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Reggiardo : "Le rugby reste une histoire d'hommes"

Reggiardo : "Le rugby reste une histoire d'hommes"

Le 17/04/2018 à 10:05Mis à jour Le 17/04/2018 à 11:36

En s'imposant à Pau pour sa deuxième victoire à l'extérieur de la saison samedi (22-33), Agen a quasiment assuré son maintien en Top 14. Une performance majuscule pour un groupe de jeunes joueurs sur qui peu de monde pariait en début de saison. Emu à l'issue du match, leur entraîneur Mauricio Reggiardo s'est confié à nous, balayant plusieurs sujets.

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Rugbyrama : Vous êtes apparu très ému samedi après la victoire à Pau. Que ressentiez-vous ?

Mauricio Reggiardo : Ça fait plaisir. Vraiment. On travaille beaucoup depuis dix mois et demi, la saison est longue. On est pas loin de la fin, pas loin d'atteindre notre objectif et quand tu vois que ton groupe est heureux, qu'il y a cette joie énorme dans les vestiaires, c'est touchant.

Les Agenais célébrant leur victoire contre Pau

Les Agenais célébrant leur victoire contre PauIcon Sport

En début de saison, aviez-vous imaginé que votre groupe était capable de faire ça ?

M. R. : Je savais qu'on avait un groupe capable de se maintenir. Il fallait finir de le faire grandir un peu, de lui faire croire que c'était possible. C'est tout. Nous avons de bons joueurs, des jeunes de qualité.

Justement, peu de monde croyait en vous cette saison, compte tenu du grand nombre de jeunes notamment.

M. R. : Oui mais vous savez, le rugby n'a pas changé. Il a juste évolué et il reste une histoire d'hommes. Sur un match, faire un exploit est réalisable. C'est un peu plus dur sur la durée de toute une saison mais c'est possible. Nous avons mis un fonctionnement en place qui était un peu particulier au début. Dans un rugby professionnel, ce n'est pas évident de faire valoir la méritocratie et la performance individuelle au-delà des hommes, des bulletins de paye et des palmarès. C'est très dur pour les anciens, plus simple pour les jeunes. Notre fonctionnement, il faut l'accepter. J'ai la chance d'avoir des bons mecs dans le groupe qui l'ont fait. Je pense à tous mes grands joueurs : des mecs comme Akapusi Qera ou Flo Denos, je leur tire mon chapeau. Ils sont toujours restés positifs. Même Nani (Antoine Erbani, N.D.L.R.), c'est mon capitaine et il n'a pas joué certains matchs importants à domicile parce qu'on pensait que ce n'était pas le bon choix. Ce n'était pas évident à mettre en place, il y a eu besoin d'un temps de compréhension, d'adaptation mais on en tire les bénéfices aujourd'hui. Chacun a su mettre son ego de côté pour accepter ce fonctionnement. A la sortie, ils ont tout fait en sorte que le plus important reste le club.

Antoine Erbani (SU Agen)

Antoine Erbani (SU Agen)Icon Sport

Vous vous êtes accroché à votre projet de jeu malgré certains résultats décevants, en début de saison notamment. Avez-vous douté à un moment ?

M. R. : On voulait arriver en fin de saison avec une chance de se maintenir à la dernière journée en ayant notre destin entre nos mains. On est en plein dedans. On a même un peu d'avance (sourire). Disons que j'essaye d'aller au bout de mes convictions. On en parle beaucoup avec Stéphane (Prosper). Surtout, je ne veux pas avoir de regrets. Et la meilleure façon d'y parvenir, c'est d'aller au bout de ses idées.

En avez-vous, des regrets, sur cette saison ?

M. R. : Non. J'ai certainement commis pas mal d'erreurs, de compos par exemple. On s'est trompé parfois. Quand tu vas au bout de tes convictions, tu prends parfois des risques et il faut essayer que ces risques soient un minimum maîtrisés. J'apprends toujours... J'essaie de me remettre en question. J'ai la chance d'avoir un fonctionnement avec Stéphane, Rémy (Vaquin), Philippe (Sella) et les deux présidents qui sont à fond derrière nous. Il y a de la sérénité au club. On a un centre de formation performant. Tout le monde parle du petit Thomas Vincent. C'est très bien, on l'a fait jouer. Mais pour aller le chercher, il y a des gens qui travaillent beaucoup en amont. C'est très important ça aussi. Et c'est pour ça que c'est la victoire d'un club pour moi.

