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Lucu : "Je vais avoir quelques émotions jeudi..."

Lucu : "Je vais avoir quelques émotions jeudi..."

Le 02/04/2019 à 16:06Mis à jour Le 28/08/2019 à 17:40

PRO D2 - En partance pour l’UBB, le capitaine du BO s’est longuement confié sur son ressenti personnel avant le derby de jeudi, les raisons de son départ, la remise en question collective sur cette fin de saison. Sans filtre.

Rugbyrama : Le BO va mieux depuis deux matchs et la remise en question qui s’est déroulée dans le vestiaire après la défaite face à Vannes...

Maxime Lucu : Après Carcassonne et Aix en Provence, nous ne nous étions pas forcément remis en question parce qu’il s’agissait de matchs à l’extérieur, et que loin d’Aguiléra nous n’étions pas forcément performants. Ce n'était, entre guillemets, pas alarmant de perdre. Après la défaite contre Vannes, nous avons décidé de tous nous remettre en question, sur la façon de travailler et la façon de clarifier le système de jeu. Nous étions souvent brouillons, perdus sur le terrain. Rien que ça, ça a simplifié les façons de jouer. Sur les deux derniers matchs, l’équipe a pris beaucoup de plaisir avec des choses plus simples que ce que nous faisions auparavant.

C’est-à-dire ?

M. L. : Le système de jeu n’était pas forcément clair. Nous avions pour mission de beaucoup jouer au ballon. Puis nous avions aussi pour mission d’occuper. Du coup, nous étions perdus ! Nous ne savions pas s’il fallait occuper, jouer, et nous nous retrouvions en demi-teinte. Face à Vannes, quand on voulait jouer, on tombait sur un mur. Et quand on tapait, on rendait des ballons alors qu’il y avait des surnombres à jouer. On n’était pas préparés à jouer au pied, le mur défensif qui montait n’était pas forcément cohérent avec des premières lignes en plein milieu. On a donc travaillé sur la chose suivante : si une certaine phase de jeu arrivait, comment il fallait sortir du camp, comment on montait, etc. Ce sont des choses qu’on ne travaillait pas forcément avant, ou qui n’étaient pas claires. Sur le moment, nous faisions à l’instinct. Depuis, nous travaillons beaucoup à la vidéo avec Fabien Fortassin sur le rôle de chacun. Tout le monde est mieux dans sa tête.

Fabien Fortassin a donc repris un peu plus de responsabilités…

M. L. : Un petit peu, mais il était déjà là à faire l’entraînement des trois-quarts. Ce qui a changé, ce sont les analyses sur des thèmes un peu plus précis par rapport aux points forts et faibles de l’attaque et la défense des équipes adverses, ainsi que les tactiques à mettre en place. Fabien a été intégré un peu plus dans ce rôle-là et on voit qu’avec l’expérience qu’il a, il connaît ces choses. Il n’est pas numéro 1, mais sur des aspects précis, il nous montre des vidéos ou des aspects à corriger.

Est-ce regrettable d’avoir attendu la 24e journée pour procéder à ces changements ?

M. L. : On aura la réponse à la fin de l’année, mais moi, j’ai ma petite idée. Je pense que oui, ce sera regrettable. Ce groupe-là, comme je le dis depuis le début, a des qualités pour faire beaucoup mieux que ce qu’il a fait ces derniers mois. Depuis novembre-décembre, nous ne sommes pas du tout dans ce qu’on voudrait faire. Nous faisons de bonnes périodes de 20 ou 30 minutes de temps en temps, mais nous encaissons beaucoup trop de points facilement. Ce n’est pas fini, mais je pense que les regrets seront là. On aurait pu, du moins, prendre du plaisir beaucoup plus en amont. Là, depuis deux matchs, nous en prenons. Avant, il n’y en avait pas beaucoup, parce que nous étions tout le temps sous pression.

Pensez-vous encore à la qualification ?

M. L. : Avant Vannes, c’était vraiment un pari fou d’y penser, parce que nous avions laissé beaucoup trop de points en route. Là, honnêtement, je ne sais pas trop. Bien sûr, tu es compétiteur donc tu veux tout le temps y penser, surtout quand tu vois que tu n’es qu’à cinq points de la 6e place. Mais nous avons un gros match à Bayonne. Il y a trois rencontres, nous étions au fond de la gamelle. Il faut aller tout doucement. Là, nous avons fait deux bons matchs, mais il faut être lucide et voir déjà après Bayonne ce qu’il se passera.

Jeudi, aura-t-on droit à “Super Lucu” comme au match aller ?

M. L. : Je ne sais pas, on verra. Je l’espère, en tout cas, parce que ce sera sûrement mon dernier derby. Au match aller, l’équipe, devant, avait été très forte. Elle avait pris le dessus sur Bayonne, donc derrière, c’était beaucoup plus simple à jouer. Je suis dépositaire du paquet d’avants et des intentions de l’équipe. Si le collectif va bien, je n’aurai pas de mal à m’intégrer.

