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Finale Top 14 - ASM-Stade français: Basket-ball, expulsion, surdoué, famille... voici Pascal Gaüzère

Basket-ball, expulsion, surdoué, famille... voici Pascal Gaüzère

Le 11/06/2015 à 18:13

Avant de partir au Mondial où il sera l’un des trois représentants français avec Poite et Garcès, Pascal Gaüzère (38 ans) arbitrera pour la première fois samedi une finale de Top 14. "C’est une consécration, dit-il. J’espère que les deux équipes transmettront de l’émotion et du jeu pour l’ensemble des spectateurs et que l’arbitre va assurer une continuité et qu’on ne ne parlera pas trop de lui".

Le basket d'abord

En termes de jeu, Pascal Gaüzère a été à bonne école, lui l’enfant de Chalosse, pays des Boniface et de la passe croisée. Dans ce petit coin des Landes, les villages ont tous leur équipe de basket car il est toujours plus facile d’être cinq que quinze. À Gamarde-les-bains et pendant dix ans, le basket est le sport du futur arbitre de rugby. Il y joue et suit de très près les exploits de l’Elan béarnais. "Avec mes parents on allait très souvent à la Moutète", se rappelle-t-il en évoquant ce marché couvert d’Orthez reconverti en salle de basket.

Pascal Gaüzère sourit en se rappelant du "sponsor Belle des Champs sur le maillot", cette place "derrière le panier à gauche en entrant dans la salle". "J’étais jeune, mais ça reste des souvenirs mémorables. C’était convivial, cette ambiance, cette ferveur, cet échange et ces émotions entre les joueurs et le public". Lorsque l’équipe déménage au Palais des Sport de Pau, le garçon suit et assiste "aux matchs de Coupe d’Europe le jeudi soir."

Suspendu pour un accrochage

" Joueur, je n'allais pas aller plus haut que la Fédérale 3 (Gaüzère)"

Et le rugby dans tout ça? Si le coin aime le basket, il vénère aussi le rugby. L’US Dax et le Stade montois se partagent les faveurs des gens du terroir, l’AS Montfort est le passage obligé d’un jeune sportif de Chalosse. Pascal Gaüzère raconte: "J’ai commencé en cadet. Je jouais troisième ligne aile, du genre plutôt défenseur et assez dur. Je m’accrochais à tout ce qui passait devant moi. J’avais de l’énergie à revendre". Déjà au plus près de l’action, il se trouve mêlé à un accrochage lors d’une rencontre. "C’était en challenge et j’ai été suspendu quelques matchs". Il n’en dira pas plus.

Pascal Gaüzère arbitrera samedi sa première finale

Pascal Gaüzère arbitrera samedi sa première finaleIcon Sport

Une suspension et une rencontre, celle de Jacques Bordelane, un ancien arbitre: "J’avais 21 ans, il m’a demandé si je voulais arbitrer. Je me suis retrouvé comme ça par hasard à arbitrer des matchs de jeunes le samedi". Trois ans plus tard, il remporte le concours du jeune arbitre, la promesse d’un bel avenir au sifflet. "Joueur, je savais que je n’allais pas aller plus haut que la Fédérale 3 et je me suis dit pourquoi pas l’arbitrage", poursuit-il.

Un surdoué du sifflet

À 25 ans, Pascal Gaüzère arrête les voyages en bus et passe à l’univers solitaire de l’arbitre. Il souffle: "Arbitre, c’est différent. On part seul avec sa voiture arbitrer un match. Ça se passe plus ou moins bien, et après on rentre. Le tout est de garder les liens avec ses amis. On est dans le rugby mais dès fois on se sent seul". La réussite vient très vite ne laissant aucune place au doute. Tel un surdoué, il saute la Fédérale 1, se retrouve en Pro D2 en 2004-2005, puis en Top 14 la saison suivante. Il passe à l’international avec deux finales de Coupe du monde chez les jeunes (-19 ans en 2008, -20 ans en 2010), et un Barbarians Britaniques-Spingboks en 2010. "En 2011, j’étais encore cadre (ressources humaines d'une entreprise d'intérim). Quand on franchit les paliers, on demande tellement de journées sans solde que ça devient compliqué. J’ai pris une indisponibilité de trois ans, puis en 2014 j’ai démissionné", explique-t-il.

Préparation physique et mentale

Professionnel depuis 2011, Pascal Gaüzère est désormais arbitre du Tournoi des Six Nations et de la Coupe d’Europe en plus du Top 14. Il se prépare tel un sportif de très haut niveau et possède le physique de ceux capable de courir très longtemps. Une condition essentielle pour garder l’esprit clair en toutes circonstances. "Le jeu va de plus en plus vite. On a de plus en plus de décisions à prendre dans un temps assez serré", concède-t-il. Hors terrain, il faut également faire preuve de sagesse face aux attaques régulières: "La pression existe, elle fait partie de notre préparation. Ça reste un élément positif qui crée une émulation. On sait que le très haut niveau engendre des enjeux sportifs, financiers et médiatiques. On est préparé à ça".

Pascal Gaüzère arbitre aussi au niveau international - juin 2014

Pascal Gaüzère arbitre aussi au niveau international - juin 2014Icon Sport

Pour ne pas gamberger, Pascal Gaüzère travaille depuis quelques saisons déjà avec Christian Ramos, préparateur mental qui intervient également auprès du XV de France depuis cet hiver. "J’ai ma préparation type d’avant match", explique-t-il. "S’il y a un élément qui bouscule ça, j’essaie toujours de reprendre mon pré-match. Mais par habitude je suis imperméable à ce qui se passe autour". La semaine, l’équilibre de l’arbitre passe par la famille: "On aime le rugby, c’est une passion, mais il faut trouver aussi la soupape et faire autre chose", dit-il. J’accorde beaucoup d’importance à l’équilibre familial. "Dès qu’on peut se balader, aller au restaurant, voyager ensemble, faire des choses qui font sortir de ce contexte du rugby c’est important".

" Mon Brennus à moi serait de contribuer à faire vivre à tous un moment de fraternité."

Mais en cette semaine de finale du Top 14, le rugby est bien au centre de toutes les attentions de Pascal Gaüzère. Hormis le travail physique, "la vidéo permet de s’imprégner du jeu du Stade français et de Clermont" et de "mieux anticiper une prise de décision le jour du match". Il poursuit: "On dit qu’arbitrer une finale est aussi fort émotionnellement que de la jouer. Si tel est le cas, mon Brennus à moi serait de contribuer à faire vivre à tous un moment de fraternité et de partage dans le plus pur respect des valeurs du rugby". Dans les couloirs du Stade de France, Pascal Gaüzère rappellera tout cela aux deux capitaines, sans oublier de leur rappeler qu’ils ont aussi leurs responsabilités: "Il y a la règle et après il y a ce que les joueurs décident. Le jeu appartient aux joueurs et aux coaches. L’arbitre n’est là que pour assurer la continuité du jeu".

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