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Gérard : "Ceux qui pensent que j’ai rétrogradé en passant du Top 14 à la Pro D2 se trompent"

Gérard : "Ceux qui pensent que j’ai rétrogradé en passant du Top 14 à la Pro D2 se trompent"

Le 01/09/2021 à 10:41Mis à jour

PRO D2 – Intronisé entraineur principal de l’US Montauban à l’intersaison, David Gérard a rapidement pris ses marques dans un club qui semble lui correspondre à merveille. Épanoui dans ce nouveau rôle, l’ancien entraineur des avants du LOU s’exprime pour Rugbyrama sur ce nouveau défi à la tête d’une équipe en grande partie reconstruite.

Comment vous sentez-vous à Montauban, quelques semaines maintenant après votre prise de fonction ?

David Gérard : Je demande aux joueurs à longueur de journée d’avoir la banane et d’être heureux de faire ce qu’ils font. Et bien moi c’est exactement pareil. Aujourd’hui, je suis ravi. Je m’éclate ! Je suis épanoui dans mon métier et dans le club. Tous les voyants sont au vert et même si tout est allé très vite, je n’ai pas trop eu le temps de réfléchir. En fait, ce n’est pas plus mal. J’ai enchainé deux saisons et j’avais besoin de rapidement me replonger dans le rugby, même si je me sentais émoussé mentalement par mes deux saisons passées à Lyon. Il y a surtout eu le Covid qui nous a tous émoussé. Finalement, repartir rapidement sur un nouveau projet, en se disant que l’on voit le bout du tunnel sur le plan sanitaire, et bien tu respires. C’est une bouffée d’oxygène.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet montalbanais ?

D.G. : Clairement, il me ressemblait beaucoup parce que, justement, il n’était pas parfait. Souvent, quand on présente des projets, tu as l’impression que c’est Disney et que tout est beau dans le meilleur des mondes. Et puis la réalité, c’est que ce n’est jamais ça. Les dirigeants ont été très honnêtes avec moi. Ils m’ont expliqué la situation, ce qu’il s’était passé sur l’année écoulée, et les années précédentes. Ils avaient besoin de stabilité et de faire confiance à nouveau en une personne. Le fait qu’ils viennent me chercher, que le président me dise : je sais que tu auras peut-être des propositions plus attrayantes, mais que tu auras aussi ta fille à 40 minutes. Il a tapé dans le mille car j’ai souffert de l’éloignement pendant deux ans. Clairement, tous les voyants étaient au vert. Le projet n’est pas fini, il est à fignoler, et j’intègre une région où ma fille est proche, avec un cadre de vie totalement différent.

D’autant que vous intégrez un staff déjà composé…

D.G. : Le président m’a fait confiance. Quand je suis arrivé, il m’a dit qu’en tant que patron du sportif, que je pouvais prendre mes décisions. Pour être honnête, qui je suis pour arriver et dire à des mecs qui se sont battus l’an dernier, qui ont fini 9e avec le 14e budget, qui ont passé une saison compliquée sportivement, et avec le Covid au milieu, et leur dire au mois de juin de prendre leurs bagages ! C’était à moi de m’adapter et j’ai voulu miser sur ça. J’arrive avec une vision, une philosophie mais l’humain est au centre de tout. J’avais aussi besoin d’arriver et de donner ma confiance à des personnes en place. Après c’est un métier, et on fera après le bilan de notre année. Ces mecs méritaient de continuer à se battre pour le club. Je voulais apporter une plus-value à ce staff-là.

Pro D2 - Ancien manager, Florian Ninard a été promu en tant que directeur sportif (Montauban)

Pro D2 - Ancien manager, Florian Ninard a été promu en tant que directeur sportif (Montauban)Icon Sport

Par rapport à votre poste au LOU (en charge des avants, ndlr), le fait d’avoir davantage de responsabilités était également une ambition ?

D.G. : Quand je suis passé de Béziers à Lyon, j’ai perdu des responsabilités sportives, de décision. Mais c’était mon choix parce que je voulais grandir, monter au plus haut niveau. Je voulais tout ça et je ne le regrette pas du tout. Là, je suis revenu en PRO D2 et on me donne les clefs du camion, aussi bien sportivement que dans le management de l’effectif, du staff et de la partie sportive. C’est important pour moi, parce qu’au-delà du métier de manager, je suis né dans ce sport. C’est ma vie. Et à 43 ans, se retrouver dans une situation comme celle-là, ce n’est que du bonheur. Mais ce n’est pas une fin en soi. J’ai faim. J’ai envie maintenant de plus. C’est génial pour moi et mon évolution de me retrouver dans un club comme Montauban qui a un tel ADN rugby. Ceux qui pensent que j’ai rétrogradé en passant de TOP 14 en PRO D2 se trompent. J’ai évolué. Lyon a été une étape de ma vie.

