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Top 14 - Eroni Sau (Perpignan), ce Fidjien pas comme les autres

Sau, ce Fidjien pas comme les autres

Le 20/09/2018 à 18:17

TOP 14 - En dépit de la défaite de Perpignan, dimanche dernier à La Rochelle (37-10), Eroni Sau a agréablement surpris pour sa première titularisation sous le maillot catalan. Encore méconnu il y a un an, l’ailier fidjien (28 ans) a une histoire qui ne ressemble en rien à celle de tous ses autres compatriotes. Lui l’ancien policier devenu superstar dans son pays.

Fidjien, rugbyman et trois-quart aile : jusqu’ici, Eroni Sau paraît l’archétype du joueur originaire de ce petit archipel du Pacifique sud. Mais à s’y pencher de plus près, l’histoire du néo-Perpignanais trouve assez peu d’échos dans les parcours des Raka, Nakaitaci, Radradra et autres Nadolo. À 28 ans, Eroni Sau découvre à peine l’Europe et le haut niveau. Il est le joueur fidjien du Top 14 qui a éclos le plus tardivement dans le monde professionnel. Révélé l’an passé sur le circuit de rugby à sept avec le maillot de sa sélection, le joueur de l’Usap a bien failli ne jamais connaître une carrière de rugbyman.

Avant la gloire, un parcours chaotique

Originaire de la petite île de Yasawa, isolée à l’ouest des Fidji, Eroni Sau n’a jamais intégré les centres de formations renommés de son pays, là où ont éclos la plupart des grands noms actuels du rugby fidjien. Directeur technique de l’une d’entre elles, Nadroga, le Français Franck Boivert n’est pas étonné de connaître le parcours plutôt chaotique d’Eroni Sau. "Il n’y a pas de système de détections très performant. Et parfois, il arrive que des joueurs se révèlent sur le tard. Si les jeunes ne sont pas dans ces écoles très connues, ou qu’ils viennent de régions plus reculées, il arrive qu’ils passent entre les mailles du filet. Eroni était policier et jouait dans l’équipe de la police, à XV une fois par an contre l’armée, mais surtout à VII avec une équipe redoutable, et c’est comme ça qu’il s’est fait un nom", résume celui qui l’a brièvement entraîné il y a deux ans.

Eroni Sau (Perpignan) contre La Rochelle

Eroni Sau (Perpignan) contre La RochelleIcon Sport

"Je me suis construit en tant que joueur en travaillant énormément. Quand j’étais jeune, j’étais plutôt tranquille, me disant que j’allais y arriver facilement, avoue pour sa part Eroni Sau. Puis j’en suis venu à comprendre que tu n’atteins pas tes rêves à moins de travailler dur et de t’investir pleinement. Je n’ai jamais perdu espoir d’être rugbyman professionnel et plus particulièrement de jouer dans des championnats tels que le Top 14. Je suis reconnaissant envers l’USAP de m’avoir accepté et de me laisser jouer", poursuit-il.

Rookie de la saison dernière et superstar aux Fidji

Après plusieurs années passées dans l’anonymat, le Fidjien a vécu une ascension fulgurante la saison dernière. Dans la lignée de ses premières performances à VII, Eroni Sau a revêtu le maillot de sa sélection sur le circuit mondial. En une saison et 58 matchs de Seven’s World Series, l’actuel ailier de l’Usap a affiché des statistiques incroyables. Avec 33 essais (3ème meilleur marqueur) et 50 franchissements (2ème meilleur joueur dans ce secteur), Eroni Sau a logiquement été élu révélation de la saison 2017-2018. "Avant de le faire venir à Perpignan, Christian Lanta m’a appelé pour me demander mon avis sur Eroni. Je lui ai répondu que je le connaissais bien mais que les vidéos parleraient plus que moi", se souvient Franck Boivert. Redoutables offensivement, le Fidjien l’est encore plus par son activité défensive. Au point que Karl Te Nana, ancien joueur néo-zélandais à sept et commentateur sur la Sky l’a surnommé "The Sledge Hammer", traduisez "le marteau". "C’est peut-être pour mes plaquages (rires)", confirme humblement l’intéressé. Bien vu, car avec un total de 119 interventions sur toute la saison, Eroni Sau a terminé meilleur plaqueur du circuit. Les Catalans ont pu découvrir un échantillon de ses capacités, dimanche dernier à La Rochelle.

