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Top 14 - Sébastien Tillous-Borde : "Entraîner Toulon ? Une opportunité qui ne se refuse pas"

Tillous-Borde : "Entraîner Toulon ? Une opportunité qui ne se refuse pas"

Le 10/07/2018 à 09:08

Désormais, il arpente les terrains du centre d’entraînement du RCT avec un chronomètre autour du cou, donnant ses consignes à ceux qui étaient encore ses coéquipiers il y a quelques semaines. Durant cette pré-saison, Sébastien Tillous-Borde inaugure son nouveau costume d’entraîneur. Après une semaine de travail, le désormais "ex-demi de mêlée" du RCT évoque sa nouvelle vie.

Rugbyrama : Comment se passe cette première reprise dans les crampons d'un technicien et non d'un joueur ?

Sébastien Tillous-Borde : On a repris depuis seulement une semaine, mais je suis content. C'est un nouveau job, j'apprends sur le tas. Après avoir travaillé en amont, on met les choses en place sur le terrain. Il y a des ajustements à faire, car on n'a pas forcément l'expérience, mais ça se règle au fil des séances selon les animations que l'on fait. Au poste de demi de mêlée, tu as déjà un rôle important dans un groupe. Ça me sert aujourd'hui pour me faire entendre auprès des joueurs et pour transmettre les messages.

Pouvez-vous revenir sur les conditions de votre signature comme entraîneur adjoint au RCT ?

S.T-B. : J'étais en contact avec Grenoble. On s'était parlé par téléphone et je devais les voir. Mais la semaine où ça devait se faire, Patrice (Collazo) m'a appelé pour me rencontrer et il m'a proposé ce challenge. Après cela, ça s'est vite décidé. Au bout d'une journée, j'ai réfléchi et je me suis dit : C'est bon, je bascule, j'accepte !

Sebastien Tillous-Borde (Toulon) lors de la rencontre entre le RCT et les Scarlets / Champions Cup

Sebastien Tillous-Borde (Toulon) lors de la rencontre entre le RCT et les Scarlets / Champions CupGetty Images

Comment décrierez-vous Patrice Collazo justement ?

S.T-B. : Je ne connaissais pas Patrice avant, ou très peu. On s'est rencontré et le courant est vite passé. C'est un coach avec du charisme. Je n'aime pas trop comparer, mais il sait se faire respecter, il est droit, exigeant et apporte un cadre. Et ça c'est important pour les critères de réussite à Toulon.

" Je ne pouvais pas faire plus, mais carrière était pleine"

Son discours a, semble-t-il, été décisif dans votre reconversion, mais le projet d’entraîner était-il une option pour vous avant cela ?

S.T-B. : Je voulais passer mes diplômes lors de mes deux dernières saisons de joueur. Puis, j'ai eu cette opportunité. Je ne savais pas si cela se représenterait dans deux ans. J'ai décidé de basculer. C'est Toulon tout de même. Je n'ai rien contre personne, mais ce n'est pas comme si tu allais entraîner en Fédérale 1. C'est une très bonne opportunité qui ne se refuse pas. La volonté d’entraîner est, elle, venue au fur et à mesure de ma carrière. J'ai essayé de passer mon D.E l'an passé, mais ça n'a pas pu se faire. J'ai commencé à transmettre ici, en travaillant avec les jeunes numéros 9 du centre de formation. Ça me plaisait. Le faire à deux-trois joueurs ou avec une équipe c'est différent, mais c'est quelque chose qui m'attirait. L'opportunité s'est présenté et Patrice m'a persuadé .

Maintenant qu'elle est terminée, quel regard portez-vous sur votre carrière de joueur ?

S.T-B. : Je suis très heureux de ma carrière. J'ai eu la chance de jouer des matchs de haut niveau, ici à Toulon ou à Castres et Biarritz à mes débuts. Au RCT, ça a été été l'apothéose, car on a tout gagné. On a joué 10 finales en quatre ou cinq ans... C'est pour ça aussi que j'ai décidé de raccrocher. J'avais connu l'équipe nationale, une coupe du Monde... j'ai tout gagné en club. Je ne pouvais pas faire plus. Ma carrière était pleine, je n'avais pas besoin d'aller chercher autre chose.

