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Tournoi des 6 nations - Christian Califano: "Il faut enfoncer le clou face aux Anglais"

Califano: "Il faut enfoncer le clou face aux Anglais"

Le 20/03/2015 à 14:33Mis à jour Le 20/03/2015 à 14:48

L'ancien pilier international (72 sélections), Christian Califano, met en garde les Bleus et leur conseille de penser avant tout au match à Twickenham plutôt qu'au Mondial qui aura lieu dans six mois. Commentateur sur Eurosport, "Cali" a également apprécié de revoir le sourire sur le visage des Tricolores.

Quel est votre ressenti après ce match face à l'Italie ?

Christian CALIFANO: Beaucoup de frustration sur la première période. Les mecs étaient encore crispés avec toute la pression qu'il y a sur eux en ce moment. C'était difficile de mettre en place le jeu qu'ils souhaitaient. Sur la seconde période, on a retrouvé un peu notre équipe de France, celle qui nous manquait, avec beaucoup d'envie, de volonté, très forte dans les phases de conquête avec une belle domination sur les ballons portés, une réelle envie d'amener du jeu, du mouvement. Je crois que l'essai rageur de Bastareaud était significatif de cette volonté de l'équipe de France de bien faire. Et même si l'Italie n'était pas sous son meilleur jour, il était important pour les Bleus de gagner, d'y mettre la manière et se faire plaisir.

On approche de cette Coupe du monde et les joueurs prennent aussi conscience qu'ils abattent leurs dernières cartes pour faire partie du groupe qui ira au Mondial.

Christian Califano lors d'un tournoi de beach rugby à Bercy - 2011

Christian Califano lors d'un tournoi de beach rugby à Bercy - 2011Icon Sport

Pensez-vous que le "Crunch" qui se profile samedi à Twickenham peut être un tournant, un ascendant psychologique et enfin lancer les Bleus pour la Coupe du monde?

C.C: Bien sûr, à 100%. Certains l'ont compris dans l'état d'esprit avec ce match contre l'Italie. On a retrouvé des mecs avec le sourire. Le retour de Nicolas Mas, l'apport de certains joueurs sur le banc, l'association au centre Mermoz-Fickou... Il y aussi des blessés et d'autres vont intégrer le groupe. Bref, je pense que l'on va être sur quelque chose de positif même si nous avons été dans la difficulté sur ce Tournoi. L'équipe de France a besoin de retrouver de la confiance, le sourire et cela ne passera que par le jeu. Après, c'est un sport de combat donc il faut retrouver les vraies vertus. Mais c'est la même chose pour les Anglais qui sont allés faire une contre-performance en Irlande alors que tout le monde les voyait beaux après leur victoire à Cardiff. Eux aussi ont le doute, peuvent se retrouver en difficulté même si c'est une grosse machine car ils sont puissants, forts, conquérants, rapides derrière et s'appuient sur de très bons jeunes.

" L’Angleterre s'appuie sur une ossature de jeunes joueurs qui jouent ensemble depuis un bon moment et un paquet d'avants de vieux roublards"

Vous avez joué en Angleterre et on entend souvent dire que le Top 14 est la meilleure compétition du monde. On a cependant l'impression qu'au niveau international, le XV de la Rose nous est supérieur et bien plus en avance que nous...

C.C: Peut-être sur le fait qu'ils se préparent différemment que nous. Ils ont davantage de rassemblements... C'est toujours le même discours. Ils ont priorisé l'équipe nationale et sont dans une phase très importante car cette compétition planétaire se déroule chez eux. On ne peut pas faire de comparaison. Et puis, l’Angleterre s'appuie sur une ossature de jeunes joueurs qui jouent ensemble depuis un bon moment et un paquet d'avants de vieux roublards. La pression, elle est chez les Anglais. C'est là où c'est intéressant sur le plan psychologique car ce match est deux fois plus important pour les hommes de Lancaster du fait de vouloir marquer les esprits avant de débuter la Coupe du monde à domicile dans six mois.

Les nombreuses discussions sur la présence massive de joueurs étrangers dans le championnat, naturalisés pour certains n'ont pas dû vous échapper. Pensez-vous que cela est nuisible au XV de France sur certains postes ?

C.C: Aujourd'hui, c'est compliqué. J'avais déjà tiré une sonnette d'alarme à l'époque de Nicolas Mas car il n'y avait personne derrière lui. 60-70% des postes de piliers étaient occupés par des étrangers. Après, il est vrai qu'il faut "s'ouvrir" à l'international si, d'un autre côté, on fait l'effort de faire jouer tous ces jeunes. Je fais référence notamment à l'équipe de France des -20 ans que je suis car je les apprécie comme j'apprécie Olivier Magne (l'entraineur des avants des Bleuets, tous les deux commentateurs sur Eurosport NDLR) et il me dit qu'il y a des pépites. Macalou de Massy, les jeunes première ligne Baille, Tolofua, Marchand qui évoluent à Toulouse... Je suis ouvert à la discussion. Regardez en Nouvelle-Zélande, c'est ce qu'ils font avec les Samoans, les Tonguiens et tout le monde y trouve son bonheur. Je pense qu'il faut vraiment accentuer le travail de fond avec les jeunes car nous avons de réels talents et surtout, il faut les faire jouer! Si on prend exemple sur les Néo-Zélandais, 60% des -20 ans All Blacks sont dans une franchise l'année suivante. 

