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Mauricio Reggiardo : "Avec Castres, on est quitte"

Reggiardo : "Avec Castres, on est quitte"

Le 26/10/2017 à 07:57Mis à jour Le 26/10/2017 à 11:19

TOP 14 - Il a porté le maillot du Castres Olympique durant neuf saisons avant de revenir à deux reprises dans un rôle d'entraîneur quand l'équipe était en souffrance. Mais dimanche, c'est avec le SUA que Mauricio Reggiardo reviendra à Pierre-Fabre. Probablement ému mais avant tout déterminé.

Qu'est ce qu'il peut y avoir de plus spécial pour vous qu'un match contre Castres ?

Mauricio Reggiardo : Peut-être un match contre les Pumas mais bon, avec Agen c'est moins probable… J'ai essayé de ne pas trop y penser ces derniers temps. On avait d'autres priorités avec les matches de Coupe d'Europe. Mais dans la semaine du match face à Castres, ce n'est plus possible. Alors j'essaie de faire en sorte que ça soit une semaine normale. Mais bon, elle a quelque chose différent, c'est sûr.

Castres c'est le club de votre vie ?

M.R : Castres, ça va au-delà du club. C'est l'endroit où je suis arrivé en France, où j'habitais encore avant de repartir en Argentine en 2008… Je suis resté treize ans à Castres. C'est là où sont nés mes enfants. J'y ai fondé ma famille. Castres, c'est tout. J'ai passé un tiers de ma vie à Castres.

Comment s'est déroulée votre arrivée en provenance du CASI ?

M.R : J'arrive à Castres après avoir fait deux matches contre la France en juin 1996. Celui qui est venu me chercher est toujours au CO, c'est le vice président Patrick Thillet. C'est quelqu'un que j'estime beaucoup. Il a vu mes matches et il a contacté un de ses copains en Argentine. Alors après les tests, je suis venu jusqu'à Castres, rencontrer le président Pierre-Yves Revol. Et j'ai signé.

Vous hésitiez à venir en France ?

M.R : C'était un choix difficile. Je m'étais marié en février, ma femme était enceinte de deux mois, on venait d'acheter un appartement en Argentine à Mar del Plata et c'était un grand changement qui s'annonçait. Ma femme m'a soutenu, on a pris la décision ensemble et on a décidé de venir en France.

La France, une seconde patrie

Un changement de vie...

M.R : En Argentine, je travaillais avec mon père qui tenait un magasin. On habitait à Mar del Plata et je jouais au rugby à Buenos Aires, à quatre cents kilomètres. Je faisais l'aller-retour toutes les semaines : je restais du mardi au samedi soir à Buenos Aires où j'habitais chez ma grand-mère puis je rentrais chez moi. Ce fut une année difficile mais dans la vie il n'y a rien de facile. A l'époque, il n'y avait pas les Pladar, l'équivalent du pôle France en Argentine. On était des amateurs, on travaillait. Mais si on voulait jouer pour les Pumas, c'était mieux de jouer à Buenos Aires. Comme on dit : "Dieu est partout mais les bureaux sont à Buenos Aires." Alors j'avais fait le choix de rejoindre le Casi avec Agustin Pichot. J'ai passé une superbe année, je suis devenu international. Ca m'a donné la possibilité de venir en France. Mes efforts et ceux de ma femme ont payé. Et je suis devenu professionnel.

M.R : Vous vous pinciez pour y croire ?

M.R : Non pour moi, je ne réalisais pas : pour moi c'était nouveau. Dans ma démarche, j'imaginais venir un an, prendre du plaisir, voir ce que ça donnait. Finalement je suis resté. Et je suis resté un moment...

Vous connaissiez Castres avant de signer ?

