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De Cromières : “Je n'envisage pas une saison ratée”

De Cromières : “Je n'envisage pas une saison ratée”
Par Leo Faure via Midi Olympique

Le 20/02/2020 à 19:02

TOP 14 - Lucide sur les faibles performances actuelles de son équipe, c’est non sans crainte qu’il aborde la réception du leader girondin. Cromières en profite, au passage, pour annoncer la clôture du recrutement des Auvergnats. Nous vous offrons en eclusivité, l'intégralité de l'interview à paraître demain dans le Midi Olympique !

Comment avez-vous vécu la victoire à Pau ?

Sous deux angles. Le premier, content d'avoir gagné. C'est tout de même important. Le deuxième : déçu par le niveau de jeu produit, notamment en première période. Mais j'imagine que je ne vous apprend rien.

Morgan Parra, après le match, affirmait que l'équipe n'était "aujourd'hui pas au niveau de postuler aux six premières places". Ce constat de votre capitaine vous inquiète-t-il ?

Il a bien dit « aujourd'hui ». On verra ce week-end, contre Bordeaux-Bègles. Mais sur le constat, il a raison : si on reproduit face à l'UBB le même match qu'à Pau, on recevra une grosse punition à la maison.

Top 14 - Morgan Parra (ASM Clermont) contre le Stade français

Top 14 - Morgan Parra (ASM Clermont) contre le Stade françaisIcon Sport

Clermont a tout de même du mal, depuis plusieurs matchs, à produire des contenus rassurant...

Notre équipe évolue à un niveau entre correct et bien lors des affiches majeures, que ce soit en Coupe d'Europe ou en championnat. Souvenez-vous des matchs contre Lyon, les Harlequins ou l'Ulster. Mais nous avons besoin de cette méfiance décuplée, ce que je regrette. Quand l'affiche est plus anodine, j'ai l'impression que, parfois, nous ne sommes pas prêts dans nos têtes à être challengés.

Est-ce donc un problème de motivation ?

Très franchement, je n'en sais rien. D’ailleurs, si je le savais, je me serais déjà penché sur la solution. En général, le diagnostic est multi-factoriel. Beaucoup d'éléments rentrent en ligne de compte. Mais le constat sur notre niveau est clair, et je le fais.

Échangez-vous à ce propos avec votre encadrement sportif ?

Bien sûr, oui. Je les sais déçus, comme moi, de la forme. Ils s'interrogent, comme moi, sur les raisons qui pourraient expliquer nos pannes de courant, notamment en débuts de match.

La réception du leader bordelais est-elle à classer à haut-risque ?

Oui et je pense qu'il y aura chez tout le monde le soucis de ne pas décevoir notre public. Mais je suis aussi lucide : il faudra très nettement monter notre niveau de jeu, de plusieurs crans, pour décrocher la victoire. J'ai vu ce week-end le match entre Bordeaux-Bègles et Lyon. Je me souviens aussi du match de l'UBB au Racing 92. A chaque fois, ce sont des prestations de grande qualité. Il y a du mouvement, de la vitesse, de l'engagement. C'est assez impressionnant.

C'est le cas depuis l'arrivée de Christophe Urios, dont vous n'avez jamais caché apprécier le travail...

Je constate qu'il a été efficace dans son travail à Oyonnax, puis Castres. À Bordeaux-Bègles, il prouve encore son efficacité. Je constate, simplement.

Top 14 - Christophe Urios (Bordeaux-Bègles)

Top 14 - Christophe Urios (Bordeaux-Bègles)Icon Sport

Allez-vous intervenir auprès du groupe, avant le match ?

Les joueurs sont lucides sur notre situation, leur encadrement sportif également. C'est un point important. Je n'ai donc pas l'intention d'intervenir. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'en discute pas, quand on se croise dans les couloirs. Mais je ne pense pas qu'il faille se lancer dans de grandes envolées lyriques face au groupe réuni. Ce genre de chose à plutôt sa place dans les amphithéâtres.

