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Plus de trois mois après ses propos racistes, Radoslavjevic sort du silence

Plus de trois mois après ses propos racistes, Radoslavjevic sort du silence
Par Rugbyrama

Le 16/12/2021 à 15:17Mis à jour Le 16/12/2021 à 16:22

PRO D2 - L'affaire avait et fait toujours grand bruit dans le monde du rugby français. Après des propos racistes envers l'ailier de Nevers, Christian Ambadiang, Ludovic Radoslavjevic a été licencié par son club de Provence Rugby. Pour la première fois, l'ancien Clermontois revient sur cette affaire.

Le 3 septembre dernier éclatait l’affaire Radosavljevic. Alors que son équipe Provence Rugby affrontait Nevers, le joueur, passé par Clermont et Castres, avait lancé à Chris Ambadiang, ailier de l’Uson : "Je vais te brûler, mangeur de bananes." Des propos qui avaient été dénoncés sur les réseaux sociaux dès le lendemain par l’ailier camerounais, sans préciser l’identité de son auteur. Ludovic Radosavljevic avait lui-même reconnu quelques jours plus tard en être l’auteur et présenté ses excuses.

Depuis, il a été suspendu 26 semaines par la commission de discipline de la LNR, puis licencié par son club. Sans jamais prendre la parole publiquement. Cette semaine, alors qu’il espérait pouvoir rebondir au SO Avignon avant que la Fédération Français de Rugby à XIII refuse de délivrer sa licence, il a accepté pour la première fois de s’exprimer dans le cadre d’un entretien mené conjointement par Raphaël Poulain, consultant Eurosport, et Midi Olympique. Il donne ainsi sa version des faits. Il évoque également les menaces reçues, "notamment de joueurs du XV de France" et regrette de ne pas avoir droit aujourd’hui à une seconde chance. Enfin, il assure que ses idées sont aux antipodes de celles de ses propos ce soir-là.

Sa version des faits

"J’ai fait une erreur, je l’ai payée cash"

"Depuis le début, j’ai toujours dit la vérité. Canal+ et les médias ont dit que cela s’était passé sur le terrain. Or, c’est faux. Juste avant la mi-temps, il y a eu une échauffourée sur le terrain. À ce moment-là, Chris Ambadiang m’a tiré le maillot au niveau du col. J’ai essayé de le taper au menton. Il s’est mis à crier : "Oh il m’a tapé, il m’a tapé." Et il a demandé à l’arbitre de regarder la vidéo. Du coup, je suis allé le voir pour lui dire : "Je vais vraiment te taper, tu vas voir la différence." L’arbitre nous a alors convoqué pour nous dire : "Calmez-vous, c’est la mi-temps." L’histoire en reste là, seulement j’étais très excité parce que le match était tendu.

En rentrant au vestiaire, alors que Chris Ambadiang est deux ou trois mètres devant moi, je l’entends encore réclamer à l’arbitre la vidéo. Et là, je lui ai lancé : "Mangeur de banane, je vais te taper, tu vas voir la différence." Il ne m’a même pas entendu, mais le talonneur de Nevers Janick Tarrit, à côté de moi à cet instant, m’a dit : "Oh ça, c’est raciste." Et je lui réponds : "Toi, ferme ta gueule, je vais te brûler." Voilà comment ça s’est passé. Je n’ai jamais dit à Christian Ambadiang, les yeux dans les yeux : "Je vais te brûler, mangeur de bananes." Je ne minimise pas ce que j’ai dit. Jamais de la vie. J’ai été m’excuser immédiatement à la fin du match. Ces propos ne reflètent en rien ma personnalité, je les regrette. J’ai fait une erreur, je l’ai payée cash."

Son rapport au racisme

"Je suis moi-même d’origine gitane"

"C’est un mot tellement fort que c’est difficile pour moi d’en parler. Je vous mets au défi aujourd’hui parmi mes proches ou mes anciens partenaires au rugby sur les vingt-cinq dernières années de trouver quelqu’un qui vous dira que je suis raciste. J’ai grandi dans un quartier populaire d’Avignon fait de mixité. J’ai grandi avec des mecs de couleurs, des Arabes et je suis moi-même d’origine gitane. Combien de fois me suis-je fait traiter de "sale gitan" sur un terrain ? C’était monnaie courante. Et ça fait partie du rugby.

