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Lonca : "C’était très émouvant avant et après le match"

Lonca : "C’était très émouvant avant et après le match"

Le 01/04/2021 à 10:10Mis à jour Le 01/04/2021 à 10:12

PRO D2 - Absent des terrains depuis octobre 2018, Romain Lonca a fait son grand retour à la compétition jeudi dernier, à Béziers. Alors que certains le disaient mort pour le rugby, l’ancien joueur de l’UBB s’est battu et a finalement pu rechausser les crampons. Cette semaine, il a accepté de nous raconter son retour sur les terrains et ses derniers mois de galère.

Tout d'abord, comment allez-vous ?

Franchement, ça va. Après une longue période d’inactivité, j’ai fait mon retour la semaine dernière et c’était assez intense comme sentiment. J’étais un peu partagé entre tous les doutes, les épreuves endurées pendant les deux ans et demi de blessure. Beaucoup de sentiments étaient mélangés, mais il n’y avait que du positif, que du bonheur.

On ne vous avait plus vu sur un terrain depuis le 6 octobre 2018. Pouvez-vous nous rappeler ce qui s’est passé ?

Je me suis luxé l’épaule et quand elle s’est déboîtée, ça a étiré le nerf axillaire et ça l’a rompu. Du coup, j’avais le deltoïde qui était complètement amorphe et on voyait le relief osseux de l'humérus. Je me suis fait opérer trois mois après pour faire une greffe nerveuse. On m’a prélevé un nerf de la jambe pour me le greffer à l’épaule. C’est ce qui a pris du temps, car il fallait que la greffe prenne et que l’électricité repasse. Pendant deux ans et demi, j’ai donc travaillé sur ce muscle, afin qu’il récupère au maximum. Je ne pourrai pas le récupérer à 100%, mais la question était de savoir si ça serait assez pour être performant au rugby. Progressivement, sur les entraînements, on a augmenté les charges et les dosages et j’ai réussi à passer toutes les étapes. La dernière, c’était ce retour à la compétition.

Comment avez-vous vécu cette longue traversée du désert ?

J’étais très bien entouré par ma copine, ma famille, mes potes. Ils ont toujours été là, ne m’ont pas lâché. Après, je ne me fixais pas d’objectifs trop lointains. J’essayais de faire étape par étape. Je savais où je voulais arriver. Je m’étais noté les paliers à franchir : récupérer nerveusement, stabiliser l’épaule, faire la réathlétisation, reprendre le contact… Sur la première année, j’étais très dépendant de la greffe. Il n’y avait pas grand-chose à faire ou du moins pas de rééducation propre, car les récupérations nerveuses prennent beaucoup de temps. On a bossé en électrostimulation, mais c’était de l’accompagnement. Il y avait un facteur “chance” et les doutes que j’avais étaient aussi liés au côté très aléatoire de la récupération de la blessure.

Avez-vous pensé à arrêter le rugby ?

Forcément, la question s’est posée. J’ai vu beaucoup de chirurgiens et certains me l’ont plus ou moins dit clairement. Après, c’est moi qui aurais pris cette décision. Personne n’allait me dire : “il faut que tu arrêtes”. Les chirurgiens m’ont dit que j’avais plutôt bien récupéré par rapport à ce qu’ils voyaient en général sur les greffes nerveuses. Le fait d’être jeune était un facteur de récupération positif. Cette blessure survient souvent dans les accidents de la route, c’est quelque chose d’assez brutal mais assez rare dans le rugby, et tant mieux.

L’ancien bordelais Darly Domvo était un peu dans le même cas que vous. A-t-il été un exemple à suivre pour vous ?

Oui, je le lui ai dit en privé. Il sait ce que j’ai vécu, je sais ce qu’il a vécu. D’une façon, il m’a montré le chemin à suivre. Darly, c’est quelqu’un qui travaille très dur, qui est très assidu et sérieux. Il a été un exemple à suivre et pas que pour moi ! C’est une force de caractère que de revenir comme il l’a fait.

Le fait d’être de retour au Pays Basque vous a-t-il aidé dans votre convalescence ?

