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Vannes, plus vite que la musique

Vannes, plus vite que la musique
Par Rugbyrama

Le 02/04/2021 à 11:00Mis à jour Le 02/04/2021 à 11:25

PRO D2 - Le RC Vannes sait qu'il en est encore loin, mais il s'y prépare. La perspective d'une demi-finale d'accession au Top 14 à domicile l'oblige à anticiper une échéance qui arrive plus vite qu'espérée. Oui, accéder à l'élite est l'objectif avoué pour... 2023, même si le club n'est pas encore prêt.

Ca ne vous rappelle rien ? Un club pas vraiment structuré, avec des manques un peu partout. Certes une ambition affichée, mais "programmée" pour plus tard. Et puis, finalement, des planètes qui s'alignent, une équipe qui cartonne et qui déjoue les pronostics. Non ? Vannes, saison 2015-2016 et l'accession au Pro D2. Il y a cinq ans. Seulement.

Le club breton est sur le point de refaire le coup, mais à l'étage supérieur cette fois. Entre enthousiasme et inquiétude, ça bouillonne sous les crânes bretons. Y aller ou pas ? Jouer le coup à fond, ou pas ? Le cœur ou la raison, à qui se fier ?

A six journées des playoffs, plus de doute : "On y est, on est qualifiés", assume Jean-Noël Spitzer, le manager général. "L'objectif désormais, c'est de préserver cette demi-finale." Avec la perspective d'une montée en Top 14 à la clé ? "Ça arrive trop tôt. Nos infrastructures ne sont pas toutes en place. Maintenant, dans le sport, tu ne programmes pas. C'est la performance des joueurs qui reste déterminante."

Force est de constater que la marée bleue 2020-2021 fait le job. Alors si montée il devait y avoir, "on se mettra dans le dur pour tenir, comme on l'a déjà fait", promet Spitzer.

" Le point bloquant, c'est le stade de La Rabine "

"La route est encore longue. Mais dès septembre le staff m'a dit qu'il sentait ce groupe, comme celui qui nous a fait monter de Fédérale. J'en ai pas trop fait cas à l'époque", raconte Olivier Cloarec le président vannetais, désormais au pied de la montagne Top 14. "J'ai rappelé aux joueurs il y a quelques semaines que j'étais patient. J'ai toujours parlé de 2023. Ce n'est pas un hasard. Notre formation n'est pas prête, on va tout juste réceptionner notre terrain synthétique, les travaux du nouveau centre d'entraînement ne débutent que cet été. Et puis le point bloquant, c'est le stade de la Rabine !".

C'est justement sur l'exploitation de cet équipement municipal qu'est bâti le modèle économique vannetais. Mais avec une billetterie et des hospitalités limitées à 9 000 places, la marge de manœuvre ne suffit pas pour changer de division. "Des études et des discussions avec le ville sont en cours pour aller chercher 15 000 places. Mais nous n'avons que 23 000 m2 de superficie, quand La Rochelle a pu développer 16 000 places sur 30 000 m2 ! C'est donc compliqué", explique-t-il.

" Si tu es raisonnable, tu arrêtes ta saison à Perpignan et tu pars faire la bringue une semaine en Espagne..."

Les joueurs eux avancent, sans attendre. "L'ambition est bien d'aller le plus loin possible. Là, on se retrouve dans la position de rêver une fin de saison très intéressante. C'est excitant", reconnaît Gerard Fraser, en charge des arrières. "Il faut challenger les mecs, le staff, les joueurs. C'est très difficile pour une équipe de Pro D2 de travailler pour le Top 14. Le saut de niveau, c'est un écart important. Il faut déjà veiller à combler cet écart, pour, si jamais nous y arrivons, avoir le temps de mettre à jour notre jeu et les détails qui permettront d'exister en Top 14."

Sans y être encore, Vannes s'y voit pourtant déjà complètement, conscient qu'il lui faudra bien sûr se renforcer à tous les étages. "Je leur ai dit que le jour où ils actent une demi-finale à domicile, on reparle du Top14. Là, avec la saison extraordinaire en cours, on est bien obligé de commencer à réfléchir", concède Olivier Cloarec.

Même ligne de conduite dans l'encadrement, où la raison cède vite face aux élans du cœur. "Faut pas y aller, parce qu'on a vu Perpignan il y a deux ans, Agen cette année et Mont-de-Marsan précédemment : le Top 14, c'est une marche terrible, où tu peux craquer complètement au fil d'une saison", explique Spitzer le rationnel et l'historique du club. Il en connait tous les manques. "Si tu es raisonnable, tu arrêtes ta saison à Perpignan et tu pars faire la bringue une semaine en Espagne. Si t'es pas raisonnable, t'écoute ton cœur et tu te lances à fond dans la compèt'. Sur ce coup-là, on écoute notre cœur."

" Nous avons beaucoup de choses à améliorer, mais nous en sommes capables"

Avec des "si", Vannes s'y verrait donc bien dans cette élite de l'ovalie hexagonal, avec un budget autour des 15 millions d'euros. CQFD : "il nous faut plus de monde dans le stade - abonnés et billetterie sont une part importante du budget - et surtout des partenaires avec des hospitalités commercialisées. Ces partenaires, on est capables d'aller les chercher, mais faut pouvoir les recevoir correctement dans un stade agrandi." Voilà l'autre gros chantier, le caillou dans la chaussure vannetaise.

La situation sportive serait presque plus simple, au moins sur le papier : "il nous faudra une conquête capable de gagner le ballon régulièrement, être performants en mêlée et touche pour avoir des lancements de jeu dès la première possession. Et puis des arrières plus rapides, plus puissants, et une exécution sous pression supérieure", décortique Ged Fraser. "Nous avons beaucoup de choses à améliorer, mais nous en sommes capables. Les joueurs donneront le meilleur pour être au niveau.Tout le monde veut jouer en Top 14. S'ils ont la possibilité de le faire, ils vont s'y préparer."

Il le faudra bien car l'accession n'est pas le véritable objectif du club breton. Pas amateur des ascenseurs, le Vannetais ne veut pas en tous points ressembler à Perpignan ou Agen. Monter oui, mais pour s'installer durablement. Il lui faudra donc aller vite et avancer tous les pions en même temps. Le moment venu.

Par Laurent Vilboux

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