Attention, je ne dis pas que c’est bien, mais c’est comme ça. Ce qui me dérange le plus, c’est de devoir prouver que je ne suis pas raciste. Il n’y a aucune once de racisme en moi. Mais le monde du rugby est un peu hypocrite. Des blagues ou du chambrage comme ça, il y en a beaucoup au rugby. Et ce n’est pas parce que ça se dit que c’est bien. Je dois mesurer mes propos. Mais tout le monde le sait, tout le monde en joue. Et aujourd’hui, parce qu’il y a une affaire publique, tout le monde est outré, tout le monde ferme les portes. Et ça, ça me dérange."

Les soutiens et les insultes

"J’ai été menacé par des joueurs de l’équipe de France"

"C’est dans les moments difficiles que l’on voit ses vrais amis. Aujourd’hui, je sais sur qui je peux compter. Lorsque je suis passé en commission de discipline, mon club m’a demandé de préparer un dossier pour me défendre, m’incitant à solliciter des témoignages pour dire quelle personne je suis vraiment. J’ai demandé à d’anciens partenaires à Clermont, des mecs qui sont des amis avec qui j’ai beaucoup partagé, de témoigner du fait qu’il ne m’avait jamais entendu tenir ce genre de propos, pour dire que je n’étais pas raciste tout simplement. Beaucoup m’ont fermé la porte.

J’ai même le souvenir d’avoir demandé à un joueur de Castres avec qui je m’entendais bien, avec qui j’avais joué. Il m’a dit : "Pas de problème, je te fais ça dans la soirée." Le lendemain, n’ayant pas reçu le mail, je l’ai rappelé. Finalement, il avait changé d’avis. Mais j’ai reçu aussi des menaces de mort, des menaces émanant également de joueurs de l’équipe de France. J’ai conservé les messages et j’ai fait des captures d’écran. Mais les courageux derrière un clavier, il y en a à tous les coins de rue, ça ne m’atteint pas. Personne n’est venu me le dire en face-à-face. Et encore une fois, je ne cherche pas à minimiser mes propos. J’ai fait une erreur, je l’assume."

Son licenciement

"Je comprends la position du président"

"Je savais très bien qu’avec une telle sanction, il était difficile pour le club de me garder. Payer un joueur pendant neuf mois sans qu’il ne puisse jouer, c’est compliqué. En plus, j’étais un gros salaire du club. Je comprends la position du président. Maintenant, en travaillant ensemble, nous aurions pu peut-être trouver d’autres solutions. Le président m’a justifié mon licenciement parce que des élus de la mairie avaient un peu tiqué, que des sponsors avaient menacé de retirer leurs billes. Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est faux ? Je m’en fous, mais je comprends la position de Denis (Philippon, président de Provence Rugby). J’ai sans doute abîmé l’image du club, mais en me donnant une deuxième chance, on aurait pu essayer de la redorer. J’avais proposé de m’investir auprès des jeunes, des clubs partenaires. Ils ont refusé. Il faut savoir l’accepter."

Son retour avorté à XIII

"Le droit à l’erreur n’existe pas"

"Le droit à l’erreur n’existe pas. Aujourd’hui, à la moindre faute, on n’attend qu’une chose, c’est de te mettre sur la place publique pour qu’on te pende. […] Par le biais d’un ami, j’ai pris contact avec le club de rugby à XIII d’Avignon pour aller m’entraîner avec eux. J’ai été très bien accueilli. On a finalement décidé de demander une licence. Une demande acceptée dans un premier temps par la Fédération. Et, le jour où le club a décidé de communiquer sur mon arrivée, la Fédération a finalement fait machine arrière en expliquant qu’il fallait d’abord qu’elle réunisse son comité d’éthique pour savoir s’il était acceptable de délivrer la licence. Alors que dans les faits, la Fédération avait déjà délivré cette licence. J’avoue ne pas comprendre. Il y a deux poids, deux mesures.

Souvenez-vous de cet international français il y a deux ou trois ans années qui avait tenu des propos homophobes et qui n’avait pris que trois matchs de suspension (Mathieu Bastareaud avait été suspendu trois semaines par la commission de discipline de l’EPCR pour avoir dit « putain de pédé »). Des histoires comme ça, il y en a plein : les joueurs du XV de France arrêtés par la police en Écosse pour suspicion d’agression sexuelle. Tout ça a été vite étouffé. Il y a aussi des mecs de Grenoble en attente d’un procès pour viol. Je ne sais pas où ça en est, mais je ne crois pas qu’ils aient été suspendus. Je ne suis pas au courant du dossier. Moi, aujourd’hui, pour une phrase « mangeur de banane », j’ai pris neuf mois de suspension. C’est sans doute plus facile avec moi qui suis un petit joueur de Pro D2 qu’avec une star qui joue pour le XV de France."

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