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Guttierez : "Ezeala ne risquait rien !"

Guttierez : "Ezeala ne risquait rien !"

Le 12/01/2018 à 12:02Mis à jour Le 12/01/2018 à 12:05

Ancien médecin du RCT, ancien vice-président de la commission médicale de la FFR, Denis Guttierez s'exprime sur la question des commotions et veut aller au-délà des images.

Rugbyrama : Que vous a inspiré l'affaire Ezeala ?

Denis Guttierez : Je pense que nous sommes trop dans la réaction à cause de la force de l'image. Il faut prendre aussi le temps de comprendre. C'est pour ça que je voulais faire passer un message important auprès de ceux qui ont vocation à commenter ces images .

Mais que voulez-vous dire exactement ? En quoi l'image est trompeuse ?

D.G. : Samuel Ezeala ne risquait rien. Ce qui l'a subi, c'est ce qui se passe tous les weekends dans des réunions de boxe. Ce qui est grave, c'est le deuxième impact. Ce qui aurait été dérangeant c'est si le jeune joueur était revenu. Oui, dans ce cas, la situation aurait été grave comme elle le fut en 2014 pour le cas Fritz qui est une sorte de borne historique dans l'histoire des commotions. Lors du barrage Toulouse-Racing, Florian Fritz est sorti sur KO après un plaquage généreux , se fait recoudre car il avait en plus le visage en sang, puis reprend le jeu. Et ça s'est dévastateur, car il risque un deuxième impact.

Florian Fritz (Toulouse), face à Clermont

Florian Fritz (Toulouse), face à ClermontGetty Images

Mais quels sont les dangers du deuxième impact ?

D.G. : Déjà, chez les jeunes, il peut-être fatal. Chez les adultes il peut provoquer des lésions irréversibles.

A ce point ?

D.G. : Oui, le premier impact, c'est un ébranlement, une coupure de circuit électrique, le cerveau se met en pause. Mais le deuxième impact, c'est comme un coup de foudre sur un transformateur qu'on est en train de bricoler. On peut se retrouver foudroyé. On ne rigole plus du tout. Et ça, le grand public ne le sait pas. Beaucoup d'entraîneurs ne le savent pas.

Mais sur quoi voulez-vous insister ?

D.G. : Le joueur doit faire une reprise progressive par pallier. Et cette reprise est occultée par beaucoup de clubs amateurs. C'est un vrai problème. Pourtant, les protocoles de reprise sont clairement explicités.

Qu'est ce qui se passer dans la réalité ?

D.G. : Je pense que depuis 2014, le message est quand même passé chez les professionnels car ils sont tellement surveillés. Mais chez les amateurs, ce n'est pas encore ancré dans les pratiques. Il faut en gros observer un repos de six à sept jours, mais attention, il ne faut pas oublier l'entraînement. On peut très bien subir un deuxième impact à l'entraînement et si vous ne vous êtes pas entraînés de la semaine, vous êtes souvent de facto exclu du match suivant. Je rappelle que les amateurs, c'est quand-même 1820 commotions par saison et 99 pour cent des joueurs français.

Pensez-vous que l'on soit au point en termes de diagnostic de guérison d'un commotionné ?

D.G. : Oui car je fais confiance aux Neurologues français qui sont de bon niveau. Le professeur Cherman fut un précurseur. Il y a maintenant des neurochirurgiens comme les professeurs Becq et Dagain qui sont des sérieuses références. Ils ont permis d'analyser les commotion via la vidéo, ils ont aussi créé des banques de données.

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