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Pierre Berbizier: "On ne peut pas faire l’amalgame avec le cyclisme"

Berbizier: "On ne peut pas faire l’amalgame avec le cyclisme"

Le 13/03/2015 à 15:31Mis à jour Le 13/03/2015 à 15:33

Suite de l'entretien avec Pierre Berbizier, ancien sélectionneur de la France et l'Italie, qui se livre sur le dopage et son rôle de consultant. Il ne mâche pas ses mots concernant la sortie de l'ouvrage de Pierre Ballester "Rugby à charges, l'enquête choc".

Vous avez intégré Canal+ cette saison avec un regard différent de celui d’entraineur ou manager. Quels sont vos ressentis par rapport au Top 14 ?

Pierre BERBIZIER: C’est une compétition à fort enjeu, homogène avec une pression sur chaque match. Il y a des batailles à tous les niveaux et le dernier peut désormais battre le premier. Au niveau du jeu, il y a parfois des différences de niveau d’un match à l’autre et aussi en fonction des conditions. Nous avons eu un très bon début de saison au niveau du jeu mais la météo, la pression par la suite ont fait que l’on a perdu en qualité. Et puis on en revient toujours à ce problème de calendrier notamment lorsque arrivent les compétitions internationale. Les meilleurs joueurs sont en sélection et la pression s’accroît au fur et à mesure que la saison avance. Sans occulter les blessures de chacun, ce qui fait que l’on perd en qualité. Ce championnat est super intéressant car rien n’est fait et tout se joue à chaque rencontre.

Vous vous épanouissez plus dans le commentaire de match ou dans l’entrainement d’une équipe ?

P.B: Disons que les deux fonctions sont différentes. Cela me permet d’avoir un autre regard sur l’activité, de voir comment elle est traitée car je n’avais pas ce regard là auparavant et de ce point de vue, Canal est très professionnel. Je découvre l’envers du décor et son organisation, ce qui est très intéressant. Je me rends également compte de l’importance des médias pour valoriser notre jeu.

L’idée d’entrainer à nouveau une équipe, une sélection est toujours présente ou finalement ce rôle de consultant vous convient parfaitement ?

P.B: C’est l’occasion qui m’a été offerte par Canal. Après, les vrais projets, il n’y en a pas beaucoup, ce sont des niches avec un système particulier donc c’est difficile de rentrer sur le marché aujourd’hui. J’ai eu différentes expériences mais cela ne suffit pas et je n’ai pas accès à ce milieu. C’est comme ça. 

Pierre Berbizier ne veut pas faire d'amalgame entre le cyclisme et le rugby

Pierre Berbizier ne veut pas faire d'amalgame entre le cyclisme et le rugbyIcon Sport

" Quand on voit le visage de certains joueurs néo-zélandais quand ils font le haka, on n’a jamais dit qu’ils étaient chargés !"

Pierre, nous nous devons de vous interroger sur l’actualité du moment avec ce livre sorti récemment sur le dopage dans le rugby écrit par le journaliste Pierre Ballester ("Rugby à charges, l'enquête choc"). Quelle est votre réaction à ce sujet ?

P.B: Je regrette énormément que l’on s’attache à la forme et non sur le fond du problème concernant le dopage. Je regrette également l’aspect marketing du livre et ses accroches notamment sur le match de 1986 (France-All Blacks) qui date de presque 30 ans avec cette comparaison sur le cyclisme. Personne dans le rugby ne nie la confrontation au dopage mais sur les faits qui ont été pris, il y a beaucoup d’inexactitudes. Je n’ai pas spécialement apprécié d’autant plus que j’ai pris une demi-journée pour rencontrer Ballester car un problème de cette envergure, il faut en parler et faire avancer les choses. Hélas, j’ai peur que ça ne crispe encore plus le débat car nous sommes restés sur la forme qui n’est pas très juste qui plus est. Il y a trop d’imprécisions. A l’époque, certains joueurs ont été confrontés aux amphétamines et ils l’ont avoué. Cela n’a jamais été nié d’ailleurs. A notre époque, il faut être vigilant avec le dopage dans le sport professionnel et le rugby doit l’être également. J’aurais souhaité que l’on parle du côté préventif, de l’éducation parce que nos jeunes vont y être confrontés lors de leur premier contrat. Tous les points abordés dans ce livre ont été traités, il n’y a pas de nouveautés.

