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Tussac : "Ma santé passe avant tout"

Tussac : "Ma santé passe avant tout"

Le 28/02/2018 à 18:15

Déclaré inapte à la pratique du rugby suite à un examen des cervicales, le pilier droit du CO Damien Tussac a été contraint de mettre un terme à sa carrière de manière brutale. Encore sonné, le Varois a toutefois accepté de répondre à nos questions. Extraits...

Rugbyrama : Comment avez-vous appris que vous ne pouviez-vous plus jouer au rugby ?

Damien Tussac : Je l'ai appris lors d'un contrôle tout simple de la LNR. C'est un contrôle obligatoire pour les joueurs qui évoluent en première ligne. J'ai passé une IRM et on m'a envoyé chez un spécialiste pour étudier l'examen. Il a été décelé un problème aux cervicales et j'ai été classé G3. Cela signifie que je suis dans l'incapacité de pratiquer le rugby en France.

Damien Tussac (Castres Olympique)

Damien Tussac (Castres Olympique)Icon Sport

Le choix d'arrêter le rugby s'est-il imposé à vous ?

D.T. : Bien sûr, même si je ne sais pas si cela s'applique aussi en Allemagne. J'ai encore de très bons contacts avec le club de Leeds en Angleterre mais le risque restait le même et il y a d'autres priorités. Pour moi, l'aventure du rugby s'arrête mais j'ai aussi une aventure humaine à poursuivre. J'ai une compagne, une petite fille et toute une famille. Je dois aussi penser à eux. Ma santé passe avant tout.

" Je dois beaucoup au rugby. C'est dur de se dire que tout est terminé. Je ne sais pas si je réalise encore..."

Quel a été votre premier sentiment à cet instant ?

D.T. : On a l'impression que le ciel nous tombe sur la tête. C'est tout un monde qui va changer. La vie ne s'arrête pas mais c'est tout un monde qui s'écroule. Le rugby professionnel a partagé ma vie durant quinze ans. Ce sport m'a tout apporté. Il m'a donné confiance en moi et l'envie d'aller vers les gens. Au départ, j'étais destiné à resté chez moi dans le Vaucluse à m'occuper de l'exploitation familiale. J'étais quelqu'un de très timide. Avant, je n'arrivais même pas à dire bonjour à une fille. Le rugby m'a permis de vaincre cette timidité. Le rugby m'a donné confiance, il m'a permis de voyager, de voir d'autres cultures, de parler anglais aussi. Je dois beaucoup au rugby. C'est dur de se dire que tout est terminé. Je ne sais pas si je réalise encore...

Christophe Urios (Castres)

Christophe Urios (Castres)AFP

Désormais, comment voyez-vous votre avenir ?

D.T. : Pour être honnête, pour l'instant, je suis un peu dans le vide. J'aimerais vraiment rester au sein du club. Comme me l'a dit Christophe Urios, je suis encore un Olympien du CO et mes coéquipiers me l'ont démontré au coup d'envoi du dernier match. Ils étaient tous avec moi. J'étais dans le cercle avec eux et c'est pour cela que j'ai tenu à mettre mon casque brodé de la croix occitane. Je voulais montrer que même en costume, j'étais encore un peu un rugbyman. Pour la suite, j'ai plein de pistes qui s'ouvrent à moi. J'adore travailler avec les enfants. J'ai aimé le faire dans tous les clubs où j'ai évolué. Si je peux apporter quelque chose au club, je le ferai avec plaisir notamment sur le plan de la mêlée. Je suis ouvert à toutes les propositions du club.

" Le match de ce week-end contre le LOU a été très émouvant pour moi. J'ai eu beaucoup de mal à tenir debout. Ils étaient tous derrière moi en cercle et j'aurais vraiment aimé être avec eux. Pour moi, c'était un adieu au rugby"

Quelle a été la réaction de vos coéquipiers ?

D.T. : Sur le coup, j'ai eu énormément de messages de soutien de mes amis. Au début, ils ont essayé de me rassurer et ce n'était pas facile. D'autres n'ont pas osé m'écrire, et je le comprends aussi, je me mets à leur place. J'ai eu un très gros soutien de la part de mes coéquipiers. Le match de ce week-end contre le LOU a été très émouvant pour moi. J'ai eu beaucoup de mal à tenir debout. Ils étaient tous derrière moi en cercle et j'aurais vraiment aimé être avec eux. Pour moi, c'était un adieu au rugby. C'était quelque chose de très émouvant. Je tiens à remercier tous les supporters. Quand j'ai vu les banderoles et leur soutien, cela a été un moment très fort pour moi. J'aurais eu une carrière atypique jusqu'à la fin mais je sors la tête haute avec mon nom scandé par Pierre-Fabre. Pour moi, c'est quelque chose de fort.

Avez-vous d'autres pistes concernant votre avenir ?

D.T. : J'ai repris l'exploitation familiale très jeune. J'y ai travaillé depuis tout petit. C'est un petit peu toute ma vie. J'ai aussi une grande passion pour l'oléiculture : la culture de l'huile d'olive. J'ai une formation dans ce domaine. En dehors de cela, j'ai passé mes diplômes d'éducateur sportif lorsque j'étais au RCT. J'ai tout le temps essayé de mettre toutes les chances de mon côté.

Actuellement, dans quelle situation professionnelle êtes-vous ?

D.T. : Pour l'instant, je ne sais pas trop. Je sais juste que je suis en arrêt. Pour le reste, j'ai encore la tête un peu embrouillée. Il me reste encore un an de contrat. Je compte sur le club, sur Provale et d'autres organismes pour m'aider mais je suis certain que le Castres olympique ne me laissera pas tomber.

" Cela faisait quarante ans que Castres ne s'était pas imposé à Ernest-Wallon mais moi, je pourrais dire que j'y étais !"

Quels moments de votre carrière allez-vous garder en mémoire ?

D.T. : Les bons et mauvais moments font partie de notre métier. Quand j'étais à Toulon, Bernard Laporte m'avait dit à l'issue d'une rencontre que si je devais faire des matchs comme cela, il valait mieux que je rentre au milieu de mes oliviers. C'était peut-être une façon à lui de me secouer un peu. À l'époque, j'avais fait une mauvaise rentrée face au Stade Français. J'étais jeune et je manquais d'expérience. Je manquais encore de maturité et il avait raison. Pour moi, cela s'était très mal passé en mêlée et il me l'a fait savoir lors de la séance vidéo. Cela reste un très mauvais souvenir. Le RCT est le club de mon enfance. Il représente énormément pour moi et pour ma famille. Mon grand-père est Toulonnais. Ma mère et mon père sont Toulonnais. Dans la famille, on a la culture de Mayol dans le sang et c'est un évènement qui m'a déchiré.

Damien Tussac (Castres Olympique)

Damien Tussac (Castres Olympique)Icon Sport

Et le meilleur ?

D.T. : C'est la victoire à Toulouse avec le Castres olympique. Même si je ne comprenais pas vraiment le derby parce que je suis du midi, j'ai vraiment compris que cela était important pour le peuple castrais. C'est une grande fierté pour moi de me dire que j''étais présent à ce moment-là avec le numéro 3 dans le dos. Plus tard, je pourrais dire que j'étais présent pour cet exploit. Cela faisait quarante ans que Castres ne s'était pas imposé à Ernest-Wallon mais moi, je pourrais dire que j'y étais !

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