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Déficits en pagaille

Déficits en pagaille

Le 06/04/2018 à 10:00

Les clubs anglais tirent sérieusement la langue, y compris et surtout les Saracens, quittés par leurs actionnaires sud-africains. Que faire pour éviter la fuite en avant des coûts salariaux ?

Le rugby anglais ne se porte finalement pas si bien que cela. On passe sur le Tournoi décevant du XV de la Rose après deux saisons de folie. ça peut arriver. Mais ce qui pose problème, ce sont ces clubs professionnels qui tirent sérieusement la langue. Il apparaît clair qu’ils sont tous en déficit, sauf Exeter, le champion en titre, dont le dernier bilan montre un excédent de 1,14 million de livres (soit 1,3 million d’euros). Belle performance pour un club qui joue dans un stade de 12000 places et dans une région plutôt rurale.

La joie des joueurs d'Exeter

La joie des joueurs d'ExeterIcon Sport

Derrière, ce n’est pas la joie. Même Northampton, qui était fier de ses profits continus depuis seize ans, a reconnu avoir perdu de l’argent la saison dernière et pas qu’un peu : 1, 2 million de livres (1,4 million d’euros). Leicester, traditionnellement "sage" dans sa gestion, limiterait les dégâts avec 460 000 €, tout comme Gloucester. Mais les autres écuries de l’Aviva Premiership sont dans le rouge vif. Même les Wasps, qui ont déménagé à Coventry pour jouer dans un stade de 30000 places en 2014, accusent des pertes, considérables, environ 3,4 millions de livres en 2016 (3,9 millions d’euros). Les Harlequins, Bath, Sale, Newcastle et les London Irish sont dans les mêmes eaux avec, paraît-il, la palme pour Worcester, que ses actionnaires de bases ont failli lâcher après 16 millions de pertes en trois ans.

Marcus Smith (Harlequins)

Marcus Smith (Harlequins)Icon Sport

La cause principale de ces tracas, c’est bien sûr l’inflation des salaires des joueurs professionnels, surtout depuis que le salary cap a été assoupli. Pour être compétitifs, les clubs anglais n’ont pas trente-six solutions : ils sollicitent leurs actionnaires, tel Bruce Craig, bienfaiteur historique de Bath. Reste le cas des Saracens. Le club du nord de Londres s’est hissé au sommet de l’Europe grâce au soutien d’un groupe sud-africain, Remgro, mené par l’homme d’affaires, Johann Rupert.

Bruce Craig, le président de Bath - 10 juin 2014

Bruce Craig, le président de Bath - 10 juin 2014Icon Sport

Mais on vient d’apprendre que les Sud-Africains se sont lassés après neuf ans de présence et de pertes financières assumées sans sourciller (encore 3,5 millions d’euros la saison passée, 4,6 millions la saison d’avant). Ils ont mis leurs actions en vente, soit 50 % du capital. Elles ont été récupérées tout de suite par Nigel Wray, le président historique du club, qui a tenté de rassurer tout le monde en annonçant qu’il était en discussion avec de nouveaux investisseurs.

Contrats centraux ou fin de la relégation ?

Ce triste panorama financier relance une rumeur : la création de contrats centraux pour les internationaux, payés au moins en partie par la puissante RFU afin d’alléger la colonne "dépense" des bilans. Depuis vingt ans, les clubs s’étaient toujours historiquement refusés à en arriver là pour ne pas laisser la main à la Fédération. Mais les réussites irlandaise et néo-zélandaise ont fait vaciller certaines certitudes. Autre solution : limiter, voire supprimer, les risques de relégation. S’il n’y avait plus de descente, pour environ cinq ans par exemple, les clubs joueraient l’esprit libéré.

Ils ne chercheraient pas à se renforcer à tout prix, même pour les jours de "doublons" internationaux. Ils auraient aussi une vraie visibilité en termes de gestion et de formation. De plus, ça tombe bien. Si Bristol monte et que les London Irish descendent comme tout le monde le prévoit, tous les clubs de l’élite seront propriétaires de leur stade : facteur décisif de la prospérité d’une équipe professionnelle.

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