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RUGBY - "Plus de la moitié des commotions surviennent sur des problèmes de technique de plaquage"

"Plus de la moitié des commotions surviennent sur des problèmes de technique de plaquage"

Le 21/04/2016 à 10:41Mis à jour Le 21/04/2016 à 10:43

RUGBY - En l’espace de quatre ans, les procédures de prises en charge des commotions cérébrales n’ont cessé de s’améliorer. Particulièrement sensibles à l’intégrité physique des joueurs, la FFR et la LNR poursuivent leurs efforts pour perfectionner leurs outils diagnostiques.

"La santé des joueurs est ma responsabilité. Je veux que les rugbymen fassent de bons petits vieux, qu’ils soient grand-père…" Avec son sens de la formule, Pierre Camou est bien lucide sur un problème majeur du rugby moderne : les commotions cérébrales. Assis aux côtés de Jean-Claude Peyrin, Président du Comité Médical de la FFR, et de Joël Dumé, Directeur Technique des Arbitres de la FFR, le Président de la FFR rappelle que la santé est un objectif prioritaire. Depuis 2012, les procédures de prises en charge des commotions cérébrales n’ont cessé d’évoluer pour sensibiliser tous les acteurs du jeu. En 2009/2010, une dizaine de commotions étaient déclarées par an pour plus de soixante en 2014/2015. Une évolution sensible liée à un diagnostic mieux établi. Neurochirurgien et Expert auprès de la FFR/LNR et World Rugby, le Professeur Philippe Decq nous éclaire sur les améliorations à apporter dans les prochaines années.

Pierre Camou, le président de la FFR

Pierre Camou, le président de la FFRAFP

Professeur, à ce jour, la sensibilité du protocole de commotion cérébrale est de 80%. Mais est-il envisageable d’arriver à une sensibilité optimale ?

Philippe DECQ: On pourra peut-être améliorer les éléments d’examens cliniques pour détecter une commotion même si les tests appliqués aujourd’hui (1) sont déjà très intéressants. Mais la piste essentielle est d’améliorer le diagnostic sur le terrain. Pour aider les médecins à détecter toutes les suspicions de commotion, il faudra avoir recours à l’analyse vidéo. Sur la Coupe du monde 2015, la vidéo a permis de détecter pratiquement tous les cas de joueurs commotionnés. Mais c’est un système avec un coup technique important et une organisation administrative à établir puisque ces vidéos sont la propriété des diffuseurs. Et il faut enfin former ces personnes à l’analyse vidéo. On ne devient pas un médecin vidéo en cinq minutes. On peut le faire ponctuellement comme sur le Tournoi des 6 Nations mais sur le Top 14 ou la Pro D2, on n’y est pas encore.

Certains soulignent une faille dans le règlement qui permet au staff des clubs de profiter du protocole pour effectuer des changements…

P.D: On peut éventuellement manipuler le règlement en faisant en sorte de déclarer qu’un joueur n’est ni commotionné, ni suspect d’être commotionné mais que c’est un cas douteux pour demander un remplacement temporaire en fin de match alors qu’il n’y a plus de remplaçants disponibles. On peut donc faire rentrer à nouveau un joueur sorti sur coaching en espérant qu’il pèse sur le cours du match. On a des procédures de contrôle pour essayer de lever ces manipulations qui ne sont pas acceptables.

" Il faut absolument que nos joueurs prennent l’habitude de plaquer avec les deux épaules, comme le font très bien les joueurs de l’hémisphère Sud, et non plus avec une seule épaule, en avant, qui traumatise davantage les cervicales"

Pensez-vous que le physique toujours plus impressionnant des rugbymen risque de faire exploser le nombre de commotions ?

P.D: On ne peut que spéculer là-dessus. Nous n’avons pas trop d’informations. Quand on parle de traumatologie, c’est variable d’une saison à une autre. Pour avoir de vraies tendances, il faut observer ce phénomène sur une dizaine d’années. Mais entre les trois dernières saisons écoulées, il y a une discrète augmentation probablement liée à l’amélioration du repérage et des diagnostics.

L'impressionnante blessure du Toulousain Florian Fritz

L'impressionnante blessure du Toulousain Florian FritzIcon Sport

Les plaquages sont la principale cause de commotions (2). Que faudrait-il faire pour qu’ils soient moins dangereux ?

P.D: Plus de la moitié des commotions (56%) surviennent sur des problèmes de technique de plaquage. C’est une piste sur laquelle on est entrain de travailler, notamment avec la DTN et Didier Retière, pour aboutir à des stratégies de prévention. Il faut absolument que nos joueurs prennent l’habitude de plaquer avec les deux épaules, comme le font très bien les joueurs de l’hémisphère Sud, et non plus avec une seule épaule, en avant, qui traumatise davantage les cervicales. Ce sont des gammes à faire aux entraînements et dès le plus jeune âge. Il y a un vrai travail de prévention à faire auprès des éducateurs.

" Le problème des commotions sur des cerveaux en croissance n’est clairement pas bon. Les jeunes ont des symptômes plus prononcés et de façon plus prolongés"

Aujourd’hui, il y a une forte inquiétude concernant les joueurs de moins de 20 ans…

P.D: Il y a quelques cas rares du syndrome du deuxième impact. Mais c’est exceptionnel. On a détecté une trentaine de cas. Mais le problème des commotions sur des cerveaux en croissance n’est clairement pas bon. Les jeunes ont des symptômes plus prononcés et de façon plus prolongés. Il faut être encore plus strict sur la gestion de leurs commotions avec un minimum de trois semaines de repos. Et lors d’une deuxième commotion dans un délai de 12 mois, un avis spécialisé avant la reprise sera demandé.

Le deuxième ligne de Provence Rugby Anthony Potente

Le deuxième ligne de Provence Rugby Anthony PotenteIcon Sport

Ces dernières semaines, on a beaucoup parlé de capteurs appliqués derrière l’oreille ou de bandeaux intelligents permettant de mesurer les impacts subis par le crâne lors des chocs et de dépister, en temps réel, les risques de commotion. Ces outils vous semblent-ils pertinents ?

P.D: Ces appareils sont tout simplement des capteurs, des centrales inertielles qui détectent la rotation, l'inclinaison, le mouvement et la vitesse de la tête. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de corrélation nette entre la survenue d’un événement clinique et l’importance de la force rencontrée. Ces appareils sont encore de l’ordre du gadget. Ça améliore la compréhension des phénomènes mécaniques mais cela ne permettra en aucun cas de faire un diagnostic d’une commotion cérébrale. Ce ne peut pas être un recours pour les médecins pendant un match.

(1) Les 10 critères cliniques qui établissent le diagnostic de commotion cérébrale sur le terrain et requièrent une sortie immédiate et définitive ?

1. Perte de connaissance affirmée
2. Suspicion de perte de connaissance
3. Ataxie (fonction de l’équilibre)
4. Clairement hébété, "sonné"
5. Clairement confus
6. Désorienté temps, lieu, personnes
7. Changement de comportement évident
8. Convulsions
9. Crise tonique posturale
10. Signes ophtalmologiques (vision double, dilatation pupillaire, trouble du champ visuel)

(2) Pourcentage de commotions par phase de jeu (saison 2014/2015)

1. Plaquage : 56%
2. Ruck : 18%
3. Jeu courant : 15%
4. Autres : 6%
5. Maul : 4%
6. Mêlée : 1%
7. Touche : 0%

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