En ce qui me concerne, sur les éléments où j’apparais dans le livre, jamais je n’en ai parlé avec l’auteur lui-même. La méthode me gêne. Ce qui serait intéressant, c’est d’avoir un éclairage sur ce qui se fait aujourd’hui. Il faut aussi dire que la supplémentation de certaines substances vient de l’hémisphère sud. Ce sont les Anglo-Saxons qui ont cette culture et qui l’ont apporté dans notre championnat en grande partie. On a une capacité d’autodestruction dans notre milieu où on se met les boulets aux pieds. D’autant plus avec cette perspective de la Coupe du monde. On est pas plus blanc que les autres mais les déclarations de Shelford par exemple sont effrayantes. Quand on voit le visage de certains joueurs néo-zélandais quand ils font le haka, on n’a jamais dit qu’ils étaient chargés ! A l’époque, vous tombiez par terre, vous vous faisiez marcher dessus. C’était le rugby que nous pratiquions. Là aussi, ces méthodes de rucking sur les joueurs au sol venaient des Anglo-Saxons. Cette violence a disparu de nos jours et on la retrouve sur les chocs physiques.

Que ce soit en France ou en Italie, avez-vous déjà vu un joueur se doper ?

P.B: Non ! J’ai été confronté deux fois à des choses qui pourraient s’y apparenter mais c’était pour de la prise de cannabis. Je n’ai jamais eu ni vu de système organisé. Je ne dis pas que cela n’arrivera pas mais on ne peut pas faire l’amalgame avec le cyclisme. L’argent et les cadences infernales sont des conditions qui peuvent le créer mais ce n’est pas pour autant que cela va se passer. Soyons vigilant sur la prévention, la formation, les contrôles qui sont présents. Je ne suis pas toujours d’accord avec ma Fédération mais elle a mis des choses en place et laissons l’institution clarifier la situation. Car c’est loin d’être facile.

Pierre Berbizier sous le maillot de l'Equipe de France lors du Tournoi 1988

Pierre Berbizier sous le maillot de l'Equipe de France lors du Tournoi 1988Icon Sport

" Si Toulouse se qualifie, il peut jouer les trouble-fêtes de par son expérience"

Dimanche, la France ou l’Italie pour la victoire ?

P.B: Je pense que la France peut l’emporter et va vendre chèrement sa peau. Que l’on voie un bon match de la part des deux équipes. Ce n’est pas uniquement le résultat que j’attends mais davantage la manière. Si les formations arrivent à faire un match plein pendant 80 minutes, je serai content.

Que sont vos favoris pour remporter la Coupe d’Europe et le Top 14 ?

P.B: J’ai toujours eu beaucoup de mal au jeu des favoris. La Coupe d’Europe et le championnat, c’est très lié. Tout dépendra des parcours respectifs de Toulon, Clermont et le Racing sur la scène européenne. Ils peuvent aller loin dans ces compétitions mais tout dépendra de l’enchaînement des matchs lors des compétitions. Il est encore trop tôt pour faire des pronostics notamment sur le Top 14 car rien n’est fait. On ne sait pas qui est qualifié directement, qui jouera les barrages à domicile… donc c’est très difficile de déterminer un vainqueur. Les quatre équipes se dégagent à savoir Toulon, Clermont, le Stade français - qui n’a pas ce calendrier européen à négocier - et le Racing-Metro. Et si Toulouse se qualifie, il peut jouer les trouble-fêtes de par son expérience.

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