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Top 14 - Fabien Galthié (Toulon) survivra-t-il à ça ?

Galthié survivra-t-il à ça ?

Le 21/05/2018 à 11:15Mis à jour Le 21/05/2018 à 11:22

Le revers de vendredi soir face aux lyonnais ne restera pas sans conséquence. Il a déjà fragilisé la position du manager Fabien Galthié qui, dès samedi, voulait défendre son bilan.

Mardi en fin de journée, le RCT clôturera sa saison avec la traditionnelle "garden-party" réunissant joueurs, staff et partenaires. 24 heures plus tôt, en guise de lundi de Pentecôte, Fabien Galthié s’entretiendra avec tout son encadrement pour tenter d’expliquer l’inexpliquable : Toulon absent des demi-finales ! Une première depuis 2011. Chaque année, Bernard Laporte était au moins parvenu à hisser son équipe dans le dernier carré du Top 14 (2012-2016) ; le duo Dominguez-Ford, aussi, au terme d’une année 2017 contrastée. Fabien Galthié a échoué. Sa première (et dernière ?) saison en tant que manager de la "formule 1 toulonnaise" s’est soldée par une véritable sortie de route avec le match nul de vendredi soir (19-19) synonyme d’élimination face à Lyon.

Mathieu Bastareaud (Toulon) contre Lyon

Mathieu Bastareaud (Toulon) contre LyonIcon Sport

Sept ans plus tôt, c’est lui, à l’époque avec le MHR, qui avait joué les bourreaux de Toulon. Défait 27 à 3 par une bande de jeunes prometteurs le RCT avait été éjecté des phases finales et allait connaître un été torride. Un accident industriel, avions-nous titré à l’époque, qui avait coûté sa place à Aubin Hueber (entraîneur des avants) et fragilisé Philippe Saint-André. Le manager d’alors allait rebondir avec le XV de France et offrir son strapontin à Bernard Laporte. Bis repetita ? Samedi matin, après une courte nuit passée à ruminer sa frustration, Galthié défendait son bilan bec et ongles : "On est meilleure attaque et la deuxième défense. On perd sept rencontres dans les derniers instants. On aurait pu avoir facilement trois ou quatre victoires de plus." Et le technicien de citer aussi les satisfactions individuelles : "Fresia, Isa, Escande, le capitanat de Bastareaud, la deuxième partie de saison de Nonu…"

" On s’est tous trompé : moi, Fabien..."

Des faits qui ne parviennent pas à masquer le sentiment de gâchis qui pointe. Sur le papier, Toulon ressemblait à une véritable machine de guerre avec une ligne de trois-quarts sans équivalent en France et avait largement sa place à Lyon, en demi-finale, le week-end prochain. Au lieu de ça, le président Mourad Boudjellal est contraint de revoir ses plans. "On va partir sur un autre projet. Le modèle que j’ai construit est mort. Il faut rendre Toulon aux Toulonnais. Une génération de gamins a découvert le rugby avec Umaga et Wilkinson. On va travailler avec cette génération, l’exploiter. La vie me confirme qu’il faut changer de modèle. Être dans les six, c’était devenu la normalité alors que c’était exceptionnel ! Je suis un peu abattu, c’est normal. Mais on va se relever. On s’est tous trompé : moi, Fabien et les joueurs. On va se reconstruire", glissait-il vendredi soir dans les couloirs de Mayol, l’air hagard.

Mourad Boudjellal (Président de Toulon)

Mourad Boudjellal (Président de Toulon)Icon Sport

Lui, l’inconditionnel de Mohamed Ali semblait avoir encaissé un crochet du gauche à la tempe. S’il n’était pas K.-O., il paraissait acculé dans les cordes. Et ne sachant que faire... Ce week-end, il a voulu se donner le temps de la réflexion et son silence fut pesant. Le chemin semblait pourtant tout tracé. L’an II de l’ère Galthié doit permettre à Juan-Martin Fernandez-Lobbe de devenir entraîneur. L’Argentin devrait s’occuper du secteur de la touche et compléter ce qui ressemblerait à une véritable armée mexicaine avec Fabrice Landreau qui chapeauterait le secteur des avants, Marc Dal Maso pour la mêlée et Eric Dasalmartini en réserve de la république pour le moment, au chevet des moins de 20 ans tricolores pour le Mondial qui s’annonce. Reste que l’attelage ne semble pas très complémentaire.