En quelques mois seulement, la notoriété de l’ailier fidjien est passée du tout au tout. "Avant qu’il parte pour Perpignan, Eroni était une grande vedette aux Fidji. C’était le joueur numéro un dans le rugby à VII la saison dernière, la pièce maîtresse. Il a complètement explosé. Et lorsqu’il a signé à l’Usap, il a fait les gros titres de tous les médias du pays", raconte Franck Boivert. "Le rugby à 7 a été une expérience qui m’a beaucoup apporté dans ma carrière, grâce aux nombreux voyages dans différents pays, à toutes les personnes que j’ai rencontrées, et aussi à l’atmosphère des matchs. Tout ça m’a permis de devenir plus confiant sur le terrain", résume Eroni Sau.

La saison du nouveau phénomène fidjien aurait pu être parfaite, mais ce dernier n’a pourtant pas été sélectionné pour participer à la coupe du monde à VII de San Francisco, au mois de juillet. Un choix discutable selon Boivert : "Le sélectionneur Gareth Baber a été vivement critiqué après cette décision. Comme prétexte, il a avancé qu’Eroni n’avait pas été performant durant la préparation. Moi je crois que c’est parce qu’il avait signé à Perpignan."

" J’ai parlé avec ma femme de mon projet, il y a eu pas mal d’hésitations en raison de mes deux enfants. Mais au final, j’adore le climat. À Perpignan, tout est presque pareil qu’à la maison""

Perpignan, justement. Le choix de l’Europe pour Eroni Sau, et du rugby à XV aussi pour ce septiste virtuose. Un double pari plutôt risqué que le joueur fidjien n’a pas hésité à relever. "Je voulais essayer ce challenge, expérimenter un nouveau niveau de rugby, jouer dans des endroits connus, contre d’excellents joueurs", confie le joueur. "J’ai parlé à ma femme de mon projet de venir à l'Usap et c’est vrai qu’il y a eu pas mal d’hésitations de ma part surtout en raison de mes deux enfants. Je voulais venir ici avec ma famille et jouer", ajoute l’homme.

À Perpignan, Eroni Sau a retrouvé deux de ses compatriotes, le centre Adrea Cocagi et le jeune ailier Alivereti Duguivalu, ainsi qu’une large communauté d’îliens, assez peu dépaysés par le climat sudiste de la Catalogne. "J’adore le climat, je suis très chanceux. Ça ne cesse de me rappeler les gens de la maison, me réveiller tous les matins et voir que tout est presque pareil qu’à la maison. Je sais que c’est différent mais je commence à m’y habituer. C’est vraiment similaire aux Fidji avec les plages de sable, la mer et également les gens qui sont très amicaux", raconte celui qui vient s’ajouter à la longue liste des joueurs du Pacifique passés par le Roussillon.

Côté sportif, Eroni Sau pourrait être l’une des très bonnes surprises de cette saison 2018-2019. Un véritable Facteur X que le Top 14 devrait découvrir assez vite. "C’est un gros coup pour l’Usap de l’avoir recruté. Pour moi, il va pouvoir déverrouiller pas mal de situations dans les moments critiques de Perpignan", confirme Franck Boivert. Sau, lui, ne manque pas d’ambitions personnelles pour sa première saison en France, et est confiant sur l’avenir de l’Usap dans l’élite : "Je me lève tous les matins pour m’entrainer toute la journée, pour acquérir de l’expérience, m’adapter. Je n’ai pas besoin de me détendre, je dois travailler dur tout le temps et jouer toutes les semaines. L'Usap est une équipe avec des joueurs, des entraineurs expérimentés, et qui ont chacun une culture rugbystique très différente. Il nous faut apprendre à jouer ensemble. Je sais que nous allons travailler dur pour gagner les matchs et revenir à notre meilleur niveau", conclut Eroni Sau. L’ailier fidjien s’apprête à enchaîner une deuxième titularisation, ce samedi à Grenoble. Avant de s’installer plus durablement encore dans l’équipe-type de Perpignan.

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