Sebastien Tillous Borde - Toulon

Sebastien Tillous Borde - ToulonIcon Sport

Au moment de signer au RCT vous aviez déclaré "vouloir gagner des titres". Pari réussi...

S.T-B. : C'est vrai ! Au moment des contacts avec Mourad, il m'avait dit : "Cette année, on va gagner le championnat et l'année prochaine la Coupe d'Europe", je lui avais répondu "non, non on gagnera la saison prochaine!". C'était un peu égoïste, mais au final, c'est comme cela que ça s'est passé. Mais on a aussi perdu avant de gagner.

" On va grandir au fil de la saison"

Comment vous anciens coéquipiers ont-ils perçu votre changement de statut ?

S.T-B. : Ils étaient contents pour moi mais surpris également, comme tout le monde. Mais tous les messages que j'ai pu avoir étaient positifs. C'est une bonne chose. Les rapports, eux, sont forcément un peu différents. Sur le terrain, je demande juste du respect. C'est important et il faut que ce soit clair. Il y a un peu plus de distance, mais après quand je vois les mecs en dehors du rugby je ne vais pas changer. Je les connais d'une manière et je ne vais pas changer.

Justement, le groupe a beaucoup évolué durant l'intersaison, avec des départs importants comme ceux de Nonu, Vermeulen, Ashton, Lobbe ou vous-même. Comment reconstruire dans un temps très court ?

S.T-B. : Il y a eu beaucoup de départs, mais il y a toujours de bons joueurs avec de l'expérience qui sont encore là. Maintenant, il faut arriver à créer cette équipe et un groupe qui vit bien ensemble, qui se bat sur le terrain, en respectant les règles. Il faut créer tout ça en peu de temps. Il faut aller aux choses simples et les faire bien. Ensuite, on va grandir au fil de la saison. On commence fort avec la réception du Racing, qui n'a pas beaucoup changé, il faut qu'on soit prêt dans un mois. Pour l'instant, il nous manque encore les internationaux, mais quand tout le monde sera là, il y aura plus de lien. Là, on travaille avec beaucoup de jeunes du centre de formation, c'est une bonne chose, ils peuvent s'exprimer et monter leur niveau.

Sébastien Tillous-Borde (Toulon) - 9 avril 2017

Sébastien Tillous-Borde (Toulon) - 9 avril 2017Icon Sport

Le départ de Chris Ashton est un coup dur. Comment le staff l'a-t-il vécu ?

S.T-B. : On savait que Chris voulait partir, c'est pour une raison familiale. On ne peut pas garder un joueur s'il n'est pas bien dans sa tête. Après, on sait comment cela se traduit sur le terrain, il n'est pas à 100 %. Chris a fait une superbe saison, mais en le gardant contre sa volonté, je ne sais pas ce que ça aurait donné. Autant le libérer, pour qu'il s'exprime ailleurs.

" Je comprends mieux les colères de mes anciens coachs..."

Pour conclure, vous avez gagné de nombreux titres comme joueur et même si vous êtes encore un jeune entraîneur, qu'est-ce qui semble le plus dur : gagner comme joueur ou comme technicien ?

S.T-B. : Quand tu es entraîneur, tu maîtrises l'avant et l'après mais pas le pendant. Même dans les séances que tu mets en place. Il faut arriver à mettre tous les joueurs en osmose pour que tout se passe bien. Ce n'est pas simple. Je ne l'ai pas encore vécu, mais j'imagine également la frustration de vivre le match en tribune ou au bord du terrain et de ne pas pouvoir apporter quelque chose. Il reste la mi-temps et l'avant match où l'on peut influencer. Durant le match, tu transmets les consignes mais ce sont les joueurs qui dictent la vérité du terrain.

Vous comprenez un peu mieux certaines colères de vos anciens managers à l'issue de certains matchs ?

S.T-B. : (Sourire) C'est vrai que j'ai eu quelques coachs qui se mettaient en colère quand ça ne se passait pas bien... Maintenant que je suis de l'autre côté, je comprends plus facilement leur sentiment, quand on ne faisait pas bien les choses où que l'on passait au-travers durant une mi-temps.

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