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Messam : "Les mecs m'appellent Papi"

Messam : "Les mecs m'appellent Papi"

Le 12/11/2019 à 10:08

TOP 14 - Arrivé à l'été 2018, Liam Messam (35 ans, 43 sélections) tente de prouver que malgré son âge, il demeure un compétiteur hors-pair. Sa vie française, le travail de transmission, sa découverte du rugby européen et la retraite (qu'il n'envisage pas du tout!), le troisième ligne champion du monde en 2015 s'est longuement confié à Rugbyrama.

Liam, comment va votre cuisse (il a été éloigné des terrains un mois) ?

Je touche du bois (il effleure immédiatement la table) mais tout va bien. Je me sens en pleine forme. Le staff médical m'a pris en main, j'ai fais pas mal de préparation, et je suis content d'être revenu. Je n'aime pas dire que je me sens à 100%, mais je suis vraiment bien.

Comment analysez-vous le début de saison du RCT ?

Nous avons pris beaucoup de claques la saison passée, mais nous avons toujours choisi de les transformer en «leçons». On apprend depuis une saison et demi, tout en continuant à travailler dur. Je sens qu'on avance. Puis nous avons une équipe vraiment jeune... en dehors de Mamuka (n.d.l.r. Gorgodze, 35 ans) et moi (sourire) !

Vous sentez-vous comme le papa de cette équipe ?

Comment dîtes-vous en français... papi (en français) ? Voilà, les mecs m'appellent papi (rires). Non, en réalité tu es simplement "vieux" si tu te sens "vieux". Et ce n'est pas mon cas. Je prends vraiment soin de moi, je fais très attention. J'ai une éthique de travail qui me mène depuis le début de ma carrière, et je m'y tiens, malgré mes 35 ans. Je sais que mon corps est mon outil, alors je l'entretiens. D'ailleurs, être en forme est une motivation pour moi. Je veux montrer aux jeunes que je suis toujours présent et qu'il faut compter sur moi.

Liam Messam (Toulon) contre Agen

Liam Messam (Toulon) contre AgenRugbyrama

Facundo Isa confiait justement que vous étiez toujours le premier à arriver à la musculation et surtout le dernier à partir, chaque jour...

La clé, selon moi, c'est de comprendre l'importance de son corps. Si tu fais attention toi, à ce que tu manges, à "comment bien travailler", tu pourras jouer longtemps au rugby. Ça se passe dans la tête, et c'est ce que je cherche à transmettre aux plus jeunes.

Comment vous sentez-vous à Toulon ?

Je me sens bien au RCT. C'est un club avec une histoire très riche. De nombreux joueurs de classe mondiale ont joué ici. Mais ce que j'aime encore plus, c'est que le groupe actuel veut créer son histoire. Et puis les supporters... Ils sont incroyables. On n'a pas apporté que des joies au public la saison passée, mais ils étaient toujours derrière nous à 100%.

Pourquoi avoir attendu vos 34 ans pour venir jouer en Europe ?

J'aimais profondément jouer pour les Chiefs (n.d.l.r. à Hamilton, la province de Waikato). Malheureusement, les années passaient et mon temps était venu. Ils ne voulaient plus d'un vieil homme (rires). J'étais reconnaissant de ce qu'ils m'avaient permis de vivre, alors je les ai remerciés et j'ai rejoint les Toshiba Brave Lupus, au Japon. C'était une équipe avec de grandes ambitions. Mais il y avait surtout quelques-uns de mes meilleurs amis, comme Richard Kahui, Stephen Donald, Michael Leitch ou Cory Jane. J'ai joué avec certains de ces mecs toute ma carrière, et pouvoir prolonger le plaisir, c'était dément. C'est pour ça que j'ai choisi le Japon plutôt que l'Europe, dans un premier temps.

Liam Messam (Chiefs) avec la coupe

Liam Messam (Chiefs) avec la coupeIcon Sport

Et après le Japon, pourquoi Toulon plus qu'un autre club ?

Déjà, la Grande Bretagne, c'est impossible, il fait trop froid (rires). Ensuite, d'autres clubs français m'ont contacté, mais le président du RCT a montré qu'il pouvait encore me faire jouer au rugby à un bon niveau, alors j'ai foncé. C'était comme une évidence...

Pourquoi ?

Parce que Ma'a Nonu, tout simplement. C'est l'un de mes meilleurs amis, et quand il a su que Toulon m'avait contacté il m'a dit : "ne réfléchis même pas une seconde, fonce!". Alors je suis venu... et il est parti (rires). Mais je suis vraiment content de l'avoir écouté. Est-ce que j'essaye de le faire revenir ? Tous les jours (rires). Puis il y avait également Julian (n.d.l.r. Savea) qui venait de s'engager, alors je n'ai pas hésité.

