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RUGBY - Dossier santé - Le rugby dans les pas du football américain ?

Le rugby dans les pas du football américain ?

Le 23/05/2016 à 18:03Mis à jour Le 23/05/2016 à 18:12

BLESSURES - Dans la deuxième partie de notre dossier sur les solutions envisagées pour préserver l’intégrité physique des joueurs, dirigeant, arbitre, joueur, neurologue reviennent pour nous sur les protections et leurs évolutions technologiques. Jusqu’où faut-il aller ? Dans dix ans, les rugbymen ressembleront-ils à des footballeurs américains ?

Ça ne pique plus, ça cogne ! Les contacts ne visent plus à marquer un adversaire, ils détruisent ! Un jour, y’en à un qui ne se relèvera pas. Combien de fois avons-nous ressenti cette angoisse dans la bouche de supporters, d’entraîneurs et de joueurs qui répètent qu’ils feront de "sales vieux." Sur internet, les vidéos de collisions inondent la toile. Ce ne sont plus des contacts, ce sont des secousses. La préparation physique poussée à l’extrême, la course aux biscotos, née avec le passage au professionnalisme en 1995, n’est-elle pas le pire ennemi du rugbyman ?

En l’espace de vingt ans, les protections sont devenues incontournables. Protège-dent (obligatoire depuis deux saisons en France, NDLR), protège-tibias, épaulières, casque… Les rugbymen bénéficient désormais d’une seconde peau parfaitement encadrée. "On a beaucoup travaillé pour unifier les protections. A une certaine époque, on faisait un peu n’importe quoi en ayant des éléments vraiment dangereux comme sur les avant-bras," rappelle Bernard Lapasset, Président de World Rugby de 2007 à 2016. "On a imposé des normes pour avoir une forme régulière d’expression. Mais il faut encore travailler avec les joueurs pour trouver des protections qui les accompagnent dans leurs efforts et dans les moments difficiles."

Bernard Lapasset

Bernard LapassetIcon Sport

Maciello: "C’est un sport qui fait des dégâts, il faut donc savoir ce que l’on souhaite… "

Dans les rangs du corps arbitral, la volonté est d’encourager ces protections pour les adapter au changement de morphologie. "Il faut se poser les questions sur l’équipement qui peut être ajouté pour préserver l’intégrité physique", souligne Franck Maciello, Directeur Technique National de l'Arbitrage Adjoint depuis 2012. "Par des équipements adaptés qui ne blesseront pas les adversaires, les joueurs devront avoir recours à ce type de protection. Ça me semble nécessaire. On a voulu une évolution forte du rugby, on a désormais sur les stades de vrais athlètes puissants. C’est un sport qui fait des dégâts, il faut donc savoir ce que l’on souhaite…"

Un discours préventif partagé par le Syndicat des Joueurs. "Il y a quelque chose de fondamental à envisager au niveau des protections pour l’avenir de notre sport", insiste Robins Tchale-Watchou, Président de Provale. "Comme dans le vélo, peut-être que tous les rugbymen doivent porter un casque et un certain nombre d’éléments pour atténuer la violence des chocs. C’est quelque chose vers lequel on doit aller."

Robins Tchale-Wathou, président du syndicat des joueurs Provale

Robins Tchale-Wathou, président du syndicat des joueurs ProvaleIcon Sport

Vers des matériaux "intelligents" avec mémoire de forme

Pour les équipementiers, la difficulté est de protéger les joueurs en respectant les normes de World Rugby mais sans nuire à l’expression des acteurs sur le terrain. "Nos évolutions suivent les changements de règle", nous explique Laurent Gaya, Directeur Gilbert France. "Actuellement, sur les casques et les épaulières, nous travaillons sur des matériaux intelligents avec des reprises de mémoire de forme qui diffuse totalement le choc. A l’impact, quand on tape sur un morceau de la mousse, le choc se diffuse pour éviter une grosse pression. Et pour la saison prochaine, nous développons une nouvelle mousse qui absorbera encore plus les chocs. Nous avons aussi des protections pour le torse avec une plaque en titane au niveau du plexus et des cotes flottantes. Il faut penser au nombre de petits chocs dans un match. Ils sont incalculables. Notre mission est de restreindre cette accumulation d’impacts."

Alors que le port obligatoire du casque dans les catégories de jeunes est envisagé depuis quatre ans, notamment pour inculquer cette culture de la protection, certaines zones soumises à des torsions, notamment les cervicales, ne peuvent pas être soulagées par des protections.

De nouveaux casques devraient arriver bientôt sur les terrains

De nouveaux casques devraient arriver bientôt sur les terrainsAFP

Dinglor: "Quand je vois les chocs dans le rugby, il y a une forme d’inconscience"

Dès qu’il s’agit d’évoquer l’équipement des rugbymen, le parallèle avec le football américain est immédiat. "Quand je vois les chocs dans le rugby, je me dis qu’il y a une forme d’inconscience", confie Jean-Philippe Dinglor, ancien joueur puis entraîneur de football américain. "Le rapport poids/vitesse est devenu énorme. Les dégâts sont terrifiants. Si on n’adapte pas le matériel à l’évolution des athlètes, dans dix ans, ce sport sera confronté aux mêmes problèmes que le football américain. Il faut adapter le matériel comme le proposent des sociétés américaines avec l’étude d’un nouveau casque déformable qui absorbe les chocs et distribuer l’impact plus efficacement (lors d’un choc frontal casque contre casque - désormais interdit en NFL - un joueur pouvait encaisser jusqu’à 150 G. C’est 15 fois plus qu’un pilote de chasse, ndlr). Ce type de casque pourrait réduire l’impact de 20 à 50%."

Pour l’heure, le recours à ces équipements est l’objet d’un débat au niveau international. Mais jusqu’où doit-on aller ? Les Écossais se sont ainsi exprimé contre l’utilisation de tels équipements estimant qu’ils entraînaient une fausse impression de sécurité et une prise de risque plus grande.

Les équipementiers réfléchissent à inventer des protections intélligentes comme en NFL

Les équipementiers réfléchissent à inventer des protections intélligentes comme en NFLERC

Aucun équipement ne peut éviter les commotions cérébrales

Un point de vue souvent partagé par le corps médical. "Les protections à outrance vont générer des joueurs bibendums qui vont taper encore plus fort sur les impacts", prévient Jean-François Chermann, Neurologue, Responsable de la consultation "commotion cérébrale et sport" à l'hôpital Léopold-Bellan de Paris. La caricature serait de dire: " J'ai été commotionné tel jour, la semaine prochaine je vais mettre un casque comme ça je serai protégé. Depuis que le casque est obligatoire sur les pistes de ski aux Etats-Unis, on relève 20% de traumatismes crâniens en plus. On prend tout simplement davantage de risques. Mais n’oublions pas qu’aujourd’hui, il n’y a aucun équipement qui peut éviter les commotions."

Si le rugby doit sans doute échapper à une course au suréquipement dénaturerait ce sport de combat et transformerait peu à peu les rugbymen en des gladiateurs cuirassés, une donnée - martelée par les médecins - ne peut pas échapper aux réflexions des instances internationales : le corps humain n’est pas fait pour encaisser ces impacts.

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