Vous avez beaucoup insisté sur les "couilles" de vos joueurs samedi soir en conférence de presse mais ils ont fait preuve d'intelligence également cette saison en se montrant capables d'apprendre de leurs erreurs. Partagez-vous ce constat ?

M. R. : Oui. A un moment donné, on a critiqué les leaders et ils ont répondu présents. Le rugby d'aujourd'hui est une remise en question permanente. Quand tu crois que tu es arrivé, tout se complique à nouveau. Le plus difficile est de remettre en question la victoire, quand ça marche bien. Il faut apprendre à le faire. Nous essayons d'y parvenir même si ce n'est pas toujours le cas.

Hugo Verdu (Agen) contre Pau

Hugo Verdu (Agen) contre PauIcon Sport

Avez-vous le sentiment que votre groupe a mûri ?

M. R. : C'est un groupe qui vit bien. En début d'année, on parlait d'état d'esprit et dans les moments difficiles de la saison, nous avons été capables de montrer qu'il existe un vrai état d'esprit dans cette équipe. Quand les choses ne se passent pas bien, on a souvent tendance à s'éparpiller un peu, à ce que chacun tire la couverture à soi. Cela n'a pas été le cas à Agen. Je le redis : les mecs ont réussi à mettre leur égo de côté. L'exemple d'Erbani est très parlant. C'était très dur de ne pas le faire jouer contre Pau mais c'est un choix que nous avons fait avec Stéphane. Je sais qu'il m'en veut à mort mais c'est mon rôle. Je me trompe parfois mais je sentais qu'il ne fallait pas qu'il joue ce match-là. Je voulais le meilleur pour le club.

Il n'a pas joué parce qu'il a signé à Pau ?

M. R. : A un moment donné, il a été en difficulté. Il n'était pas indiscutable à son poste, où d'autres joueurs étaient performants. Là, il revient bien. Il a fait un gros match contre Oyonnax et malgré cette bonne performance, il n’a pas été aligné à Pau malgré notre politique basée sur la méritocratie. Je comprends que cela ait été difficile à accepter pour lui mais j’ai voulu le protéger et je ne regrette pas cette décision. Il la comprendra peut-être un jour…

Le résultat vous a donné raison.

M. R. : Oui mais cela va au-delà du résultat. Ce n'est pas simple. Je n'avais pas commis cette erreur-là par le passé quand j'avais Rémi Tales à Castres et que je ne l'avais pas fait jouer contre le Racing. Puis je l'ai faite cette année contre Bordeaux, en laissant jouer Georges (Tilsley)... J'ai voulu protéger Antoine.

Qu'avez-vous dit à vos joueurs après le match dans les vestiaires ?

M. R. : Je n'ai pas eu un mot, il n'y en avait pas besoin. Il y avait tellement de joie... Les joueurs ont fait un tour d'honneur, ils ont été salués par les Palois qui ont été fair play. Les entraîneurs et le manager savourent pendant trois ou quatre minutes après la fin d'un match mais ils tournent vite la page vous savez. On pense vite à la prochaine compo, à l'organisation de la semaine...

Quentin Bethune de Agen - victoire contre Pau

Quentin Bethune de Agen - victoire contre PauIcon Sport

Allez-vous souffler quand même pendant cette semaine de vacances ?

M. R. : Je ne peux pas ! Ce sport, c’est ma vie. Quand je suis en vacances, ma vie tourne autour du rugby et ma famille tourne autour de moi. Mes proches me rendent les choses plus simples. De toute façon, j’aurais du mal à couper… En juin, je passe l'examen final de mon diplôme d'entraîneur.Il me faut bosser là-dessus aussi. La semaine de vacances en club va me servir à avancer dans mes dossiers.

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