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"Ça fait 15 ans que dans les écoles de rugby on fait péter les gamins dans des boucliers..."

"Ça fait 15 ans que, dans les écoles de rugby, on fait péter les gamins dans des boucliers..."

Le 27/06/2017 à 14:36Mis à jour Le 28/06/2017 à 09:55

XV DE FRANCE - Au lendemain d’une tournée en Afrique du Sud ponctuée de trois défaites, le XV de France est plus que jamais fragilisé. Un constat inquiétant mais qui n’est pas nouveau. Pour Jean-Pierre Elissalde, l’identité du rugby français est en danger mais rien ne semble pouvoir éviter un échec lors de la prochaine Coupe du monde.

Tout le monde s’accorde à dire que le XV de France est dans une situation alarmante. Le tableau est-il aussi noir ?

Jean-Pierre ELISSALDE : Je ne pense pas que la situation nécessite de taper sur le XV de France. Sportivement, notre équipe nationale va mal mais c’est avant tout la situation du rugby français qui est préoccupante. Vous pouvez prendre différents acteurs, aussi bien au niveau professionnel qu’amateur, ils vous diront tous que ça ne va pas. Mais ça ne va pas depuis au moins trois Coupe du monde. On s’inquiétait déjà en 2011 après la défaite contre les Tonga en phase de poules (19-11). Le rugby français n’est pas en crise... Une crise, c’est ponctuel. Là, ça fait dix ans que ça ne va plus.

Mais le XV de France peut-il tomber plus bas ?

J-P.E : On a déjà la chance que le rugby ne soit pas un sport universel. Il faudrait vraiment un cataclysme pour qu’on ne soit plus dans le Top 10 mondial. Compte-tenu de nos structures, notre 8e place est déjà à la limite de l’acceptable. Mais pour la Coupe du monde 2019, les dès sont déjà jetés. Il n’y aura pas de solutions miracle. Au mieux, un rebond favorable qui nous amènera en finale...

Guilhem Guirado (XV de France) - 17 juin 2017

Guilhem Guirado (XV de France) - 17 juin 2017Icon Sport

" Le rugby français n’est pas en crise... Une crise, c’est ponctuelle. Là, ça fait dix ans que ça ne va plus"

Bernard Laporte a clairement mis un ultimatum au staff du XV de France en réclamant au moins trois victoires lors des tests de novembre.

J-P.E : Je ne comprends pas que l’on parle sur des situations que l’on ne peut pas prévoir. On ne sait pas si on aura des blessés, quel sera le contexte des matches… Si on doit juger ce staff, c’est à travers tous les matches disputés et pas une série de quatre rencontres. Imaginons qu’on gagne contre l’Afrique du Sud et le Japon mais qu’on perde nos deux matches de justesse contre les All Blacks en réalisant deux grosses performances. Que va-t-il se passer ? On change quoi, de sélectionneur ? Je rêve. Bernard Laporte est expansif mais il est intelligent. Est-ce qu’il ne réagit pas comme ça pour sensibiliser les joueurs au fait que le staff n’est pas protégé ? Ne cherche-t-il pas à faire réagir les joueurs en leur disant que le staff est en danger ? Indirectement, il demande peut-être aux joueurs d’être plus solidaires avec le staff.

Mais la position de Bernard Laporte est-elle saine ? On sent bien qu’il cherche à intervenir dans le sportif…

J-P.E : On a l’habitude de dire qu’un Président préside, un entraîneur entraîne… chacun son poste. Pourquoi pas. Novès a sans doute raison. Mais Bernard Laporte a quand même une grosse expérience d’entraîneur et de manager. Il a sans doute plein de sensibilité à donner au staff. Ça ne me choque pas. Très sincèrement, la problématique du rugby français, c’est tout sauf Laporte et Novès. On essaye de trouver des raccourcis parce que les résultats ne sont pas bons mais on ne regarde pas les vrais problèmes en face.

" L’information que j’ai retenue du week-end, c’est la perte de 16.000 licenciés en quatre ans. Qui vous dit qu’il n’y avait pas le futur Barrett chez ces jeunes ?"

Quelle est votre inquiétude majeure ?

J-P.E : L’information que j’ai retenue du week-end, c’est la perte de 16.000 licenciés en quatre ans. Qui vous dit qu’il n’y avait pas le futur Barrett chez ces jeunes ? Mais Bernard (Laporte) s’en occupe. Je le vois faire l’éducateur dans les clubs. On va lui interdire de faire ça sous prétexte qu’il est Président de la FFR ? Il est éducateur, il adore les gamins, il a raison de le faire. Ça ne me choque pas. Ce qui me choque, c’est notre continuité dans l’échec.

Le rugby français s’est pourtant mobilisé avec les Assises du Rugby en 2012 puis, en 2015, avec une Cellule Technique. Pour vous, c’est du vent ?

J-P.E : On a le sentiment que rien n’est ressorti de concret. Rien n’a changé, au contraire. On accélère vers le mur et en plus on klaxonne. On s’étonne que les joueurs aient perdu l’art de manipuler le ballon mais ça fait quinze ans que dans les écoles de rugby on fait péter les gamins dans des boucliers. Les boucliers préparent au rugby autant que les poupées gonflables préparent au mariage. Est-ce que c’est de la responsabilité de Lièvremont, Saint-André et Novès si le XV de France n’a pas un grand n°10 ? Je suis désolé mais rien ne fonctionne dans notre rugby, que ce soit dans notre formation, notre identité ou nos résultats.

Romain Taofifenua et Kevin Gourdon (XV de France) - Juin 2017

Romain Taofifenua et Kevin Gourdon (XV de France) - Juin 2017Icon Sport

" On s’étonne que les joueurs aient perdu l’art de manipuler le ballon mais ça fait quinze ans que dans les écoles de rugby on fait péter les gamins dans des boucliers. "

Pour revenir au XV de France, les dix semaines accordées aux joueurs de la Liste Elite durant l’intersaison peuvent-elles changer les choses ?

J-P.E : Physiquement peut-être mais pour le reste… Je me souviens des propos de Patrice Lagisquet qui avait lancé : "on n’est quand même pas là pour apprendre aux joueurs à faire des passes". Et Saint-André avait ajouté : "les joueurs doivent partir en vacances avec le ballon dans le coffre". Vous pensez sérieusement que les joueurs vont devenir irréprochables techniquement avec deux semaines supplémentaires ?

Bernard Laporte regrette également un manque d’engagement des joueurs…

J-P.E : J’ai l’impression que certains joueurs traînent un peu des pieds pour aller en équipe de France. Plein de gens déclarent forfait ou n’ont pas leur passeport. Ça me semble bizarre. On a le sentiment que si on ne va pas en équipe de France, bon ce n’est pas trop grave. On va me traiter de "vieux con" mais à mon époque, on serait allé en tournée à pied. Dans le projet du joueur, l’équipe de France ne semble plus être l’attraction première. D’un point de vue identitaire, ce maillot représente-t-il encore beaucoup de choses ? On a de bons garçons mais on n’est quand même pas dans la même dimension que les Dusautoir, Yachvili, Servat, Nallet ou Rougerie.

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