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Procès "Laporte-Altrad" - Jour 9 (2/3) : "Où sont les preuves ?", clame la défense

Procès "Laporte-Altrad" - Jour 9 (2/3) : "Où sont les preuves ?", clame la défense
Par Marc Duzan via Midi Olympique

Le 21/09/2022 à 19:00Mis à jour Le 24/09/2022 à 14:25

Cet après-midi, les avocats de Bernard Laporte et Mohed Altrad ont tenté de démonter techniquement les accusations visant leurs clients. Pour Antoine Vey et Fanny Colin, le dossier d’enquêtes est dénué de "preuves" et à leurs yeux bâclé. Leurs plaidoiries ont-elles pesé ?

Ce mercredi soir s’est achevé le procès "Laporte-Altrad" qui nous occupe depuis près de quinze jours. Au lendemain du réquisitoire musclé du procureur de la République François-Xavier Dulin, au cours duquel le magistrat a demandé de la prison ferme pour les cinq prévenus (Bernard Laporte, Claude Atcher, Mohed Altrad, Serge Simon et Benoit Rover), l’audience du jour fut partagée en deux temps et, passé les plaidoiries des avocats d’Atcher et Rover au sujet de la société Score XV, visée par des accusations d’abus de bien social, vint le tour de parole d’Antoine Vey, Fanny Colin et Pierre Blazy, respectivement en charge de la défense de Mohed Altrad, Bernard Laporte et Serge SImon.

A la barre, c’est maître Vey, l’ancien associé d’Eric Dupont-Moretti, qui a débuté l’après-midi. Pour mémoire, son client Mohed Altrad encourt une peine de trois ans de prison, dont un ferme, une interdiction de deux ans de gérer une société commerciale, 200 000 euros d’amende ainsi qu’une interdiction de deux ans d’exercer toute fonction en lien avec le rugby, même bénévolement. "Ces réquisitions sont plus lourdes que celles envisagées, même dans nos pires pronostics, débutait Vey. Dans cette affaire hautement médiatique, nous avons aujourd’hui besoin de vrais juges. Pour que la vérité émerge, il faut de la raison, de la mesure". Puis, à l’adresse du réquisitoire du procureur : "A quoi sert de diffuser à l’audience des définitions des délits retenus, comme l’a fait le PNF mardi soir, à des magistrats pour qui le droit n’a aucun secret, si ce n’est d’être repris par les journalistes ? A quoi sert-il de faire des réquisitions aussi lourdes ? Ca sert à ce que des milliers de personnes, confondant réquisitoire et décision, puissent commenter, se déchaîner, condamner… Moi, je ne plaiderai que pour vous, madame la présidente. Et vous prouverai que les faits ne résistent pas à une analyse réelle."

L’avocat de Mohed Altrad : "Aucun email… aucun appel… Il n’y a rien ! Aucune preuve !"

A cet instant, la charge était loin d’être terminée. L’objet ? L’absence de preuves. "Faut arrêter de prendre des gens pour des andouilles, poursuivait Vey. Quand la concertation a eu lieu au sujet du sponsor maillot, aucun autre partenaire ne voulait mettre le prix proposé par Mohed Altrad ! Et que dire du témoignage de cet employé de Lagardère, spécialisé dans le marketing sportif, qui assura aux enquêteurs que le maillot des Bleus avait été 'bien vendu'. Les procureurs n’ont pas les preuves : ni sur la corruption, ni sur la prise illégale d’intérêts ni sur rien d’autre ! Ils vous demandent à vous, madame la présidente, d’en générer avec des préjugés. Pourtant, quand on fait de vraies enquêtes, on en retrouve toujours, des preuves. Ici, aucun email, aucun appel ne prouvent que Bernard Laporte ait choisi, pour 150 000 euros, de signer un pacte de corruption".