Oui, ça c'est sûr. Je me suis blessé au moment où je quittais Bordeaux, mon premier club professionnel, où j’ai passé plus de six ans. C’était difficile de partir de cette façon. Je suis arrivé à Biarritz et je pouvais pas rêver d’un meilleur accueil de la part du staff, des dirigeants ou des joueurs. J’étais dans les meilleures conditions pour espérer récupérer au maximum et du mieux possible. Je ne remercierai jamais assez le BO pour l’accueil qu’ils m’ont fait et le temps qu’ils m’ont donné. Ils m’ont laissé cette chance de pouvoir rechausser les crampons.

Ça a été une déchirure de quitter l’UBB comme ça ?

Oui, forcément. Mais dès Noël 2018, je savais que j’allais partir. J’avais donc six mois pour m’y préparer et ça s’est fait assez naturellement. Je connaissais des mecs à Biarritz, je savais comment le club fonctionnait, je n’étais pas complètement dépaysé. Mon départ s’est fait sereinement, ça aurait pu être bien plus compliqué. Tout le monde a rendu la tâche facile.

Tout ça remonte un peu, mais pouvez-vous nous raconter comment s’est faite votre arrivée au BO ?

Matthew Clarkin et Jean-Baptiste Aldigé m’avaient contacté assez tôt dans la saison. Nous avions repris contact avant Noël. Ils m’avaient présenté le projet sur le long terme, la structure et les ambitions du club. Ça m'avait séduit et j’avais donné mon accord pour cette belle aventure en prenant le pari que j’allais pouvoir rejouer et que je ferai les efforts. Pour l’instant, ça a été payant, et en ça aussi je les remercie.

En signant au BO, vous faisiez aussi votre retour dans un club que vous connaissiez bien…

C’est sûr qu’il y avait donc un double sentiment de fierté. J’ai connu le BO en Cadets et Crabos. Biarritz, c’est aussi le club où jouait mon père. J’allais voir les matchs quand j’étais gamin, c’était la sortie du week-end. Être maintenant de l’autre côté de la balustrade, c’est jouissif.

Biarritz compte dans ses rangs de nombreux anciens bordelais dans son effectif. Cela vous a-t-il aidé pour votre intégration ?

Oui. Après, je connaissais aussi les autres joueurs par des amis intermédiaires, car le monde du rugby est assez petit. Je suis très heureux d’être dans ce groupe, on se régale tous les jours.

Comment s’intègre-t-on dans un groupe sans jouer ?

On essaye d’y mettre du sien, de prendre son mal en patience, de faire les efforts d’aller vers les autres. J’étais assistant terrain sur les matchs à domicile, je faisais porteur d’eau. D’un côté, je vivais donc les matchs de l’intérieur. C’était quelque chose de très naturel pour moi, car j’ai rencontré un groupe très amical et familial.

Y-a-t’il des personnes qui ont compté dans votre retour ?

Bien sûr. Le professeur Fabre qui m’a fait la greffe et sans qui je n’aurais jamais pu rejouer. Tout le staff médical et les préparateurs : Léo Charbonnier, Thibault Martin, François Ruiz, Gareth, Guillaume, j’ai peur d’en oublier. J’étais aussi très proche des joueurs. Forcément, ça m’a aidé. Ils prenaient des nouvelles, m'encourageaient. Tout ça était très galvanisant.

Petit à petit, vous avez ensuite fait votre retour sur le terrain…

Oui, ça a été progressif. Je me suis fait opérer de nouveau juste après le confinement il y a neuf mois pour la stabilisation de l’épaule. Je me suis ensuite entraîné progressivement avec le groupe. On a franchi les étapes de contact avec Benoît Baby, qui m’a beaucoup aidé sur la fin, au niveau de la notion d’engagement. L’accumulation de toutes les compétences de chacun m’a aidé à franchir les paliers. Par moments, c’était pour moi un sommet insurmontable, et au final, étape par étape, il s’avérait franchissable.

On vous a vu 24e homme lors de la réception d’Oyonnax. C’était une première victoire ?

