Midi Olympique

Débat houleux sur le dopage entre Benezech et Bagate

Débat houleux sur le dopage entre Benezech et Bagate

Le 10/12/2014 à 17:48Mis à jour Le 11/12/2014 à 17:59

Invités à débattre sur le sujet du dopage pour "l'Obs", Laurent Benezech et Christian Bagate ont longuement et virulemment échangé sur le sujet. Selon l'ancien pilier international, le dopage est directement mis en oeuvre par les clubs. Théorie que réfute le docteur Bagate, responsable de la lutte antidopage à la Fédération.

Au coeur de l'argumentation du pilier passé par Toulouse, le Racing, les Harlequins et Narbonne, la taille et le poids des joueurs du Top 14, avec "une prise de poids de 10 à 20 kilos sur des périodes de temps très courtes, notamment chez les jeunes de 18 à 24 ans", comme il l'explique dans son livre "Rugby, où sont tes valeurs?", sorti en novembre dernier. Christian Bagate, qui avait lui même concédé qu' "il n'y a pas de prise de poids subite sans prise de produits non autorisés", fait cependant remarquer l'absence de preuves de Laurent Benezech, dont il qualifie le livre de "salmigondis d'allégations, basé sur un soi-disant délit de faciès". Selon lui, "le rugby moderne a changé, on prend des joueurs plus gros et plus grands dès le départ [...] on fait de la musculation deux fois par jour et on a une alimentation plus équilibrée et adaptée aux efforts intenses réclamés par le rugby". Aux prises de poids cités en exemple dans l'ouvrage de Benezech, comme celle de Sébastien Tillous-Borde (12 kilos entre 2007 et 2008) ou Benjamin Kayser (10 kilos entre 2011 et 2012), Bagate répond qu'ils sont simplement partis de zéro en musculation à cette époque, et que depuis, leur poids s'est stabilisé.

" Le dopage est une réalité, je n'ai jamais prétendu le contraire (Bagate)"

Christian Bagate apporte des chiffres pour ouvrir le débat: "Le dopage est une réalité, je n'ai jamais prétendu le contraire, cette réalité s'exprime en chiffres. C'est 12 dossiers instruits en 2013, 22 en 2012". Le docteur ne nie donc pas l'existence de certaines pratiques illégales chez nos profesionnels. "Bien sûr que j'ai des soupçons. Je n'ai pas honte de le dire, je vois des choses qui me troublent". Mais contrairement à l'ancien tricolore, il ne pense pas que le mal vienne directement des clubs. La Fédération cherche plutôt à faire "la chasse aux pseudos préparateurs physiques qui viennent polluer notre sport". Les divergences d'opinion se situent surtout lorsque des cas individuels sont abordés par Laurent Benezech, comme celui du talonneur sud-africain de Toulouse, Chiliboy Ralepelle, contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants en mars dernier mais toujours pas jugé depuis. Or, la Fédération n''est pas maître des cartes sur ce dossier: "Le contrôle a été effectué par l'IRB en Afrique du Sud, nous n'avons même pas reçu un papier nous disant qu'une procédure avait été lancée contre le joueur" explique Bagate. Ou encore le cas de Pieter de Villiers, blanchi suite à un vice de forme, puis à nouveau sélectionné en Bleu ensuite... "Nous l’avons contrôlé en période d’entraînement et que, aussi bizarre que cela puisse paraître, les règles de l’Agence mondiale antidopage ne nous permettent pas de rechercher de telles substances hors des périodes de compétition" détaille le responsable de la lutte antidopage.

150 joueurs concernés en 2006-2007!

"Je travaille avec les moyens du bord. Quand je chope un préparateur physique, que ce préparateur s’est occupé de joueurs tous passés par le même club et qui d’un seul coup se sont mis à briller en équipe de France, avec un changement de comportement physique et mental, oui je m’inquiète" assure Bagate. Laurent Benzech croit alors savoir qu'il parle d'Eric Castagnet, préparateur physique de Dimitri Szarzewski et Yannick Nyanga à Béziers. "Cette personne ne travaillait pas au sein du club, mais dans une salle de musculation indépendante. Preuve qu’il n’y pas de dopage organisé, comme le raconte Benezech, mais des initiatives individuelles concernant un ou plusieurs joueurs, s’agrégeant autour d’un préparateur-pollueur", poursuit le docteur.

Arrive alors sur la table le sujet des taux d'hormones thyroïdiennes anormales, affaire qui a éclatée lors de la saison 2006-2007. 150 joueurs issus de la même région, du côté de Pau et Biarritz, ont présenté des taux anormalement élevés, probablement liés à la prise de produits interdits. "Et ces 150 joueurs étaient comme par hasard localisés dans la même région. Ou y avaient joué l’année précédente. Donc oui, ça a permis de localiser un pollueur et de le faire condamner, le troisième en 12 ans" raconte Christian Bagate. Le condamné se nomme Alain Camborde, préparateur physique palois, qui intervenait auprès d'Imanol Harinordoquy, Damien Traille, Jérôme Thion, Sébastien Tillous-Borde, Fabien Barcella ou encore Benjamin Fall à l'époque (Afin d'éviter les amalgames, nous précisons qu'aucun des joueurs cités n'a été contrôlé positif. Et donc les propos de Laurent Benezech n'engagent que lui à ce sujet, ndlr). Benezech se demande alors comment aucun de ces 150 joueurs, soit 15% des effectifs de Top 14 et Pro D2, n'ait été attrapé. "A nouveau, nous n’avions pas de preuves, juste des anomalies biologiques et des suspicions. Ceci dit, je n’ai pas relâché ma vigilance. Je les ai fait contrôler vingt fois, et je les soupçonne encore" répond Bagate. Affaire à suivre...

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