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Dumange : "Il faudra des résultats pour faire revenir du monde dans les stades"

Dumange : "Il faudra des résultats pour faire revenir du monde dans les stades"

Le 26/08/2021 à 11:35Mis à jour

PRO D2 - Le président l’USO Nevers, Régis Dumange, s’est confié à Rugbyrama à l’aube de cette nouvelle saison, la cinquième de rang en PRO D2 pour la formation nivernaise. Il évoque la position de son club dans la division, les objectifs à court et à moyen terme, pour comprendre comment l’USON se positionne désormais dans ce championnat.

Alors que la saison débute ce vendredi pour Nevers face à Vannes, comment sentez-vous votre équipe ?

Régis Dumange : C’est difficile à dire… Si c’est une comparaison par rapport à la saison précédente, je dirais que l’on est plutôt mieux. On a retrouvé une envie que l’on avait peut-être perdue et une confiance que l’on n’avait peut-être pas en début de saison dernière, parce que l’on ne savait pas du tout où on allait mettre les pieds. Et puis je pense que l’on a retrouvé un allant que l’on avait perdu. La saison dernière a été très compliquée, avec beaucoup de blessures, et l’on retrouve une équipe plus sereine et peut-être plus conquérante. Je sens que l’équipe est mieux aujourd’hui, et surtout un état d’esprit différent.

Cela veut dire que la non-qualification de la saison écoulée a été digérée ?

R.D : Oui, peut-être pour les joueurs… Mais, moi, la qualification je n’en faisais pas un point d’honneur. Je pense que c’était plutôt une saison charnière, sur laquelle il fallait apporter des modifications par rapport à nos quatre années en PRO D2. Il fallait préparer l’avenir. Je pense qu’au bout d’un moment, tout club a besoin de passer un palier et l’idéal était de le passer pour ne pas avoir une saison compliquée.

Vous sentiez qu’il y avait un besoin de changer des choses, que ce soit dans l’organisation ou bien dans les méthodes de travail ?

R.D. : On a changé pas mal de joueurs qui n’étaient peut-être pas dans l’état d’esprit que le club attendait. Et on s’est plutôt focalisé sur notre formation. L’année dernière, on a profité de ce nombre incroyable de blessés pour utiliser des jeunes du centre de formation. Et l’on s’est aperçu que ce n’était pas la peine d’aller chercher ailleurs. Dire que l’herbe est plus verte ailleurs, ce n’est pas vrai. On avait des joueurs qui attendaient de pouvoir montrer leurs qualités, et ça a été plutôt très positif. On a fait signer de premiers contrats professionnels. Le recrutement a été beaucoup plus ciblé sur des points faibles que l’on a eu sur la partie dorsale, sur l’axe 2-9-10-15. On avait des faiblesses et on a bien travaillé dessus. On a cherché des joueurs avec plus d’expérience et c’est peut-être ça qui nous a manqué.

"Si on se qualifie, c’est bien. Si on ne se qualifie pas, il n’y a pas mort d’hommes."

L’USON est maintenant installée dans cette PRO D2 et l’on place souvent l’équipe comme un outsider possible. Alors, en tant que président, comment vous vous positionnez et qu’espérez-vous de cette saison ?

R.D. : J’en saurai plus à Noël, franchement. Tout le monde a des ambitions énormes. Le souci, c’est que le niveau monte fortement en PRO D2. On s’aperçoit que l’on est bien plus que l’antichambre du TOP 14, avec pas mal de joueurs qui ont du talent, comme Melvyn Jaminet qui est maintenant en équipe de France et qui jouait en PRO D2. Cela va être une grande bataille, à couteaux tirés pendant toute la saison. Si on se qualifie, c’est bien. Si on ne se qualifie pas, il n’y a pas mort d’hommes. Dire aujourd’hui que l’on va être dans les six, c’est rabaisser mes collègues présidents. On peut être dix ou douze clubs qui peuvent prétendre à la qualification. Alors soyons travailleurs, et le travail paiera. 30 matchs, c’est très long. On a eu des saisons où l’on était premier à Noël et puis on s’est retrouvé juste pour la qualification. Tout peut changer dans une saison.