Aurez-vous une motivation particulière, comme ce sera vraisemblablement le dernier ?

M. L. : Forcément. On vient à Bayonne en ayant fait deux bons matchs précédemment. On a de la confiance, donc il y a un peu d’excitation. Après chaque match, je sens que la fin arrive avec Biarritz. C’est toujours une pointe de nostalgie. Je suis là depuis 8 ou 9 ans. Plus les matchs approchent, plus c’est compliqué. Je vais avoir quelques émotions jeudi. Il me tarde un peu.

Vous adorez ce type de rendez-vous. Comment allez-vous appréhender la rencontre ?

M. L. : Plus ça approche et plus tu le prends vraiment comme une fête. Je trouve énorme que le stade soit rempli à Biarritz ou Bayonne. Jeudi, il y aura 15 000 personnes. Je suis excité, c’est vraiment une chance de pouvoir le jouer.

Vous êtes certainement le joueur le plus redouté par les supporters bayonnais. Comment le vivez-vous ?

M. L. : Je ne sais pas si c’est légitime, mais ça fait toujours plaisir d’être un peu craint. Ça veut dire que ton travail est vu. Après, ça veut dire que tu es attendu et c’est plus compliqué à trouver des solutions. Tant que l’accueil est chaleureux, ça va.

Que pensez-vous de l’Aviron, cette saison ?

M. L. : J’ai l’impression que c’est un peu comme la saison dernière, sauf qu’eux sont à notre place et nous à la leur. Même s’ils font une meilleure saison que nous, l’an dernier. Ils sont complets partout, ont une très bonne défense. Je pense que les entraîneurs leur ont fait beaucoup de bien. Ils ont un staff compétent, des jeunes qui, comme chez nous il y a deux ou trois ans, explosent. Cette homogénéité avec des anciens comme Battut et tous les jeunes qui arrivent fait toujours bon mélange. C’est un derby, donc tout sera remis à zéro, mais leur saison est plus qu’honorable.

Comment avez-vous vécu les dernières semaines mouvementées sur le plan extra-sportif ?

M. L. : J’ai envie de te dire qu’on est un peu habitués ici, même si là, nous en avons beaucoup entendu parler. Après, nous étions plus focus sur notre performance à nous, parce qu’après Vannes nous étions au fond du gouffre. On voulait juste reprendre du plaisir. Nous en avons repris à temps puisque nous arrivons au derby avec de la confiance et pas mal de certitudes. C’est bien. Après, sur les semaines d’avant-derby, c’est toujours pareil. L’an dernier, elles avaient été hyper mouvementées aussi.

Vous avez décidé de quitter le club, pour Bordeaux, à la fin de la saison. Pourquoi ?

M. L. : J’avais des opportunités les saisons précédentes, notamment l’année dernière où j’étais en fin de contrat. J’avais décidé de re-signer parce que le staff et Gonzalo Quesada restaient. Le staff m’avait convaincu. Là, au vu de l’année compliquée passée et des sollicitations, je me suis mis à me poser des questions. Je me suis dit “si une bonne opportunité se présente, pourquoi ne pas essayer”. J’avais envie de repartir sur un nouveau projet, à zéro, et de me mettre en danger, pour voir si j’avais la capacité de jouer en Top 14. J’ai essayé de ne pas être trop con quand une bonne opportunité s’est présentée.

Maxime Lucu (Biarritz) contre Nevers

Maxime Lucu (Biarritz) contre NeversIcon Sport

Est ce que les soubresauts incessants en coulisses, qui animent le club depuis que vous avez intégré l’équipe première, ont pesé dans votre décision ?

M. L. : Oui, forcément, ça a pesé. Pour moi, qui suis basque aussi, j’ai souvent été dans le collimateur de ce genre de discussions, puisqu’on m’a souvent posé les questions. Mentalement, même si je suis costaud, il y a des moments où ça a été compliqué. Quand on est joueur, on aimerait ne jouer qu’au rugby, ne penser qu’à ça pour s’éclater. C’est vrai que ces dernières années, vu mon rôle au sein de l’équipe, je me devais d’être au front. Je suis un amoureux du club, donc ça m’a forcément touché. À force, tu as envie d’un peu de stabilité pour pouvoir profiter et ne jouer qu’au rugby. Ces dernières années ou même cette année, tu penses plus à l’extra-sportif qu’au sportif. Ça devient un peu compliqué, mais en faisant ce boulot, on est forcément confronté à ça.

Éprouvez-vous des regrets à l’idée de quitter le club ?