M.R : J'ai vraiment découvert le club en arrivant en France. Mais avant de signer, j'avais fait quelques recherches. J'avais appris que Castres avait fait un match en Argentine en 1993. Le CO venait d'être champion de France, avait fait un voyage Brésil/Argentine et un match en Argentine. C'était à l'époque de Whetton, José Diaz et des anciens que j'ai finalement eu la chance de côtoyer. J'ai vu que le club avait perdu la finale du championnat en 1995 et qu'on en parlait comme d'un club traditionnel. Quand j'ai découvert la ville, ça m'a plu aussi.

Vous y avez gagné deux titres : Coupe de la Ligue et Bouclier Européen

M.R : On fait surtout une demi finale de H Cup à Béziers contre le Munster (2002) et une demi-finale de championnat à Toulouse (2001). Mais plus que ces deux titres, je retiens la chance d'avoir pu de partager beaucoup avec des joueurs de qualité. Et d'avoir eu des grands entraîneurs : Christian Gajan, Alain Gaillard, Christophe Urios lors de mes trois dernières années de joueur. Ces messieurs du rugby m'ont permis de me former en tant qu'entraîneur.

Mauricio Reggiardo (Agen)

Mauricio Reggiardo (Agen)Icon Sport

Christophe Urios, le mentor

Vous avez aimé Christophe Urios ?

M.R : J'avais joué avec lui en 1996/1997 et je l'ai eu comme entraîneur de 2002 à 2005. On avait des bons rapports. Pourtant je n'étais pas évident à gérer comme joueur. Je le sais. Maintenant que je suis de l'autre côté, je me rends compte à quel point. J'avais un statut d'international et parfois il y avait des choix que je ne comprenais pas… Christophe m'a beaucoup apporté dans la rigueur, il m'a amené à me remettre en question à l'âge de 32 ans. Grâce à ça, j'ai pu continuer ma carrière professionnelle jusqu'à 35 ans. Sans lui, je ne suis pas certain que j'aurais pu jouer autant. J'ai eu beaucoup d'entraîneurs à Castres mais je le place parmi ceux qui m'ont beaucoup apporté.

Quand vous repensez à cette finale de Coupe de la Ligue contre Bourgoin à Narbonne devant 5000 spectateurs, vous avez le sentiment que le rugby a beaucoup changé ?

M.R : Je m'en souviens de cette Coupe de la Ligue : c'était l'année de la Coupe du monde et les internationaux n'avaient pas pu y participer. Mais le vainqueur se qualifiait pour la H Cup. On gagne grâce à un essai à deux minutes de la fin après un en-avant de quatre mètres. Mais à la sortie, on ne retient que le nom du champion. Et surtout on était qualifié pour la H Cup dès le mois de novembre : l'objectif du club était atteint. Quand je repense à cette finale, je me dis que le rugby a évolué. Est-ce qu'il a changé ? Je ne crois pas. Le rugby ça reste toujours une histoire d'Hommes, une aventure humaine. Le rugby reste ce qu'il a toujours été. Après, on a des moyens différents, des infrastructures différentes, des effectifs plus riches et plus étoffés. Mais le rugby n'a pas changé.

Qu'est ce qui reste comme votre meilleur souvenir ?

M.R : Quand on bat Dax lors du match de la survie en 2002, l'année de notre demi finale en H Cup. Quinze jours après la défaite contre le Munster, on joue l'avenir du club à Dax. Si on ne gagnait pas, on descendait.. Et pour ce match, on était en autogestion. On a assumé, on a gagné à Dax et on s'est sauvé.

Et votre pire souvenir ?

M.R : Peut-être ma sortie en 2005. J'aurais aimé m'en aller d'une autre façon. Je pars sur un carton rouge à Biarritz : ce n'était pas la meilleure façon de finir. On ne choisit pas tout dans la vie.

Vous auriez aimé rester au club cette année-là ?

M.R : J'étais prêt à rester. Mais à l'époque, Pierre-Yves Revol avait pris la décision de faire venir Laurent Seigne comme manager. Et un manager quand il arrive dans un club a bien le droit de choisir ses joueurs. Il avait choisi de faire partir les anciens : Mario (Ledesma), Ugo (Mola), Richard Dourthe, moi… Il construisait un nouveau groupe, une nouvelle aventure et on n'en faisait pas partie.