" Avec 70% de nouveaux joueurs et un nouvel entraineur principal, on a un groupe en construction"

En termes de recrutement, qu’est-ce qui a animé l’USM à l’intersaison ?

D.G. : Il fallait de la densité. L’équipe a passé une bonne partie de la saison dernière a joué avec des hybrides en deuxième ligne. Donc des garçons en capacité de jouer 4 ou en troisième ligne. On n’était pas sur de vrais n°5. Il fallait progresser et s’armer en force de frappe directe pour répondre, et imposer par moments un jeu direct. Et il fallait des garçons avec des capacités supérieures pour permettre, à des moments, de faire la différence sur un match ou une action. On a besoin de joueurs aux supers pouvoirs, qui sont rares en PRO D2. Il faut aller les chercher et tout faire pour les garder. C’est un bon équilibre entre de l’expérience, de la jeunesse, de la vitesse et de la puissance. Et il y a pas mal de revanchards, de mecs qui ont des choses à se prouver à eux-mêmes. Le recrutement a été fait plutôt intelligemment. Je suis fier d’avoir des joueurs comme Dan Malafosse qui m’ont fait confiance. Cela fait des années que je le regardais et que je me disais qu’un jour, je ferais tout pour l’avoir.

Le groupe montalbanais a en tout cas beaucoup évolué !

D.G. : On a une vingtaine de nouveaux joueurs avec les pros et les contrats espoirs. Avant que je n’arrive, le gros du recrutement avait déjà été attaqué. Et bien fait. Mais les joueurs qui étaient là l’an dernier, me positionner sur eux alors que je n’étais pas là et sans les avoir entrainés, je ne le ferais pas. Il y a eu un gros renouvellement de l’effectif et c’est pour cela que je voulais trois matchs de préparation. J’ai donné du temps de jeu à tout le monde parce que j’ai besoin de voir tout le monde. Sur le premier bloc de cinq matchs, les mecs vont tous avoir du temps de jeu pour prouver qu’ils méritent de porter le maillot et d’attaquer. On a un groupe en construction. Il y a 70% de nouveaux joueurs et un nouvel entraineur principal.

Du coup, que peut-on annoncer en termes d’objectifs ?

D.G. : Si on parle d’objectifs aujourd’hui, vu les changements, ce serait mentir aux gens. Ce serait leur faire espérer des choses. Le jour où l’on se permettra de dire : voilà l’objectif sportif du club. C’est que l’on aura des convictions et que l’on sait exactement où l’on va. Il me faudra du temps pour jauger la qualité entière de l’effectif, même si on a de moins en moins de temps. Je n’ai pas envie de parler trop vite et de me mordre la langue parce ce que je me suis emballé.

Vous avez quoi qu’il arrive bien débuté en vous imposant à Bourg-en-Bresse.

D.G. : Oui, cela met en confiance mais je suis revenu de Bourg avec pas mal d’incertitudes dans le bus, malgré la victoire. Bourg a fait un gros match. Ils sont descendus il y a deux ans, j’étais l’entraineur en face d’eux, et ils ne le méritaient pas. Ils ont mangé leur pain noir en Nationale. Ils n’ont pas perdu un match chez eux pendant deux ans. Ils remontent avec une équipe de bon niveau et des revanchards. Ils nous ont posé des problèmes. Le résultat est beau mais le contenu est clairement à revoir. Si Bourg gagne, c’est la même chose. Il ne faut pas se mentir. Ils ont fait ce qu’il faut pour nous faire déjouer et nous faire entrer dans un jeu qui n’était pas le nôtre. On a perdu du temps dans ce match, de l’énergie, et on n’a pas eu la tête sur les épaules sur l’ensemble du match. Malgré tout, on a gagné. Je relativise.

Enfin, le groupe s’est à nouveau enrichi avec l’arrivée officielle du demi de mêlée ou ailier fidjien Niko Matawalu, en provenance de Glasgow.

D.G. : On a perdu nos deux n°9 d’expérience sur le match de Castres, Anthony Méric et Nic Stirzaker, pour un moment… On était dans l’urgence au poste et Niko voulait un nouveau challenge, quitter les clubs saxons où il venait de passer une bonne partie de sa carrière. Cela faisait un petit moment que son nom était associé à des clubs français, notamment de TOP 14. On s’est dit que c’était le mec qu’il nous fallait. On l’a fait venir quelques jours à l’essai et il a « matché » avec le groupe. Il est plein de bonne volonté. Il a le côté créatif du Fidjien, mais cadré pour avoir joué dans des clubs saxons. Il peut jouer n°9 et il peut aussi nous faire du bien à l’aile. Il nous fallait quelqu’un qui nous apporte une plus-value et on l’espère de tout cœur.

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