Clermont avait beaucoup de joueurs en fin de contrat cette année. Ce sont, traditionnellement, des périodes propices à de telles inconstances. Cela peut-il être une explication ?

Il y a un mois, je vous aurais peut-être répondu que oui. Aujourd'hui, en revanche, le cas de tous les joueurs est résolu. Depuis plusieurs semaines, chacun sait s'il restera au club l'an prochain, ou non. Pourtant, les performances ne changent pas forcément. J'imagine qu'il y a de la déception pour certains. Cela a pu créer quelques secousses au club. Mais ce facteur ne suffit pas, selon moi, à expliquer notre situation.

La Coupe du monde, aussi, peut-elle avoir impacté psychologiquement votre effectif ?

C'est possible mais difficile à quantifier. Les nôtres, qui étaient tout de même relativement nombreux à la Coupe du monde, ont finalement assez peu joué. Par nature, il y a eu de la déception et il faut un certain temps pour revenir dans le coup. Il y a aussi la blessure de Fofana, et celle d'Arthur Iturria bien qu'il soit resté au Japon, mais sans être en très bonne forme physique.

Le Tournoi bat son plein et Clermont, chose rare, est très peu représenté. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Pour traverser cette période des doublons, c'est évidemment une bonne nouvelle. Pour la reconnaissance du travail du club et des joueurs eux-mêmes, c'est plus négatif. C'est une perte de considération et c'est dommage. A une époque, nous avions une dizaine de joueurs sélectionnés. C'était trop. Mais en avoir entre 4 et 6, ce serait tout de même bien.

Cela engage-t-il une phase de remise en questions sur le travail effectué au club ?

Je rappelle tout de même que le club champion en juin est rarement celui qui a compté le plus de sélectionnés, ou même celui qui a dominé la saison régulière. Toulouse a été un contre-exemple, l'an dernier, mais c'est un cas assez rare. On verra dans le temps si cette situation perdure ou si, demain, nos joueurs seront de nouveau considérés par le XV de France. Dans notre analyse, on prend aussi en compte des éléments conjoncturels et confluents. Vahaamahina a décidé d'arrêter, on verra si c'est définitif ou momentané. Fofana a aussi décidé d'arrêter. Lopez n'a pas clairement dit qu'il arrêtait mais, dans le même temps, il a mis en avant ses jeunes concurrents en reconnaissant qu'ils étaient très bons.

Cette situation facilite aussi la préparation du quart de finale de Champions Cup. Est-ce le match le plus important de votre saison ?

Non, puisque nous espérons qu'après ce quart de finale, il y aura une demie qui sera alors plus importante encore. C'est notre premier match couperet, simplement, avec toute l'importance que cela comporte. Et un adversaire qu'il faudra craindre. On se souvient que le Racing 92 avait très bien voyagé chez nous, en 2018, dans un contexte similaire. Pour nous, c'est tout sauf gagné d'avance.

Pourquoi ne pas délocaliser, à Saint-Étienne par exemple, pour élargir votre public à l'occasion de cet événement ?

Première chose : pour un quart de finale, remplirait-on Geoffroy-Guichard et ses 40 000 places ? Je n'en suis pas sûr. Dès lors, financièrement, je ne suis pas sûr de faire mieux qu'à Marcel-Michelin. Une délocalisation comporte aussi un coût économique à supporter, en commençant par la location du stade. En faisant 10000 personnes de plus, par exemple, je ne pense pas que ce serait rentable. Ensuite, nous avons toujours estimé qu'un quart de finale est la première récompense pour notre public, nos joueurs, nos partenaires et que cela doit se fêter dans leur propre stade.

Stade Marcel-Michelin de Clermont

Stade Marcel-Michelin de ClermontIcon Sport

Les Saracens joueront également ces quarts de finale, sur la pelouse du Leinster, malgré leur relégation administrative prononcée en championnat. Cela vous choque-t-il ?

