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Patrick Wolff : "Arrêtons les demi-mesures"

Wolff : "Arrêtons les demi-mesures"

Le 15/08/2018 à 16:03Mis à jour Le 15/08/2018 à 16:04

L'ancien vice-président de la LNR est désormais président de l'Association Nationale des ligues professionnelles. Il a bien voulu nous donner son avis sur les risques que fait courir le rugby moderne à ses pratiquants.

Rugbyrama : Que vous inspire le drame qui s'est déroulé à Aurillac ?

Patrick Wolff : Je ne veux pas me focaliser sur ce drame en soi, bien sûr. Ce que je vais dire ne concerne ni Louis Fajfrowski ni Aurillac, mais le rugby en général. Mais on sait tous que le danger augmente. On a les statistiques pour ça. Je pense que le rugby n'est pas fait pour devenir un sport spectacle, sûrement pas, pas avec des colosses qui se tamponnent. Pour moi depuis quatre ou cinq ans, nous sommes arrivés aux limites du système. Les bonnes décisions on les connaît, mais on n'arrive pas à les prendre.

Quelles sont elles, ces bonnes décisions ?

P.W. : La première décision passe par l'apprentissage et la formation. Le rugby doit être un sport d'évitement où la puissance physique ne doit pas être recherchée systématique. Comme c'est un sport de combat, il doit se protéger plus que les autres de toutes ces dérives. Il faut revenir à une philosophie de jeu, compatible avec des moyens physiques normaux. Sinon quand Michalak se trouve face à Nadolo, il est en danger.

Faut-il limiter le poids des joueurs ? Ou le poids moyen d'une équipe ?

P.W. : C'est compliqué, même si nous avions tous pensé. Je crois qu'il faut commencer par s'occuper de la préparation du joueur sur le plan médical et sur le galn de la performance. Le rugby se suffit à lui-même. Il faut être intransigeant sur toutes les règles qui concernent l'intégrité physique du joueur. C'est une question de mode de vie et un mode de suivi médical. Il y a aussi une question de règles sportives avec les plaquages à deux par exemple. Il faut prévenir et non pas guérir.

Mais quand vous parlez de préparation t de suivi médical des joueurs, on ne vas pas tourner au tour du pot, vous faites allusion au risque de dopage, non ?

P.W. : Bien sûr, il faut se le dire en face. Il est impensable d'un homme comme le docteur Chazal se fasse virer parce qu'il veut faire évoluer ces choses-là. Compte tenu de la nature de notre sport, il faut être encore plus intransigeant dans la lutte anti-dopage. On doit se définir des règles beaucoup plus strictes en la matière car nos joueurs sont en danger.

Peut-on donc faire mieux que ce qui se passe actuellement en matière de lutte anti-dopage ?

P.W. : Evidemment, il faut regarder ce qu' a fait le football américain qui était arrivé à des situations extrêmes et nous, on y est, actuellement. Il faut voir ce qu'ils ont fait depuis une dizaine d'années . Et le professeur Chazal a dit une chose fondamentale : la formule 1 a réussi à faire baisser très largement le nombre de ses morts en course.

Qu'est ce qui manque donc au rugby ?

P.W. : Le problème, c'est que les gens du rugby ne se parlent pas. Les joueurs doivent pouvoir exprimer leur ressenti sans que ce soit vu comme une remise en cause du système. Pour les entraîneurs, c'est pareil. A partir de leurs réflexions, il faut redéfinir les priorités et intervenir sur les règles, la préparation physique, la lutte anti-dopage. Lorsque la LNR a été créée, nous avons eu des statistiques. Puis à la fin du mandat de Pierre-Yves Revol,nous nous étions rendus compte que le temps de jeu a été multiplié par deux, les plaquages par trois et la vitesse a augmenté de 25 pour cent. Mais qu'est ce qu'on a fait par rapport à ça ?

Avez-vous une ou deux mesures concrètes à proposer ?

P.W. : Je pense que les saisons sont fondamentalement trop longues. Du coup les temps de préparation physique sont trop longs. Il faut aussi changer l'organisation même des compétitions. Il faut réfléchir sur l'augmentation des temps de jeu effectif. En fait nos instances doivent être focalisées sur les acteurs du jeu et non pas sur les questions financières. La partie médicale doit être davantage prise en compte. La saison dernière à Clermont il y a eu l'affaire Ezeala et qu'est ce que j'ai entendu ? Les médias nous emm...., ils insistent sur cet incident. Malheureusement, il s'est bien passé quelque-chose et nous étions prévenus. On ne peut pas se conter de demi-mesures.

On sent que vous êtes focalisés sur la préparation médicale des joueurs. Vous ne voulez tolérer aucun laxisme, aucune pratique à la limite...

P.W. : Des choses doivent être interdites. Il y a une chose que j'ai toujours voulu mettre en place, mais malheureusement sans succès, puisque je suis plus à la LNR. Je voulais qu'il y ait des critères d'admission et pas uniquement financiers. Si la LNR dispose d'élements objectifs qui montrent qu'une équipe ne respecte pas une certaine éthique médicale et sportive, elle peut être refusée. Je ne vois pas pourquoi on n'accepterait les équipes que sur des critères financiers.

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