Tensions de vestiaire

Fabien Galthié se défend des tensions internes survenues avec ses adjoints. Selon lui, il n’y a eu aucun tiraillement, pas même avec Marc Dal Maso alors que, durant toute l’année, des bruits ont couru à propos d’une mésentente entre les deux hommes. "Marc faisait très bien ce qu’il devait faire", nous confia-t-il samedi. Des propos très politiquement corrects qui ne reflètent pas tout à fait la vérité. Plusieurs fois durant la saison, les deux hommes ont eu des divergences techniques et tactiques. À chaque fois, le président Mourad Boudjellal a joué les pompiers et misé sur l’addition des compétences. Plusieurs fois aussi, Fabien Galthié a dû faire face à un vrai mécontentement de son vestiaire.

Fabien Galthié (Coach de Toulon)

Fabien Galthié (Coach de Toulon)Icon Sport

Du coup, ces dernières semaines il avait adouci (trop) son discours. Il sondait même ses joueurs avant de prendre certaines de ses décisions. Ainsi la semaine dernière, c’est au cours d’une réunion avec quatre cadres du groupe (Bastareaud, Guirado, Vermeulen et Fernandez-Lobbe) qu’a été décidé de supprimer la mise au vert avant le barrage et de convoquer les joueurs le jour du match à 17 h 30. Parmi les joueurs , il n’y avait pas Ma’a Nonu pourtant considéré comme l’un des patrons du vestiaire. Le Néo-Zélandais, auteur d’une prestation de haut niveau face au Lou, a aussi écopé de son quatrième carton jaune de l’année à chaque fois pour plaquage dangereux...

Ma'A Nonu (Toulon) contre Lyon

Ma'A Nonu (Toulon) contre LyonIcon Sport

Malgré les annonces, il n’a toujours pas signé sa prolongation de contrat avec Toulon. Très proche de Bryan Habana, il ne veut pas vivre la même fin de carrière que le Sud-Africain ou même que celle de Vincent Clerc. Le All Black, qui reste l’un des joueurs chouchous du public de Mayol, ne serait pas un grand fan du management de Fabien Galthié. Samedi matin, le technicien balayait d’un revers de la main toute dissension : "Ce n’est pas vrai. Il y a eu des explications franches mais Ma’a s’est beaucoup impliqué." Reste une question qui se pose depuis vendredi soir : Galthié, lui, restera-t-il ? "Ce sont les affaires de Mourad", nous glissa-t-il de manière laconique. Le président toulonnais est resté très discret après le match. Très touché par l’élimination, il n’avait pas prévu de modifier son staff même s’il avait avoué que ses hommes passaient une sorte de grand oral lors de cette rencontre.

Alors que va-t-il se passer ? Il est peu probable que rien ne change. L’accumulation de techniciens et préparateur reconnus (Galthié-Landreau-Dal Maso-Edmonds-Giroud) n’a pas payé. Surtout, depuis dix jours se retrouve sur le marché un manager au caractère bien trempé : Patrice Collazo. Son profil n’est pas sans rappeler celui de Laporte. En privé, Mourad Boudjellal reconnaît qu’il s’est trompé sur la succession du président de la FFR. Qu’il aurait dû promouvoir Pierre Mignoni et le laisser aux commandes avec Jacques Delmas. C’était il y a deux ans. Avec Galthié, il pensait avoir trouvé la bonne personne. Pas sûr qu’il en soit toujours ainsi. Leurs retrouvailles sont programmées pour mardi, et en public.

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