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Cabannes : "C’est une page qui se tourne"

Cabannes : "C’est une page qui se tourne"

Le 08/05/2019 à 13:53

PRO D2 - Alors que le Stade montois aborde les phases finales après une saison délicate, Romain Cabannes a pris la décision d’arrêter sa carrière. Après avoir joué en professionnel avec ses deux frères et été champion aux côtés de son meilleur ami Rémi Talès, il rêve d’une aventure qui se termine en apothéose.

Rugbyrama : Pourquoi avoir pris cette décision d’arrêter votre carrière ?

Romain Cabannes : Je n’ai pas eu trop à choisir pour la bonne et simple raison que c’est mon genou qui m’empêche de continuer la pratique du rugby à haut niveau. J’arrivais à un âge où c’est difficile de faire un choix. Tu vois que tu commences à être le plus vieux de l’équipe, que tous les copains de ta génération arrêtent petit à petit donc tu te dis que ça va être à toi. J’avais fait le choix de descendre en Pro D2 car, malgré tout, c’est un tout petit peu moins exigeant, notamment avec le calendrier. Ça me permettait de prolonger le plaisir. Malheureusement cette année, je me sentais super bien et je me suis fait mal en match amical. D’une blessure qui paraissait anodine, le chirurgien m’a dit que j’avais un genou dans un sale état et qu’il fallait une opération. Ça a été très très long. Et je ne suis plus en capacité de jouer au rugby au niveau espéré.

Romain Cabannes (Mont-de-Marsan)

Romain Cabannes (Mont-de-Marsan)Icon Sport

Quelle est la nature de cette blessure ?

R.C. : C’était lors du deuxième match amical contre Brive, en août. J’ai entendu claquer dans le genou mais j’ai pu sortir en marchant. Je sentais que ce n’était pas un ligament donc je n’étais pas trop inquiet. J’ai passé des examens au club où ils avaient la même impression. Lorsque j’ai voulu reprendre, j’avais toujours mal. On est allé voir un chirurgien qui a vu qu’un petit bout de cartilage avait sauté. Ce genou avait été opéré en 2004 et lui trouvait qu’il était abimé, qu’il fallait opérer pour améliorer la qualité du cartilage. Sauf qu’il m’avait donné un délai des plus optimistes et il s’avère que je commence seulement aujourd’hui à avoir les bienfaits de l’opération. C’était beaucoup plus long que prévu. J’ai un genou qui n’est pas capable de faire du sport de haut niveau et je commence à entrevoir l’espoir de faire du sport loisir. J’ai 35 ans à la fin de l’année donc il faut que tu t’entretiennes un peu plus que ceux de 20 ans pour être au niveau. Si en plus tu perds du temps avec une blessure, ça fait beaucoup de paramètres que tu ne peux pas compenser avec l’expérience.

Mais vous aviez prévu d’arrêter à la fin de cette saison ?

R.C. : À l’origine j’étais en fin de contrat et je n’avais pas prévu de prolonger. J’ai commencé à me poser la question quand j’ai su que David Darricarrère prenait les trois-quarts l’an prochain. Je l’ai eu à Castres et il me connait bien. Il m’avait dit que si je me sentais bien, je pouvais encadrer les jeunes. Il y avait un peu d’espoir mais au fur et à mesure, il a fallu être honnête. Je ne me sentais pas car il fallait un minimum de performance.

" Je ne regrette rien ! "

Quel est du coup votre état d’esprit actuel ?

R.C. : C’est du soulagement. J’ai eu la lucidité de me dire que, par fierté, je ne vais pas essayer de rejouer au rugby pour rester sur un échec et prendre des risques. 34 ans, à l’échelle d’une vie, ce n’est pas très vieux… Je ne voulais pas faire le baroud d’honneur de trop et avoir des regrets toute ma vie. Je pensais avoir choisi ma sortie en revenant à Mont-de-Marsan, dans mon club, mais je suis chez moi, auprès de ma famille et de mes proches. Je ne regrette pas mon choix.

Avez-vous des regrets ?

R.C. : J’étais revenu à Mont-de-Marsan pour profiter de mes dernières années de rugby. Cette année, mon meilleur ami Rémi Talès revenait au club et on s’était un peu monté le chou en disant que l’on allait s’éclater et prendre du plaisir dans une équipe qui joue. Lui aussi a eu une saison difficile avec les commotions et moi j’arrête à cause de mon genou. On n’a pas réussi à rejouer ensemble sous le maillot du Stade montois… Le regret, il est là. De ne pas avoir réussi à rejouer avec mon meilleur ami sous les couleurs de notre club de cœur. Mais je me suis éclaté pendant 15 ans ! J’ai eu la chance de jouer aussi avec mon frère aîné et mon petit frère, c’est quand même pas mal en terme d’émotion. Il faut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

Pro D2 - Julien Cabannes (Mont de Marsan)

Pro D2 - Julien Cabannes (Mont de Marsan)Icon Sport

Quel regard portez-vous sur cette carrière, notamment ce Brennus en 2013 avec Castres ?