Alors, qu’est-ce qui peut être établi comme une priorité à l’heure actuelle ?

R.D. : Je n’ai qu’un souci aujourd’hui, ce n’est pas le résultat à proprement, mais il faut du résultat pour retrouver du monde dans les stades. Il va falloir que l’on fasse de la communication et du marketing de folie pour redonner de la confiance aux spectateurs et les faire revenir. On part de loin, comme si on avait trois ans de retard. On le voit bien sur les abonnements, c’est très très frileux. Cela va être difficile.

C’est une problématique intéressante dans le sens où l’USON avait réussi un travail de longue haleine pour se constituer une véritable base.

R.D. : Vous rendez compte que l’on tournait à plus de 7 000 spectateurs et j’ai peur que l’on reparte sur 5 000 spectateurs, comme lors de la première année en PRO D2. On ne part pas à zéro, on a cette expérience des quatre années et tout dépend de la qualité du championnat que l’on va démarrer. Et nos trois matchs amicaux montrent que Nevers est là. Je suis persuadé que si la saison dernière, on avait eu nos matchs avec une jauge normale au stade, nous n’aurions pas perdu ces quatre matchs à domicile. Ce n’est pas possible. On les perd de rien… S’il y avait eu ce public neversois qui pousse à la folie, ces matchs c’est sûr qu’on les gagne.

Sur le plan économique, comment se porte le club ? Il n’y a pas d’inquiétude du fait de la crise du Covid qui a impacté toute l’économie ?

R.D. : Non, il n’y a pas d’inquiétude. Je sais que cela peut revenir. Mais si l’on regarde les informations qui circulent, on n’apporte pas la sérénité nécessaire pour les prochains mois. Et je pense que les personnes qui ont un peu de doute par rapport au Covid veulent attendre avant de prendre des risques. J’en suis conscient. Je trouve qu’ils ont raison. On sait que cela va être compliqué mais à nous de montrer, par des règles, des obligations de porter le masque, de faire attention, de se laver les mains et de respecter les protocoles. On a toujours été un club hyper respectueux des règles. On a un public extraordinaire et je me suis aperçu qu’au dernier match amical, les spectateurs gardaient le masque dans les tribunes. Pour preuve, cette région de la Nièvre a un taux de Covid très très faible, l’un des plus faibles de France. On est dans un système-campagne, très protectionniste, et les gens sont beaucoup plus sensibles. Et il faut que l’on montre aux gens qu’ils peuvent venir au stade, que l’on va prendre soin d’eux et que l’on ne fera pas n’importe quoi.

"À Nevers, il n’y a plus autant d’étrangers. On va continuer cette politique de formation."

En tant que président et entrepreneur, cette crise ne change-t-elle pas votre approche vers le club et le rugby, notamment en termes de moyens ?

R.D. : Ce qui a complètement changé sur l’USON, et vous allez vous en rendre compte, c’est qu’à Nevers – et c’est marrant – il n’y a plus autant d’étrangers. C’est une équipe très jeune l’on va continuer dans cette politique de formation. On n’a pas de joueurs du TOP 14 qui arrivent à Nevers. On n’a pas de joueurs qui ont été internationaux, c’est vrai. Mais on a quand même mis cinq joueurs en TOP 14 ce qui prouve que notre qualité de formation est exceptionnelle. J’ai toujours voulu faire de ce club de Nevers un club formateur. Pour faire rire les gens, je dis souvent que Nevers est une sous-Préfecture du rugby, pas une Préfecture. On va se comporter ainsi et l’on va travailler sur la formation, retenir les jeunes de la région et développer le rugby régional. Tant que l’on n’aura que deux clubs dans le département au haut-niveau, Nevers et Saint-Léger-les-Vignes en Fédérale 3, comment voulez-vous avoir les prétentions de jouer le TOP 14 ou le haut de PRO D2 ? Soyons modestes et travailleurs, et peut-être que dans quatre ou cinq ans, une opportunité se présentera. J’ai un travail colossal à faire à 100kms autour de Nevers pour le développement du rugby, et j’y tiens. Cela donne un sens à mon entrepreneuriat rugbystique.

