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Ciofani : "J’ai l’impression d’être dans un rêve"

Ciofani : "J’ai l’impression d’être dans un rêve"
Par Rugbyrama

Le 09/12/2021 à 14:34Mis à jour Le 09/12/2021 à 15:01

SEVENS - La Française Anne-Cécile Ciofani a été élue ce jeudi joueuse de rugby à 7 de l’année, a annoncé Word Rugby. Après la médaille d’argent obtenue à Tokyo cet été, la septiste de 27 ans récolte donc un nouveau titre. Arrivée dans le monde du ballon ovale sur le tard, ce sacre vient récompenser ses grandes performances. Entretien.

Vous venez d’être élue joueuse de l’année à VII. Que signifie pour vous cette récompense ?

Ça a été une grande surprise ! Déjà, la nomination en elle-même avait été une surprise. Mais je ne m’attendais pas à remporter ce titre, parce que je me retrouvais en concurrence avec trois autres grandes joueuses (Sarah Hirini, Alowesi Nakoci et Reapi Ulunisau). On connaît la réputation des Fidjiennes et des Néo-Zélandaise, qui ont réalisé d’excellentes performances. Je suis donc agréablement surprise de remporter ce titre. J’ai l’impression que ce n’est pas encore officiel, que je suis dans un rêve. Je ne réalise pas complètement ce qui se passe, mais j’en suis très heureuse.

Après l’argent à Tokyo, c’est une consécration de plus…

C’est le "petit plus" qui fait que la médaille d’argent a d’autant plus de saveur. Le fait que ce soit une Française qui remporte ce titre, c’est d’autant plus beau. En fait, c’est le collectif qui remporte ce titre. Ma nomination met aussi en valeur le travail de l’équipe et le fait d’avoir gagné ensemble. Et ça, j’en suis très fière.

En effet, cela ressemble à l’année parfaite pour vous...

Tout s’est beaucoup enchaîné. Ça montre également l’évolution du collectif. J’en parlais avec l’une de mes coéquipières récemment : c’est toujours assez bizarre qu’il y ait une joueuse qui soit mise en lumière, sachant qu’il y en a beaucoup d’autres qui font un travail de l’ombre qui, justement, permet la mise en lumière de certaines. Mais ma coéquipière m’a répondu : "Si on n’a personne à mettre en lumière, notre travail ne sert à rien." Le spectateur va retenir les personnes qui mettent les essais, mais ma mise en lumière, je le sais, ne peut exister sans d’autres filles. L’année a été parfaite pour moi, à titre individuel comme collectif.

Après Émilie Boulard et Damian Penaud, et en attendant probablement Antoine Dupont ce vendredi, la France est décidément bien mise à l’honneur au niveau des récompenses individuelles…

C’est un truc de fou. Je trouve ça fabuleux qu’autant de Français et de Françaises soient nominés et se retournent dans le XV titulaire de World Rugby. Cela prouve encore une fois que le travail paye, et que les Français ont réussi à se remettre en question face aux diverses défaites survenues par le passé. Une évolution est en train de s’effectuer. Je trouve ça très beau que les femmes soient mises à l’honneur comme cela.

Au départ, vous n’aviez pas envisagé de faire carrière dans le rugby, avec notamment des débuts en heptathlon. Quel regard portez-vous sur votre trajectoire ?

J’ai l’impression que l’athlétisme a été une vie parallèle, que ma vie aujourd’hui est le rugby et que ça a toujours été ainsi, malgré la petite carrière que j’ai pu avoir en athlétisme. Aujourd’hui, je suis tellement épanouie et heureuse dans ce que je fais que je me dis que j’ai fait le bon choix. Je remercie toutes les personnes qui m’ont permis de faire ce choix-là et qui m’accompagnent encore.

Justement, avez-vous un mot pour Bobigny, là où vous avez découvert le rugby ?

C’est le club qui m’a fait prendre goût au rugby, le club que j’ai toujours connu. C’est grâce à ces personnes qui m’ont initié que j’en suis là aujourd’hui.