R.C. : Je ne regrette rien ! J’ai failli avoir de l’aigreur parce que cela s’était mal fini avec Castres, notamment avec Christophe Urios. Aujourd’hui je me rends compte que l’on avait chacun une idée des choses et que chacun a défendu son point de vue. Le manager doit penser à un club, et quand tu es joueur tu penses à toi… J’ai appris à prendre du recul et à ne pas avoir d’aigreur et que tu as ce que tu mérites. Quand je vois aujourd’hui que certains ont cette capacité à se plaindre et à toujours un peu parler de soi, à vouloir toujours des motifs et des raisons négatives, il faut se rendre compte que ce que l’on fait est dur, avec de la pression, mais c’est quand même magnifique. Il faut voir le bon côté des choses, pas le mauvais.

À quoi peut ressembler l’après-carrière ?

R.C. : J’ai envie d’un peu profiter. À la rentrée, on mettra tout sur la table en famille. J’ai envie de rester dans le rugby, j’aime ça, c’est ma passion. Je me suis inscrit pour faire le diplôme d’entraîneur et me rapprocher du secteur associatif du Stade montois pour m’occuper d’une équipe de jeunes. Je n’ai pas envie de coacher de suite au haut niveau, c’est trop pesant. Mais le rugby m’anime, me prend aux tripes et j’aurais du mal à couper. J’ai vraiment envie de transmettre. Après si j’y prends goût et que j’ai la capacité de faire progresser, j’aurais peut-être envie de postuler un peu plus haut. Mais je préfère commencer avec les jeunes.

" Essayer d’aller au bout, tout simplement "

Comment avez-vous participé à cette saison, malgré cette blessure ?

R.C. : J’ai voulu un peu aider, un tout petit peu au début mais après c’est dur. Le train avance et toi, quand ça ne va pas, tu es sur le bord de la route. C’est difficile d’aider quand tu ne mets pas un pied devant l’autre. L’équipe est en éternelle évolution. Je ne voulais pas sur-jouer un rôle et j’ai préféré m’affranchir de tout ça. Il était assez compliqué de m’investir dans mon rôle de leader et j’ai trouvé bien que l’équipe le fasse sans moi.

L’équipe a eu une saison plutôt mitigée, on peut le dire comme ça ?

R.C. : C’est une saison compliquée. Il y a eu énormément de blessures, il y a des matches où l’on se retrouvait avec plus de joueurs chez les kinés qu’à faire la mise en place. Il y a un effectif qui a été fortement amputé, des joueurs qui ont beaucoup joué qui se sont blessés aussi. C’était un cercle vicieux. Il y a eu l’annonce du départ de Christophe Laussucq qui, au début, a été bien digérée avec des résultats positifs mais au final, des intérêts ont fini par diverger. Qui va suivre l’entraîneur ? Qui reste ? Qui prolonge ? Quel staff ? Le club a fixé le nouvel encadrement pour donner des garanties au joueur. C’est un équilibre qui reste fragile et il a fallu composer avec tout ça. Mais au final, on est qualifié et ça reste quand même une performance pour le Stade montois. C’est un club armé en termes d’effectif et d’infrastructures mais qui devient de moins en moins armé au niveau financier.

Thibaud Rey et Julien Tastet (Mont-de-Marsan)

Thibaud Rey et Julien Tastet (Mont-de-Marsan)Icon Sport

Qu’attendez-vous de vos coéquipiers sur cette phase finale ?

R.C. : Tout ! On fera le compte à la fin. Je me rappelle de l’année où l’on est champion avec Castres, la saison était loin d’être exceptionnelle. Mais à la fin tu ne retiens qu’un truc, que tu as gagné et que tu es champion. Tout ce qu’il s’est passé depuis dix mois, aujourd’hui ça ne veut plus rien dire. Le principal c’est d’être le plus performant possible maintenant et d’essayer d’aller au bout, tout simplement. Je suis un fervent défenseur des phases finales en rugby, c’est une dramaturgie extraordinaire. En 2013, on est barragiste avec Castres et on finit par être champion. Cela apporte un supplément d’âme. Il faut être capable de tout remettre à plat. C’est un tout autre championnat. Il faut que l’on prenne conscience de ça.

C’est une fin de cycle au club avec de nombreux départs, cela doit être un plus pour ces matchs couperets ?

R.C. : Il faut toujours trouver des leviers de motivation. Cette année a été forte au niveau émotionnel. J’arrête ma carrière. Christophe (Laussucq) quitte le navire après six saisons. Les Fidjiens perdent leur papa avec Ropate Ratu qui est blessé. Les leviers sont importants. Si ça peut amener de l’émotion et une certaine capacité à transcender le groupe, tant mieux. J’aurais préféré servir différemment mais je serai fier de ça. C’est une page qui se tourne et il faut se servir de ça pour faire une belle fin de saison.

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