Christian Califano aux côtés de Raphaël Ibanez et Franck Tournaire - Tournoi 1998

Christian Califano aux côtés de Raphaël Ibanez et Franck Tournaire - Tournoi 1998Icon Sport

A la différence qu'il n'y a pas de descente en division inférieure en Super Rugby liée à la pression et à toutes les contraintes notamment économiques.

C.C: A mon retour d'Italie, j'échangeais avec un homme passionné de rugby et nous en sommes arrivés à évoquer les jeunes joueurs et leur manque de présence en Top 14. L'idée serait peut-être d'ouvrir une franchise pour ces derniers. Un championnat à treize clubs et le quatorzième serait une équipe composée des jeunes espoirs du rugby français qui ne jouent pas ou très peu et que l'on nommerait "Marcoussis XV" par exemple et sans descente en Pro D2. Et prendre aussi les meilleurs Espoirs en club qui ne sont pas sur les feuilles de l'équipe première et confronter tous ces jeunes aux équipes de Top 14. Je ne pense pas qu'il y ait un grand décalage, une grande différence.

" Je ne suis pas là pour me dédouaner parce qui s’il y en a un qui m'attaque sur le dopage, il va vite être reçu"

On a connu de très belles générations de piliers avec des duos comme Tournaire et vous, Marconnet et De Villiers. Mais depuis, on éprouve des difficultés à retrouver des paires similaires qui durent sur la longévité. Comment l'expliquez-vous ?

C.C: On a eu la chance d'avoir connu un rugby moins difficile, moins contraignant. Aujourd'hui, on s'aperçoit que les piliers ne tiennent plus 80 minutes et sortent à la 55-60e minute car ce sport est devenu très exigeant en termes d'aérobie, de déplacement, de force, de vitesse, de puissance. Après, il ne faut pas dire que nous n'avons pas de bons jeunes et je citerais par exemple Chiocci à Toulon qui est titulaire dans un des plus grands clubs d'Europe. Ce qui m'intéresse, c'est la nouvelle garde que je suis comme les Toulousains Tolofua et Baille qui est un copié-collé de ce que je faisais. Ils ont des qualités athlétiques fabuleuses et le club de Toulouse l'a très bien compris. Même en Pro D2, il faut aller regarder ces jeunes car il y a aussi des talents comme un jeune que je regarde avec beaucoup d'attention, pétri de talent, le Catalan Enzo Forletta. Sans oublier des mecs qui peuvent surprendre comme le pilier d'Oyonnax Antoine Tichit.

La récente polémique de Pierre Ballester sur le dopage dans le rugby français a probablement attiré toute votre attention. Pensez-vous qu'il s'agisse d'un coup de communication, de vérité voire un mélange des deux ?

C.C: Tout le monde s'est exprimé là-dessus et certains ont porté le coup car je comprends que l'on ait envie de se défendre quand on est attaqué. Ce qui m'intéresse, c'est de préserver cette jeune génération qui arrive. Il existe un gros processus pour déceler les produits dopants chez les sportifs avec des contrôles inopinés, des suivis longitudinaux donc je n'y crois pas trop. Il ne faut pas fermer le débat et en parler ouvertement. Je suis de la vieille école et j'ai vu des mecs rentrer dans une autre dimension mentale naturellement. Quand tu vas affronter les All Blacks par exemple, tu te prépares mentalement toute la semaine et tu arrives le jour du match à bout de nerfs, en transe sur le terrain. Et il ne faut pas apparenter cela à des joueurs qui se sont chargés. J'ai eu la chance de connaitre trois rugby: le Top 14, l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande. On peut avoir des a priori quand on part et se poser beaucoup de questions quand on y est. Je ne suis pas là pour me dédouaner parce qui s’il y en a un qui m'attaque sur le dopage, il va vite être reçu. Je pense que si un mec était venu me proposer des produits illicites, mettant en danger ma santé et ma famille, il aurait pris une belle b......! Je n'ai jamais été confronté à quoi que ce soit ni vu quoi que ce soit ! Sur mes 26 premières sélections, j'ai été contrôlé 21 fois ! Je pense que je détiens le record du monde des contrôles anti-dopage (rires). Je suis pour de la fermeté quand un mec se fait prendre, pas de répit pour ceux qui bravent l'interdit.  

Christian Califano en discussion avec Maxime Machenaud - Aout 2013

Christian Califano en discussion avec Maxime Machenaud - Aout 2013Icon Sport

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