Par leur passé d’athlètes, vos parents vous ont inculqué une certaine culture du sport et de la gagne. Quel rôle ont-ils tenu dans votre ascension ?

Mon père m’a toujours énormément soutenu, même si au début, il ne comprenait pas forcément mon choix, lui qui est un pro-athlétisme. Mais il m’a soutenu dans la recherche de performance. Venant d’un sport individuel, il me poussait dans mes derniers retranchements. Il s’intéressait pas mal à la programmation, et aux différents entraînements. Ma mère, quant à elle, m’a beaucoup apporté sur l’à-côté, sur la manière dont je pouvais me fondre dans un sport collectif. C’était surtout mon bien-être qui l’intéressait.

" Si je peux donner envie aux petites filles de se mettre au rugby, c’est avec grand plaisir."

Le titre de vice-championnes olympiques, et désormais votre récompense de joueuse de l’année, peuvent-ils susciter des vocations pour le rugby à VII ?

On s’était dit en sortant des JO qu’on espérait que la médaille allait faire bouger les choses. Notre titre de vice-championne du monde 2018 était passé un petit peu inaperçu par rapport au titre des Jeux. On espère qu’on a donné envie aux femmes et même aux hommes de se mettre à cette pratique. Ce que l’on a vu au Supersevens était par exemple très intéressant. Finalement, ça arrive petit à petit. On a reçu beaucoup de messages de jeunes filles, de mamans, qui souhaitaient essayer le rugby et qui ne savaient pas trop. Ce qui reste compliqué, c’est qu’on ne peut pas pratiquer le VII en club de la même manière que le XV. Diriger une personne vers le haut niveau que l’on côtoie, c’est finalement assez compliqué, le parcours à VII étant particulier. On espère que ça va changer et se développer. Mais on n’a pas toutes les cartes en mains.

Est-ce que le sacre individuel peut permettre d’avoir une figure à laquelle se rattacher dans une équipe ?

On a tous eu un poster dans notre chambre, un sportif préféré, et c’est d’ailleurs essentiellement celui qui est mis en lumière. J’espère être dans ce cas-là, mais j’espère n’être que la première, et surtout pas la seule. J’imagine que ce sera le cas, mais ce n’est pas mon objectif premier. Maintenant, si ça peut donner envie aux petites filles de se mettre au rugby, c’est avec grand plaisir.

Avez-vous un nouveau statut à assumer depuis cet été ?

J’aurais tendance à dire que non. Mais lorsque l’on bat les Néo-Zélandaises ou les Australiennes, on est les premières à dire : "Les championnes sont tombées, on est capables de le faire." Donc, forcément, on se dit que si on a cette réflexion, les autres l’ont également. On sait qu’on est attendues. On l’était déjà un peu avant le titre, mais on l’est encore plus maintenant. Ce n’est pas quelque chose qui nous met une pression supplémentaire. Nous travaillons pour des objectifs à long terme qui sont la Coupe du monde et Paris 2024.

La prochaine étape, c’est la suite du circuit mondial à VII, en Espagne. Quelles sont vos attentes ?

L’objectif de résultat est présent à chaque étape. On va essayer de réitérer la performance produite à Dubaï (les Bleues ont fini deux fois troisièmes, N.D.L.R.), tout en essayant de faire mieux. En tout cas, on sait qu’on peut faire mieux. Mais la Nouvelle-Zélande va aussi entrer en jeu. Donc ce n’est pas à prendre à la légère non plus. On a notamment perdu aux JO contre cette équipe. On la connaît bien…

Après cette finale perdue à Tokyo, y aura-t-il un petit sentiment de revanche ?

Là, je parle à titre personnel. Mais oui, il y aura même un gros sentiment de revanche ! Forcément, on a perdu deux finales importantes face aux Néo-Zélandaises. Ça fout les boules ! Après, c’est une grande équipe, on ne peut pas le nier. Elles seront au rendez-vous. Donc à nous de l’être également.

Propos recueillis par Dorian VIDAL

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