• Pro D2 - Pierre Caillet (Béziers)
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Caillet : "Il y a beaucoup de passion ici donc on est jamais assez bien pour Béziers"

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PRO D2 - Après un début de saison compliqué, Béziers s’est offert une victoire rassurante face à Rouen (42-17), lui permettant de sortir de la zone rouge. Et à l’aube d’un déplacement qui s’annonce périlleux sur la pelouse de Nevers, Pierre Caillet, manager de l’ASBH revient sur cette période difficile et répond aux questions concernant sa place à la tête de l’équipe biterroise.

Après une période compliquée avec plusieurs défaites de rang, vous relevez enfin la tête après cette victoire bonifiée face à Rouen ?

Quand tu gagnes ça va un peu mieux bien sûr, mais on sait que ça peut aller très vite dans ce championnat. Donc on savoure rapidement. Je n’ai jamais eu la sensation que mes joueurs rentraient aux vestiaires la tête baissée même si forcément après le match d’Aix-en-Provence ça a été difficile parce que nous aurions pu y mettre plus de cœur. On y est allé pour jouer et pas vraiment pour gagner. C’est le seul moment où j’ai senti que l’équipe avait peut-être manqué de cœur, d’humain et de tripes pour un match.

Finalement la pression a commencé à monter à partir du match contre Soyaux-Angoulême ?

La défaite à Angoulême arrive à la fin d’un premier bloc plutôt positif pour nous. On ne passe pas très loin d’être carrément encré dans le top 6. On sait que ces défaites en fin de match et les points de bonus manqués nous font un peu de mal comptablement. À partir de ce match je n’ai pas senti une pression qui venait de l’intérieur mais plutôt de l’extérieur. Ce n’était pas normal de perdre contre Soyaux alors que c’était une équipe qui venait de monter en Pro D2. Mais nous, on sait bien que cette équipe a largement de quoi rivaliser. Voilà ça a commencé à partir du match à Soyaux.

Et ensuite ?

On enchaîne avec une défaite contre Colomiers mais on va gagner à Massy et ça nous fait vraiment du bien. Après, il y a toujours ce contexte ici à Béziers qui fait que gagner à Massy c’est presque normal car ce sont les derniers. En ensuite il y a Oyonnax qui domine le championnat puis un déplacement à Aurillac qui se termine mal dans le money-time comme souvent pour nous. Sur le match d’Aix en Provence j’ai vraiment un coup de sang parce que je pense qu’on aurait pu donner plus et se mettre un peu plus en sécurité.

Beaucoup d’informations circulent sur le fait que vous pourriez perdre votre place à Béziers, êtes-vous réellement en danger ?

Quand il n’y a pas de résultats forcement tes dirigeants te demandent de faire mieux. Il y a eu aussi cette histoire de nombre de points qui n’était pas du tout vraie. On ne m’a jamais mis de pression comptablement pour avoir une victoire à cinq points. Après c’est vrai que les dirigeants m’ont donné un ultimatum en me disant qu’il y avait deux matchs importants et qu’il faudrait avoir une réaction d’orgueil à Vannes et absolument gagner ce match de Rouen. Je n’ai pas mis de pression supplémentaire à mon équipe en disant "les gars il faut gagner pour que je me sauve", pas du tout. Je connais les qualités et les défauts de mon groupe. À Vannes je n’avais aucune crainte. Dans ce groupe il a une force qu’on a toujours eue, aujourd’hui le message passe très bien. On est toujours solidaire, il n’y a pas de problème entre les joueurs et le staff comme certains s’amusent à le dire et peut-être même l’espère.

Pro D2 - Pierre Caillet (Béziers)
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Comment vivez-vous cette période ?

J’ai été joueur. J’ai senti ces formes de pression parce que je suis passé par des clubs où c’était aussi le cas mais je n’ai jamais ressenti autant de pression extérieure et de pression ciblée. Quand tu es la tête d’affiche d’un truc c’est facile d’être ciblé. Parfois je le vis bien parce que c’est mon métier et ça ne fait pas peur d’être limogé. Si je commence à avoir peur ou vouloir changer mon fusil d’épaule pour garder ma place… Je ne suis pas comme ça. Je sais aussi que ce qui se dit n’est pas juste mais parfois tu as juste envie qu’on te laisse tranquille surtout quand il y a des choses qui touchent un contexte en dehors du rugby. Il y a beaucoup de passion ici donc on est jamais assez bien pour Béziers.

Beaucoup de noms d’entraîneurs qui pourraient vous remplacer circulent. Qu’en pensez-vous ?

C’est toujours particulier parce que forcément quand une équipe ne gagne pas on se pose la question de l’entraîneur. Mais ici c’est encore plus particulier. Quand je vois les noms qui circulent… Je me dis que certains rêvent. Patrice Collazo est venu c’est vrai mais c’est parce que c’est un ami c’est tout.

La victoire contre Rouen est-elle rassurante pour vous comme pour le groupe ?

Oui forcément. Cette dynamique négative n’est jamais facile a casser. On peut tirer une force énorme de cette période. Rouen est une équipe qui fait un bon début de saison même si certain diront que ça reste que Rouen avec ce message "on gagne parce que les autres sont nuls". Ce week-end je n’ai pas du tout ressenti ça. On a corrigé nos erreurs dans certains secteurs. On a été plus précis. On a l’équipe j’en suis persuadé mais on n’a pas les moyens.

C’est-à-dire ?

On nous demande toujours plus avec toujours moins de moyens. L’objectif du club et des joueurs il est clair, on n’a pas envie d’être 8e ou 10e, non, on veut y aller dans ce top 6 mais on sait qu’il va falloir encore beaucoup travailler. Aujourd’hui assurer qu’on veut être dans le top 6 ce n’est pas cohérent. Quand je dis qu’il n’y a pas assez de moyens c’est dans le fonctionnement. Nos dirigeants font des efforts, ils essayent de faire au mieux. Après l’épisode Émiratis (qui devait reprendre l’ASBH il y a 2 ans N.D.R.L) le club a été vraiment en reconstruction. Cet épisode est une situation que personne n’a jamais connue à Béziers et je pense que pas mal de monde l’oublie. On fait avec nos moyens, il faut être patient. Beaucoup de gens pensent que c’est facile le rugby. Aujourd’hui ce n’est pas un entraîneur qui pourrait tout changer, c’est le magicien d’Oz !

Pour terminer, parlons de ce déplacement à Nevers (actuellement relégable) qui n’aura rien d’évident…

On est une équipe qui ne perd pas de beaucoup de points mais on se fait souvent avoir dans les derniers instants donc c’est vraiment quelque chose que nous avons travaillé. Il nous faut plus de maîtrise. On sait bien qu’à Nevers ça sera difficile. Ils sont dans la même situation que nous la semaine dernière. Nous, on veut continuer à être cette équipe qui ne lâche jamais. Ça va être un match très solide.