M. L. : Oui, j’en ai forcément. J’avais prolongé à Biarritz pour vraiment m’inclure dans le projet, mais avec les aléas qu’il y a autour et les sollicitations, j’ai décidé de partir. J’ai vécu énormément de bonnes choses et je ne retiens vraiment que le positif. J’ai joué avec mon frère. Ximun est revenu à Biarritz exprès pour ça. Au Stade Montois, il était installé, il avait des copains. Mais il voulait revenir pour jouer à Biarritz, se rapprocher de la famille et évoluer avec moi. Ce n’est pas donné à tout le monde et je l’en ai remercié. On a la chance de faire ce métier. Si en plus, tu peux le faire avec ton frère, c’est encore mieux. Ensuite, j’ai joué dans l’équipe que je supportais depuis tout petit. J’ai vécu une demi-finale à Agen, un barrage à Grenoble. Des victoires et des défaites face à Bayonne. Ce sont des moments que tu retiens et que tu ne vivrais nulle part ailleurs. Il y a des regrets, bien sûr, mais le challenge de Bordeaux est vraiment intéressant. Il va complètement changer ma vie. Je suis excité même si le BO et les alentours vont me manquer.

Maxime Lucu, sous le maillot de Biarritz en 2015

Maxime Lucu, sous le maillot de Biarritz en 2015Icon Sport

Vous avez souvent montré l’exemple sur le terrain. Avez-vous peur de laisser un vide derrière vous ?

M. L. : Non. J’étais dépositaire du pack. Quand j’ai été bon, c’est parce que ça avançait devant. Mon rôle de buteur m’a mis en avant, mais c’est mon travail de le faire. C’est comme le lancer en touche pour un talonneur. J’ai dit tôt aux dirigeants que je voulais partir, pour que le club puisse se retourner. Je ne voulais pas attendre le mois de mai. C’est important de ne pas le faire comme ça. James Hart va arriver, c’est un très bon joueur qui est passé par le Racing, Grenoble, le Munster. Il butte, il a connu la Coupe d’Europe. C’est une expérience qui va faire du bien aussi. Gauthier Doubrère fait une superbe saison aussi. Au niveau du but, il y aura Pierre Bernard. Je vais forcément manquer au groupe, aux supporters, parce que je suis d’ici et que je me donne à fond aussi. Ce sont des images que les supporters aiment beaucoup voir et que les Basques aiment montrer. Ça leur manquera à eux, mais à moi aussi.

Quel est votre meilleur souvenir avec le BO ?

M. L. : J’en ai beaucoup, mais je dirais la victoire à Bayonne l’an dernier. On restait sur deux ans avec des défaites à la maison et la dynamique était bonne au club. Nous n’étions pas attendus et c’était un super moment.

Depuis que vous avez intégré le groupe professionnel il y a cinq ans, vous tournez à presque 28 matchs en moyenne par saison. Vous n’êtes presque jamais blessé. Quel est votre secret ?

M. L. : Honnêtement, je ne sais pas. On en rigole des fois avec les kinés parce qu’ils me disent qu’ils ne savent même pas que je suis au club, comme je ne suis jamais blessé. Il faut peut-être que je remercie mes parents parce qu’ils m’ont donné quelque chose, les gènes... Je touche du bois parce que ça peut arriver vite. Après, je suis assez sérieux dans mon hygiène de vie. Je ne fais pas non plus n’importe quoi. Je me repose beaucoup, j’aime dormir. Je récupère très bien des coups, le surlendemain, je n’ai plus trop de courbatures. Je veux beaucoup donner pour le club et ma famille, donc j’essaye d’être sérieux la semaine. Ça se ressent sur le terrain.

Pro D2 - Maxime Lucu (Biarritz) contre Massy

Pro D2 - Maxime Lucu (Biarritz) contre MassyIcon Sport

Pas mal d’anciens Bordelais sont maintenant à Biarritz. Que vous ont-ils dit sur l’UBB ?

M. L. : Ils m’ont dit que c’était un super club familial, qui était en train de se construire pour essayer d’exister dans le top 6. Ils ont un beau stade, un super centre d’entraînement. C’est un club qui m’a donné envie d'essayer de l'aider. Il est composé de joueurs avec beaucoup de caractère, donc je me retrouve un peu en eux. L’identité du club a pesé dans mon choix. J’aime leurs valeurs, je les recherchais. Je n’ai pas mis beaucoup de temps avant de signer là-bas.

Vous serez en concurrence avec Yann Lesgourgues, un ancien du BO. Le connaissez-vous ?

M. L. : Oui, un peu. Mon frère a joué avec lui en espoirs. Moi, je n’ai disputé que quelques matchs avec lui, mais je le connais en-dehors. Je l’ai vu 2 ou 3 fois. Il était en espoirs, j’étais en Reichel et on avait souvent les mêmes fréquentations. C’est un super mec et joueur, donc je suis content de pouvoir apprendre avec lui.

Vous retrouverez également Alexandre Roumat…

M. L. : Je suis content de le retrouver. Quand il était à Biarritz, je l’avais un peu pris sous mon aile, avec Alex Arrate. Nous traînions souvent ensemble. Je connais également Jean-Baptiste Dubié, grâce à mon frère. Le groupe a l’air vraiment sympa, donc c’est top.

Propos recueillis par Pablo Ordas

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