Procès Bernard Laporte

Procès Bernard LaporteIcon Sport

Le contrat d’image est néanmoins avéré. Et ce fut au mieux une maladresse, au pire une volonté assumée de contrôler le président de la FFR. "Ce contrat, tranchait Vey, mon client l’avait déjà fait signer à trois personnes (Fabien Galthié, Vern Cotter et Philippe Saint-André, N.D.L.R.) avant de le proposer à Laporte. Il n’a pas pensé qu’il fallait le montrer à cinquante collaborateurs avant de le valider." Clair, souvent brillant, maître Vey enchaînait, cette fois-ci dans le coeur du dossier : "Que Bernard Laporte n’ait pas entrevu qu’il y avait un conflit d’éthique, c’est évident ! Mais n’allez pas me dire que Bernard Laporte avait besoin de ces 150 000 euros ! C’est insensé ! Mohed Altrad lui avait proposé cinq millions d’euros quelques mois plus tôt pour entraîner le MHR ! Et il a refusé ! Si M. Altrad avait voulu corrompre M. Laporte, il l’aurait fait par un autre véhicule que ce contrat deux fois inférieur à celui qu’il avait fait par exemple signer à Galthié !"

Mais alors, quid de l’intervention de Bernard Laporte auprès de la commission de discipline afin de supposément favoriser les intérêts du MHR et d’Altrad ? "L’enquête du Ministère des Sports conclut qu’il n’y a pas de preuve que Bernard Laporte ait voulu influer en ce sens. Une nouvelle fois, il n’y a pas de trace contemporaine d’échanges. Et pourquoi Altrad voudait corrompre Laporte pour 150 000 euros pour infléchir une décision où il encourt 50 000 euros ? Rien ne tient debout ! Rien ! Que M. Altrad ait souhaité connaître le délibéré de ladite commission, c’est un fait. Qu’il ait voulu l’infléchir, il n’y a aucune preuve. Je vous demande évidemment la relaxe de Mohed Altrad". Dès lors, le fils spirituel d’« Acquitator Dupont-Moretti » a-t-il convaincu la présidente ? Impossible à dire. Mais sur les points précis du "pacte de corruption" et du "trafic d’influence", il a incontestablement fait reculer l’accusation.

L’avocate de Bernard Laporte : "Tout mouvement sur le compte de Bernard Laporte est soumis à l’oeil de Tracfin"

Au relais d’Antoine Vey, l’avocate de Bernard Laporte, maître Fanny Colin, déroulait alors un exposé plus technique, plus axé sur des points de droit précis: "Bernard Laporte n’a pas commis d’infraction pénale." Dès lors, pourquoi le contrat d’image a-t-il été payé "up front", soit avant que ne soient réalisées les prestations pour Altrad Investment Authorities ? Documents à l’appui, Colin faisait état d’une erreur de secrétariat dans le groupe Altrad. Elle enchaînait : "On nous parle d’un pacte de corruption secret. Le contrat d’image est tout sauf secret, signé entre une entreprise dans laquelle l’Etat est actionnaire et la societe BL communication traçable. M. Laporte, en tant que 'Personnalité Politique Exposée', voit tout mouvement sur son compte en banque soumis à l’oeil de 'Tracfin' (service de renseignement français luttant contre la criminalité financière, N.D.L.R.). En matière de dissimulation, on repassera ! Et votre tribunal, habitué à des dossiers plus complexes, est certainement habitué à des montages financiers plus secrets, plus complexes.."

Au bout d’un exposé d’une heure, Fanny Colin demandait la relaxe totale de Bernard Laporte à la présidente, Rose-Marie Hunault : "Ca m’a fait mal de voir le procureur ricaner tout au long du procès parce que Bernard Laporte n’a pas lu la charte éthique. Il l’a reconnu. Il ne triche pas, il dit la vérité. La seule personne qu’il ait favorisée, c’est la FFR. Les 6,2 millions d’euros qu’a déboursés Mohed Altrad pour le maillot tricolore ne sont pas allés dans sa poche. Ils sont allés aux licenciés." Le délibéré, lui, sera connu d’ici quelques semaines.

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