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Test Match - Siya Kolisi (Afrique du Sud), un capitanat plus que symbolique

Kolisi, un capitanat plus que symbolique

Le 08/06/2018 à 10:35Mis à jour Le 08/06/2018 à 13:01

Promu capitaine pour affronter l’Angleterre durant ce mois de juin, le flanker Siya Kolisi sera le premier joueur noir à porter le brassard des Springboks. Historique et symbolique à plus d’un titre.

Vingt-six ans après la fin de l’Apartheid, le rugby sud-africain amorce un changement. Il y avait déjà eu les symboles Errol Tobias, premier non-blanc à jouer pour l'Afrique du Sud entre 1981 et 1984, Chester Williams, vainqueur du Mondial en 1995 disputé au pays, Tendai Mtawarira, le premier joueur noir à dépasser prochainement le cap des 100 sélections, les réussites des métis Bryan Habana, corecordman du nombre d’essais inscrits sur une édition de Coupe du monde (8 en 2007 et 15 au total, record égalé avec Jonah Lomu) et dans une moindre mesure celle de Breyton Paulse et Ashwin Willemse, JP Pietersen.

Tendai Mtawarira (Afrique du Sud)

Tendai Mtawarira (Afrique du Sud)Icon Sport

Mais l’annonce faite lundi 28 mai par le staff dirigé par Rassie Erasmus représente plus qu’un symbole, c’est une révolution à dire vrai : dans un sport qui fut pendant des années traditionnellement contrôlé par la société blanche et afrikaner depuis son introduction par les Britanniques en 1889, le fait que les Springboks seront emmenés dès ce samedi et pour les deux tests matchs suivants face à l'Angleterre par un joueur noir n’a rien d’anodin. Certes, en 2006, la fonction avait échu au talonneur Chiliboy Ralepelle mais c’était à l’occasion d’une opposition contre une sélection mondiale. La rencontre n’avait pas valeur de test-match.

Un capitaine qui ne vient pas tout à fait du sérail

Ce samedi sera donc un jour historique et nul doute que l’émotion devrait être au rendez-vous dans les travées de l'emblématique Ellis Park de Johannesbourg où les membres de sa famille et ses amis auront fait le déplacement. Qui aurait parié que l’enfant de Port Elizabeth, né en juin 1991, quelques mois après la sortie de prison de Nelson Mandela deviendrait à 26ans et 28 sélections le patron du vestiaire sud-africain, l’emblème de la sélection nationale ? Encore plus lorsqu’on connaît la trajectoire de Siyamthanda (dit Siya) Kolisi. Élevé par sa grand-mère paternelle dans le township de Zwide, son enfance fut tout sauf dorée, marquée notamment par la pauvreté extrême et un drame familial puisqu'il perdit trois membres de sa famille durant son adolescence dont sa mère. L'enfance du gamin de Zwide fut marquée aussi par la découverte du rugby sous les couleurs de l’African Bombers, club majeur du township.

Siya Kolisi (Afrique du Sud)

Siya Kolisi (Afrique du Sud)Icon Sport

Son talent et ses aptitudes firent le reste, le menant de la Grey High School de Port Elizabeth au capitanat des Stormers en Super Rugby cette saison. Avec la Western Province où il évolue depuis 2010, Kolisi (1,88 m, 105 kg) aura franchi tous les échelons succédant à la fonction autrefois occupée par Duane Vermeulen et Eben Etzebeth. Au début du mois de mai, il fêtait sa 100e apparition en Super Rugby avec le maillot de la province du Cap. De retour au pays après son intermède toulonnais, le numéro 8 Duane Vermeulen (31 ans, 39 sélections) a d'ailleurs salué la décision prise par Rassie Erasmus, la qualifiant à la fois de "spéciale et de normale pour la trempe d'un leader tel que Siya". Nul doute que le puissant troisième ligne saura épauler son coéquipier si le navire bok venait à tanguer face au XV de la Rose.

Un des fers de lance du renouveau springbok

Passé par les Baby Boks avec lesquels il disputa notamment la Coupe du monde des moins de 20 ans en 2011, Siya Kolisi aura mis du temps à s’affirmer comme une des pierres angulaires des Springboks. Appelé pour la première fois en juin 2013 pour un test-match à Nelspruit face à l’Écosse en tant que 746 ème joueur de l'histoire des Springboks, remplaçant à la Coupe du monde 2015 face au Japon et aux Samoa , il fallut attendre juin 2016 et une série de test-matchs face à l’Irlande pour assister à son éclosion. "Ad astra per espera", concrètement "vers les étoiles à travers les difficultés" , tel est le parcours et l'ascension épineuse de Siya Kolisi. Un an plus tard, il marque les trois rencontres face au XV de France de son empreinte. Sa pointe de vitesse, ses attitudes offensives notamment incarnées par ses franchissements et ses courses de soutien ainsi que son abattage défensif en font un titulaire indiscutable du Rugby Championship suivant ainsi que des tests de novembre.

Pour le tout nouveau sélectionneur Rassie Erasmus, le mettre comme capitaine apparaissait comme une évidence : "Je sais ce dont est capable Siya depuis ses 18 ans, je l’avais entraîné à l’académie de Stellenbosch dans les équipes de jeunes. C’est un grand leader." Les absences conjointes de Warren Whiteley et Eben Etzebeth, les derniers capitaines en date ont certes dû être prise en compte mais le choix de Kolisi n'est en aucun cas un choix par défaut ni imposé par quelconque manoeuvre politique, soumis à l'idée des quotas. Il est purement sportif selon Rassie Erasmus. Il apparaît également vrai que dans une équipe tout de même assez inexpérimentée par rapport à d'habitude où pas moins de trois joueurs feront leurs débuts dans le quinze de départ ce samedi, à savoir le deuxième ligne RG Snyman, les deux ailiers Aphiwe Dyantyi et S'Busiso Nkosi et avec un banc de néophytes (cinq joueurs à moins de cinq sélections), l'expérience de Kolisi ne sera pas négligeable. Il fut pour rappel vice-capitaine sous le mandat d'Allister Coetzee (2016-2017).

" Ma nomination montre que je ne suis pas là pour inspirer que les Noirs "

En marge du test-match perdu (22-20) face au Pays de Galles aux États-Unis et auquel il n'a pas pris part comme quinze autres joueurs (le capitanat avait été donné au deuxième ligne des Stormers Pieter-Steph Du Toit), Siya Kolisi se confiait sur sa mission : "Ma nomination montre que je ne suis pas là pour inspirer que les Noirs mais l’Afrique du Sud en entier et son rugby." Symbole de la réussite, il fera tout pour permettre aux siens de retrouver le chemin du succès dès ce samedi à Johannesbourg.

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