Quand vous parlez de formation à l’USON, on peut citer le bel exemple du troisième ligne Luka Plataret, qui s’est révélé la saison dernière.

R.D. : Mais vous avez aussi Alivereti Loaloa, vous avez Mattéo Faucher qui est en train d’arriver. Quand Josaia Raisuqe arrive chez nous, il arrive d’un centre de formation et maintenant il est à Castres. Nemo Roelofse sort d’Albi et il va au Stade français. Janick Tarrit a déjà signé pour aller l’année prochaine au Racing 92. Zack Henry s’est fait connaitre à Nevers. On a cette qualité de formation qui fait que les jeunes viennent chez nous, et cette année on a une équipe Espoirs très jeune et exceptionnelle. Les jeunes viennent car ils savent qu’il y a la chance de pouvoir jouer en équipe première. Il y a deux ans je n’avais pas de Crabos ! Maintenant j’ai une équipe Alamercery, une équipe Crabos, une Académie qui est certes privé et pas fédérale mais c’est celle-là qui va alimenter mon Centre de formation. Dans l’équipe première, on sera capable d’avoir une moyenne d’âge de l’ordre de 23 ou 24 ans.

Pro D2 - Régis Dumange (Président de Nevers)

Pro D2 - Régis Dumange (Président de Nevers)Icon Sport

Cela veut dire qu’il faut encore être patient avec l’USON, malgré de bons résultats depuis la montée en PRO D2 en 2017 ?

R.D. : Il faut de la pugnacité, il faut être mordant et accrochant. Avoir la mentalité rugby ! Il faut se nourrir de ses erreurs et travailler pour le futur. Des erreurs, on en fait tous, j’en ai fait, mais si vous les reproduisez, c’est que vous êtes un con. Les erreurs, ce sont des expériences. Et pour cette cinquième année en PRO D2, on a cette expérience. Il faut être plus juste et reconnaitre que lorsque vous avez quelqu’un comme Xavier Péméja à vos côtés, qui a cette expérience du haut-niveau, cela aide considérablement. Il attaque sa sixième année et il est encore là pour un bon bout de temps. Je pense qu’il va faire sa retraite chez moi… C’est une équipe fantastique. Il n’y a pas beaucoup de rotations car il y a un côté affectif avec le staff et les joueurs. On grandit avec l’assurance et la confiance. Parfois il y a des passages à vide, une séparation dans un couple, une reconversion qui se passe mal, et il faut accepter que les joueurs ne soient pas toujours à 100%. Peut-être que c’est la sagesse de mon âge (il sourit). Je ne rayonne pas par le rugby.

Et pour revenir justement au terrain, cela va débuter fort pour Nevers !

R.D. : J’ai un début de championnat assez compliqué. Vannes n’est pas un petit client. Et je l’ai dit à mon ami François (Cardron, ancien président du RCV) qu’il ne fallait pas qu’il prenne l’habitude de venir à Nevers pour gagner. On va aller après à Aix et j’ai dit à Denis (Philipon, président de Provence Rugby) qu’il était temps de lui montrer que l’on existe. Après on va recevoir Thierry Emin et Oyonnax, qui a gagné chez nous et chez qui on n’a jamais gagné. Il est donc temps qu’on le fasse. On a un championnat hyper compliqué mais où une amitié exceptionnelle s’est créée. Quand un joueur vient, le téléphone sonne pour demander comment il travaille, combien il est payé (rires). On sait tout et il y a une union très forte entre présidents. Ma souffrance est donc de voir des clubs comme Valence-Romans et Soyaux-Angoulême descendre… On les voit pleurer et on se demande pourquoi on ne les garde pas. Mais si on le fait, on aura un championnat à 50 clubs et ce n’est pas possible. On peut peut-être revoir par la suite le système de montée-descente mais c’est une réflexion que le Comité Directeur doit mettre en place.

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