Oui, c’était un bon moment pour moi, une étape de plus. Elle venait valider tout le travail. C’était aussi une marque de confiance du club. Quand on est blessé, le moment où on retrouve la compétition et on sort de cette phase de blessure, c’est là où les choses commencent. On a tendance, parfois, à se dire qu’on est arrivé, qu’on a réussi. Mais au contraire, tout recommence à zéro, là. Il faut être appliqué à ne pas baisser la garde.

Jeudi dernier, vous avez retrouvé la compétition à Béziers. Comment avez-vous abordé ce rendez-vous ?

Je l’ai vécu comme une pseudo-libération. C’était un mélange de beaucoup de sentiments, tous positifs. Il n’y avait pas d'appréhension, ni de peur, ni de crainte. Je voulais juste prendre du plaisir. C’était très émouvant avant et après le match. J’ai profité de chaque seconde et je pense que ça s’est vu. C’était vraiment un bon moment. Rien que pour ces deux heures passées avant et après le match, ça vaut tous les sacrifices que j’ai pu faire pendant les deux ans et demi de récupération.

À quoi avez-vous pensé au moment de rentrer sur le terrain ?

Ça s’est fait assez soudainement, donc ce n’est pas plus mal aussi. Rémi Brosset a fait un protocole commotion et je suis rentré. Je me suis dit, “on fonce, c’est une des dernières étapes. Pour l’instant, tu as franchi toutes les autres, il n’y a pas de raison que celle-ci soit impossible.” Je ne me suis pas posé 36 000 questions. J’ai voulu profiter et savourer chaque moment. Même si notre deuxième mi-temps a été compliquée, j’étais dans ma petite bulle de reprise. Le sentiment était un peu partagé, mais la joie personnelle prédominait.

Désormais, que voulez-vous amener au BO ?

Une sorte de rigueur aux entraînements ou sur la préparation des matchs. C’est une chose sur laquelle j’essaye d’être exemplaire. Sur le terrain, en fonction des systèmes de jeu et des formats qu’on met en place, je veux déplacer le ballon. J’ai connu beaucoup de façons de faire à Bordeaux, et ça pourra m’aider sur des situations particulières. Après, dire aujourd’hui que je vais apporter ça, ça et ça, est un peu prématuré. Je vais essayer de faire de mon mieux et être le plus exemplaire possible. Derrière, les choses viendront d'elles-mêmes.

À quel poste va-t-on vous voir ?

Pour l’instant à l’arrière, avec cette notion de deuxième dix, où l’arrière à un rôle assez important dans notre système. Je veux reprendre confiance en mon jeu. Deux ans et demi sans jouer, c’est beaucoup d’automatismes qu’on perd. Il me reste plein d’étapes à passer et le fait de jouer n’est pas une finalité en soi. C’est le début d’un nouveau chemin, après le tunnel assez sombre de la rééducation. D’ailleurs, cette rééducation, je ne l’ai pas vécue comme un tunnel tout noir. J’ai cherché, j’ai gratté et j’ai trouvé du plaisir en elle. Il y a eu, bien sûr, des moments durs, mais je ne l’ai pas vécue comme une contrainte tout le long et c’est ce qui m’a permis de tenir bon. Avec ma formation d'ostéo, j’ai quelques connaissances sur le corps humain, donc j'accorde de l’importance au bien-être et à la récupération.

Désormais, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Personnellement, de prendre du plaisir sur le terrain et de retrouver le goût de la gagne, même si je ne pense pas l’avoir trop perdu. Collectivement, j’espère une fin de saison avec une qualification et aller chercher le plus haut possible.

Pour finir, demain, on suppose que le BO va chercher à se racheter après deux contre-performances ?

C’est sûr que nous sortons de deux contre-performances. On a un groupe de qualité. Ce n’est pas tout de se le dire. Il faut qu’on le montre aussi sur le terrain. Je pense qu’on a les ressources pour relever la tête. Sur les années passées à Bordeaux, je dois avouer que le groupe qu’on a à Biarritz n’a rien à envier à celui de Top 14 à l’UBB. Il y a des top joueurs qui tirent tout le monde vers le haut. Ce week-end, c’est sûr que ce rendez-vous sera important, mais on l’aborde bien. On a fait une bonne semaine d’entraînement. Nous sommes prêts et nous avons hâte.

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