Quel bilan tirez-vous de votre première saison européenne ?

Venir en Europe n'a pas été simple pour moi. Beaucoup de choses me faisaient peur. Le rugby d'abord. Il est très différent en Europe et en Nouvelle-Zélande. J'espérais être capable de m'adapter. Notre façon de voir le jeu diffère, mais je voulais absolument découvrir le savoir-faire français. Et voir si je pouvais avoir un impact positif, une influence sur le jeu. Alors j'ai pris mon courage à deux mains et je suis arrivé à Toulon.

Quelles sont les principales différences, dont vous parlez ?

Il y a déjà beaucoup plus de matchs. Les saisons durent presque une année complète. Tu dois préparer ton corps en conséquence. Puis je pense que le Top14 est plus violent. Les collisions sont plus fortes. Culturellement, les Européens aiment la mêlée, le jeu d'avant, alors qu'en Nouvelle-Zélande, on préfère l'évitement. C'est super intéressant, et enrichissant, surtout à mon âge, de continuer à apprendre d'un sport que j'apprécie tant. Puis il y a également ce qui se passe en dehors du rugby..

Liam Messam sous la tenue All Blacks

Liam Messam sous la tenue All BlacksIcon Sport

On vous écoute.

La région, mec... Je ne sais pas si vous êtes conscients de la région dans laquelle vous habitez... Rien ne vaut le sud de la France. J'ai vécu mon premier été en Europe... Wahou ! La région est sensationnelle. C'est l'une des plus belles du monde. Entre la météo, la forêt, la montagne, la mer... Il faut comprendre qu'en Nouvelle-Zélande, on vit dans une bulle. Le reste ne compte pas vraiment... Alors le jour où tu sors de ce confort, et que tu découvres autre chose, c'est déjà génial. Mais le sud de la France, c'est un niveau différent !

Vous retrouvez la région que Ma'a Nonu vous avait décrit ?

Ma'a m'avait raconté, mais objectivement je ne pouvais comprendre... La meilleure façon d'y parvenir, ç'a été de découvrir par moi-même. Il y a les gens aussi. On dit beaucoup de choses sur les Français, mais en réalité, vous êtes souriants, pleins de bonnes énergies. J'aime beaucoup l'expression "c'est la vie". Je la trouve positive et très représentative de l'esprit français. Enfin, j'ai découvert le dimanche. Ici, tout est fermé. C'est génial ! Tu peux passer du temps avec ta famille, tes amis. Tu peux consacrer une journée complète à tes proches, c'est précieux... Je n'ai jamais regretté d'avoir tenté cette expérience.

Justement, votre contrat se termine en fin de saison...

Je jouerai au rugby tant que mon corps me le permettra, car j'aime viscéralement ce sport... D'ailleurs, j'en ai à nouveau pris conscience pendant ma blessure. Je ne jouais pas, je ruminais comme si j'avais 19 ans et je me suis dit "ok, tu aimes ce sport plus que tout". Être aussi frustré de ne pas jouer, à 35 ans, m'a permis de comprendre à quel point j'aimais le rugby.

Où souhaiteriez-vous poursuivre votre carrière ?

J'aime jouer pour le RCT. Mais ce n'est pas moi qui décide. Je n'ai pas encore parlé de mon avenir avec le staff ou le président... Si Toulon ne veut plus de moi ? Je chercherais un nouveau club. Une nouvelle aventure. Les USA ? Pourquoi pas, il y a un projet intéressant. La seule certitude c'est que je ne jouerai plus en Nouvelle-Zélande (rires) ! Pourquoi ? Simplement parce qu'il y a trop de jeunes, super rapides et je pense que j'ai fait mon temps avec les Chiefs, pour lesquels j'ai joué 13-14 ans. J'aimerais être fixé le plus rapidement possible. J'ai 35 ans, et savoir ce que je ferais la saison prochaine est important, ça permet de jouer l'esprit libre.

En tout cas, on semble loin d'une fin de carrière...

Oh pu**** non ! C'est la dernière de mes priorités. Quand je fais une liste des choses que je dois faire, la retraite est vraiment tout en bas de la pile. J'arrêterai le jour où mon corps ne suivra plus, ou alors le jour où plus personne ne voudra de moi. À ce jour, je retournerai en Nouvelle-Zélande (sourire). Mais ce n'est pas d'actualité.

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