessures ?

D. S. : Il y a des postes plus exposés que d’autres et des personnes plus fragiles que d’autres. À la base, je ne sais pas si mon corps était fait pour jouer au rugby mais je me suis donné les moyens de vivre mon rêve. J’ai vécu une très belle aventure, j’en ai payé le prix mais le jeu en valait la chandelle. S’il fallait recommencer, je le ferais sans hésitation.

Comment avez-vous pu vous accrocher aussi longtemps ?

D. S. : Cela demande beaucoup de caractère et de mental. Mais à un moment, le mental en prend un coup. Quand on est blessé, cela nécessite de gros efforts pour revenir. Le mental permet de supporter les souffrances sur des périodes mais quand elles deviennent quotidiennes, cela devient compliqué. C’est très dur, mentalement, de souffrir tout le temps et c’est une des raisons principales de ma décision d’arrêter. J’ai essayé, je voulais aller au bout de l’aventure mais mon corps dit stop. J’aurais préféré terminer sur le terrain mais c’est comme ça.

Dimitri Szarzewski et un supporter du Racing 92 - 6 juillet 2017

Dimitri Szarzewski et un supporter du Racing 92 - 6 juillet 2017Icon Sport

Vous avez tout de même réalisé une très belle carrière…

D. S. : Je suis fier de ce que j’ai accompli même s’il n’y a pas eu que des joies. Il y a eu des moments de déception et de frustration mais j’ai vécu énormément de belles choses. Représenter son pays via la sélection, c’est quelque chose de fabuleux. Les titres de champion de France aussi, notamment celui obtenu à Barcelone, en 2016, qui était incroyable. J’ai voulu jouer au rugby pour vivre ces émotions et pouvoir les partager.

" On dit souvent sur le ton de la plaisanterie qu’on fera de vilains vieux et je pense que ce sera le cas"

Votre fils joue en jeunes au Racing. Craignez-vous que, comme vous, il mette son corps à rude épreuve s’il fait carrière ?

D. S. : Je suis content qu’il joue au rugby. C’est sa passion et je ne l’empêcherai jamais d’en faire. Le rugby est une aventure humaine et sportive extraordinaire alors pourquoi je l’empêcherai de la vivre ? On parle des blessures mais les joueurs sont aussi bien accompagnés de nos jours. Quand j’ai commencé, le plaquage cathédrale était autorisé, les commotions n’étaient pas regardées, les internationaux jouaient beaucoup de matchs sans limite. Cela a changé donc je pense qu’on va dans le bon sens. Maintenant, oui, le rugby est un sport physique avec une traumatologie importante. Les joueurs le savent et n’entrent pas sur le terrain avec un couteau sous la gorge. On y va parce qu’on aime ça.

On vous a toujours décrit comme un acharné du travail physique. Continuerez-vous à fréquenter les salles de sport ?

D. S. : Je crois que je suis condamné à m’entretenir et à faire du sport toute ma vie, notamment du renforcément au niveau des articulations pour ne pas avoir de grosses douleurs. On dit souvent sur le ton de la plaisanterie qu’on fera de vilains vieux et je pense que ce sera le cas. Quand on voit d’anciens rugbymen marcher de travers avec des prothèses…Ils nous ont montré la voie ! Mais ils ont aussi bien vécu et profité. Et puis tous ces souvenirs qu’on a pu emmagasiner, franchement, qu’est-ce qu’il y a de plus beau ? Je préfère souffrir et les avoir dans ma tête.

Vous n’allez pas couper avec le rugby pour autant…

D. S. : Cela fait déjà quelques années que je m’investis avec les jeunes. J’ai fait toute cette saison avec les Cadets, ce qui m’a aussi rassuré sur mes projets d’avenir. Je suis persuadé que je veux entraîner. Le Racing me permet de pouvoir le faire puisque j’entraînerai les Espoirs l’an prochain. Cela va aussi m’aider à mieux vivre la transition.

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