Auriez vous pu partir entre 1996 et 2005 ?

M.R : Je me suis posé la question une fois en 2002 : Leicester était venu me chercher. A l'époque, j'avais en tête de finir ma carrière à Castres et je demandais trois ans de contrat mais le club ne voulait pas s'engager. Alors j'avais écouté la proposition de Leicester, passé des entretiens. Mais au dernier moment, le CO m'a offert le contrat de trois ans que je demandais. Et je suis resté. C'est finalement Frank Tournaire qui va à Leicester.

" Je suis assez lucide pour savoir quelles couleurs je dois défendre"

Quelques semaines après votre arrivée en France, vous êtes appelé en novembre 1996 avec les Barbarians français.

Et j'ai joué avec Philippe Sella. Je me souviens des autres aussi : Fabien Galthié, Marc Cécillon, Marc Dal Maso, Thierry Labrousse, Marc Lièvremont, Grant Ross. Vingt ans après, je peux encore vous donner l'équipe. J'avais été appelé après un match de championnat Castres/Agen. On avait fait un gros match à la maison. La chance c'est que c'était le match qui était diffusé par Canal+ : à l'époque il n'y avait qu'un match par semaine...

A Castres vous avez aussi connu le discours mythique d'Alain Gaillard : "Je suis peut-être un connard, mais ce que je fais, je le fais à fond. (...) Moi, si on meurt, je veux mourir avec vous. (...) J'ai les couilles pour mourir avec vous."

M.R : Il y a une histoire derrière ça. Ce qu'il faut savoir c'est que la saison précédente en 1997/1998, on perd le dernier match de l'année contre Perpignan à Aimé-Giral en prenant quarante points (7-42 en quart de finale). Quand il arrive au début de la saison 1998/1999, Alain nous dit qu'on a laissé "les couilles à Aimé-Giral" et qu'il faudra aller les récupérer. Et le hasard ou je ne sais quoi, fait qu'on dispute le dernier match des play-offs qui est décisif contre Perpignan à Aimé-Giral. On avait l'opportunité d'aller récupérer nos couilles. (2 mai 1999, victoire 17-16). Et on s'est qualifié pour les quarts de finale contre Montferrand où il y a ce discours. Cette vidéo a fait parler. Mais il y a tout un contexte que les gens ne pouvaient pas connaître.

Castres, c'est enfin le club de vos débuts en tant qu'entraîneur.

M.R : Je suis venu deux fois pour rendre service, rendre au club ce qu'il m'a donné. Derrière, je ne suis pas resté mais je n'ai pas été vexé. Les règles étaient claires dès le départ. Je savais très bien que je venais une fois pour six mois, l'autre fois pour quatre matches. On avait un accord avec Pierre-Yves : j'ai rempli ma partie, il a rempli la sienne. C'est tout… Dans la vie, on n'a pas toujours ce qu'on veut, on a ce qu'on mérite. J'ai du mériter ça, c'est tout. Je suis fier de ce que j'ai fait, content de mes passages. Je crois qu'on est quitte avec Castres. C'est le bon mot : le CO m'a beaucoup donné, je lui ai beaucoup donné. C'est tout.

Et maintenant vous revenez comme entraîneur d'Agen…

A Pierre-Antoine, je serai le plus agenais des Agenais. S'il faut que je me mette un 47 sur chaque joue pour que les gens s'en rendent compte, je le ferai. Castres c'est important dans ma vie. Mais le plus important c'est mon présent, celui de ma famille et aujourd'hui ça passe par le SUA. Je ne me tromperai pas de vestiaire dimanche : en rentrant, j'irai immédiatement à gauche. Ma place aujourd'hui est côté Agen. Je suis assez lucide pour savoir quelles couleurs je dois défendre.

Mauricio Reggiardo, le coach d'Agen

Mauricio Reggiardo, le coach d'AgenIcon Sport

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