J'ai adressé un courrier à l'EPCR pour leur dire qu'il était anormal qu'ils n'aient pas de disposition interne pour traiter ce genre de cas. Je crois d'ailleurs qu'ils y travaillent. Aujourd'hui, il n'y a rien, pas de texte. L'EPCR ne peut donc pas défendre son championnat face à cette situation. Demain, il serait souhaitable que les décisions prises dans les championnats soient prolongées vers la Coupe d'Europe.

C'est le cas pour les joueurs, dont les suspensions sont importées d'une compétition à l'autre...

C'est exact. J'ai aussi le raisonnement suivant : l'EPCR qualifie un club, anglais dans le cas qui nous intéresse, dès lors qu'il termine dans les 6 premiers de son championnat. S'il a fini dans les 6 premiers en ayant triché et que la tricherie est reconnue, cela pose un sérieux problème. Ça n'enlève rien à la qualité des Saracens et de leur jeu. Mais leur qualification est déjà contestable.

2018 avait été une saison ratée mais que le club avait amorti financièrement. Un deuxième scénario catastrophe en trois ans serait-il plus problématique pour les comptes du club ?

C'est une situation que je n'envisage pas.

Le club n'a-t-il pas réfléchi à ce scénario et simulé les impacts éventuels ?

Non, pas du tout. Comme ça, je me dis que cela aurait peut-être une conséquence sur les abonnements ou sur les partenaires locaux, pas nationaux. Sur le seul aspect économique, cela resterait donc un impact à la marge. La situation ne serait ni confortable, ni désirable mais nous n'engageons pas 10 % de notre budget sur notre seule réussite sportive, pour dire les choses clairement.

Clermont enregistrera six arrivées et dix départs dans son effectif professionnel 2020-2021. Pourquoi un tel déséquilibre ?

À partir du moment où vous avez moins d'internationaux, cela s'explique. Ces joueurs sont monopolisés par l'équipe de France pendant ses périodes de compétition mais, en ajoutant leurs temps de repos supplémentaires et les vacances à répercuter, la période impactant le club est certainement double. Aujourd'hui, nous sommes moins soumis à cette situation. Mécaniquement, le besoin en effectif est moindre.

Et si, demain, Clermont compte de nouveau un nombre important d'internationaux ?

Nous avons une formation sur laquelle nous appuyer et en laquelle nous avons confiance. Beaucoup de nos jeunes sont dans les tuyaux : les frères Lanen, Van Tonder, Falatea, Beria, Ezeala, Vili, Viallard... Nous avons un effectif tout de même conséquent.

Arthur Iturria avec Thibault Lanen face à Paris

Arthur Iturria avec Thibault Lanen face à ParisIcon Sport

Faut-il s'attendre à d'autres mouvements ou Clermont a-t-il clôturé son marché ?

C'est presque fini. Il nous reste à finaliser le cas du talonneur, pour lequel on discute d'une prolongation avec Yohan Beheregaray.

Ne devait-il pas partir ?

Non, on discute. Il n'est pas encore parti.

Dernier sujet : vous êtes investi et influent à la Ligue. La question de la présidence va bientôt se poser, avec des élections qui se profilent. Soutenez-vous un troisième mandat de Paul Goze ?

Il est trop tôt pour se positionner. Nous en parlons entre collègues, bien sûr. Mais il n'y a encore rien de ferme et définitif. D'autant qu'il faut bien analyser les arcanes juridiques. A ma connaissance, une prolongation de mandat du président Goze devrait être entérinée par la Fédération.

Pour un troisième mandat, il faudrait effectivement modifier les statuts de la LNR, ce qui ne peut pas se faire sans l'aval de la FFR...

Voilà. Commençons donc par étudier cette situation-là. Ensuite, on pourra se positionner. Pour l'heure, se positionner sans connaître les candidats réels, c'est créer du bruit et des tensions totalement inutiles au sein de la Ligue.

Pourriez-vous être intéressé par le poste ?

Certainement pas, non.

C'est tranché, pour le moins...

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