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Paris Sevens : Le tournoi raconté par ses officiers de liaison, anges gardiens des sélections

Le Paris Sevens raconté par ses officiers de liaison, anges gardiens des sélections

Le 17/05/2016 à 09:20Mis à jour Le 18/05/2016 à 09:25

SEVENS - Depuis la descente de l'avion jusqu'au redécollage en direction de Londres ce lundi, les 16 officiers de liaison du tournoi de Paris ont passé une semaine entière avec leurs sélections de VII. En vivant des moments parfois intimes, parfois intenses, au fil des trois jours de compétition. Sans briser l'obligatoire confidentialité, ces bénévoles majeurs racontent leur tournoi.

"Une petite boisson pour récupérer du mal de tête, Anthony ?" Dans un sourire, le petit chambrage glissé par l'entraîneur argentin à l'officier de liaison des Pumas est légitime au moment de grimper dans le bus pour l'aéroport ce lundi. S'il n'a pas – lui – fini au petit jour ce matin au terme du Paris Sevens, Anthony Marceau a pu profiter d'un moment de détente de la sélection qu'il a accompagné depuis son arrivée dans la capitale, huit jours plus tôt. Dimanche, dans un bon restaurant argentin du quartier de Bastille, ce bénévole du tournoi a connu un moment privilégié de plus avec les Santiago Cordero et autres Juan Pablo Estelles, après un riche week-end.

Cadre défini d'entrée, relation privilégiée à développer

Chargés de favoriser la transmission des informations entre l'organisation et les sélections, les 16 officiers de liaison du tournoi ont tous vécu une semaine avec leur équipe. Celui qui est dans le civil conseiller technique régional du comité du Centre résume : "Dès leur arrivée, il faut effectuer les changements nécessaires face à toutes leurs questions". Comme celle de récupérer des cartes SIM locales pour l'accès à Internet.

Santiago Cordero (Argentine) face aux Etats-Unis lors du tournoi de Paris - mai 2016

Santiago Cordero (Argentine) face aux Etats-Unis lors du tournoi de Paris - mai 2016Icon Sport

Une mission d'anticipation et d'adaptation très bien vécue par Thibaut Gautier, responsable, lui, des Brésiliens, et en pleine gestion d'un problème de passeports lundi. "Ils sont amateurs et s'entraînent rarement ensemble, c'était d'abord pour eux l'occasion de se retrouver", détaille cet ancien bénévole du Tournoi des 6 Nations. "Ils étaient donc très détendus et sympas".

Ça tombe bien, pour mener à bien leur mission, les officiers de liaison ont dû établir une relation saine, sans déranger lorsque les Australiens ont décidé d'aller descendre les Champs Elysées en vélib aux aurores ou que les Brésiliens sont allés faire leurs touristes à Notre-Dame. Le cadre a vite été défini, le respect de la précision des horaires des bus ou la disponibilité de l'eau et des bacs à glace (plus de 5 tonnes ont d'ailleurs été utilisées ce week-end!) primordiaux.

"Quand j'arrivais au stade, je commençais par aller repérer où étaient les poubelles pour le froid et si tout était bien prêt", décrit Anthony Marceau, en connaisseur. La logistique évacuée, ces officiers de liaison ont pleinement vécu les performances de ceux qui sont devenus les "leurs".

Lucas Duque (Brésil 7)

Lucas Duque (Brésil 7)Icon Sport

Des bénévoles parfois intégrés aux analyses vidéos

Immersion totale, des repas jusqu'à la sortie des terrains en passant par la salle de musculation de l'Aquaboulevard où la chargée des Bleus, Catherine Grange a été impressionnée par la "détente de Jonathan Laugel". Venu chercher un autre regard sur la discipline, Anthony Marceau a aussi connu une énorme ouverture du staff argentin, pourtant adversaire des Tricolores à deux reprises. "Ils m'ont même laissé assister aux briefings et aux analyses vidéos de la sélection française", donne en exemple celui qui est aussi responsable du réseau "Puissance 7" dans sa région.

Partie intégrante de l'équipe, il a également vu des schémas de jeu pumas dont il ne parlera pas avant les Jeux. Un devoir de réserve logique, et une confidentialité inscrite dans la charte qu'il a signée. Tout juste évoquera-t-il de petites différences avec les Français sur des détails dans la circulation du ballon. Enjeu olympique oblige.

Jonathan Laugel (France 7) lors du match pour la 3e place face à l'Argentine - 15 mai 2016

Jonathan Laugel (France 7) lors du match pour la 3e place face à l'Argentine - 15 mai 2016Icon Sport

A être si proches des Pumas, son cœur de supporter a d'ailleurs vite balancé au fil du tournoi. "On vit parfois les matches un peu trop intensément", reconnaît Marceau, équipé d'un pull des Pumas dimanche. "Lors du dernier match de poule contre les Bleus, j'étais plutôt neutre, mais en petite-finale, je ne dirai rien..."

Même son de cloche du côté de Thibaut Gautier : "J'encourageais les Brésiliens jusqu'à la sortie du tunnel ! Je les ai vus s'améliorer, j'avais vraiment envie qu'ils gagnent mais la précipitation était frustrante..." Plus que le stress, tous retiennent l'extrême concentration des différentes nations entre les différentes rencontres. Peut-être plus encore côté Français, à domicile. "Dans le bus, ils étaient très focalisés et ne chantaient pas comme d'autres délégations" , souligne Catherine Grange, contente d'aider une sélection "plus respectueuse et disciplinée" que les Blacks n'hésitant pas à s'entraîner dans le même couloir de l'hôtel.

"Les Bleus ont une équipe très attachante"

Faire la liaison, c'est enfin partager aussi les moments durs. Comme lorsque l'Argentine est sortie par Samoa en demi-finale (12-14). "Ils étaient très déçus d'avoir perdu parce qu'à l'inverse de France - Fidji où il n'y a pas photo en deuxième mi-temps, s'ils ne font pas l'erreur d'aller dans le mur à la dernière seconde... Il leur a vite fallu gérer cette frustration".

L'équipe de France à 7 prend la pose à l'issue du tournoi de Paris - 15 mai 2016

L'équipe de France à 7 prend la pose à l'issue du tournoi de Paris - 15 mai 2016Icon Sport

D'un point de vue humain, l'expérience reste enrichissante -même si elle a parfois été plus compliquée comme avec les Américains-, à l'image de discussions sur la culture sud-américaine entre l'entraîneur brésilien et Thibaut Gautier. "Les Bleus ont une équipe très attachante", termine elle Catherine Grange. "Les petits jeunes avaient un peu besoin d'une maman !" Mais quel plaisir de les voir chanter et danser avec une banda ramenée par Jean-Claude Skrela dans le vestiaire une fois le podium acquis.

De cette expérience, la Fédération espère aussi tirer des bénéfices, pour un tournoi de Paris dont il a la charge de l'organisation (par World Rugby) jusqu'en 2019. "Cette génération de volontaires sur les événements FFR est l'héritage de la Coupe du monde 2007, qu'on a ensuite mobilisé pour celle des filles en 2014", décrit le vice-président Jean-Louis Boujon. "Ce tournoi est l'occasion d'entretenir la machine. Il s'agira maintenant d'optimiser l'ensemble des postes l'année prochaine".

Ce que les officiers de liaison ont déjà effectué au prix de points quotidiens, cette semaine. "On a rempli le contrat sportif, populaire, organisationnel", se réjouit enfin Boujon. "Cet enthousiasme est un vrai encouragement pour la suite".

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