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La chronique de Rolland

La chronique de Rodolphe Rolland
Par Rugbyrama

Le 10/06/2009 à 06:00Mis à jour

Dans sa chronique hebdomadaire, Rodolphe Rolland revient sur la finale du Top 14 qui a vu les Perpignanais sacrés face à des Clermontois victimes, une nouvelle fois, de la malédiction qui semble peser sur eux.

Mon pote Georges Bonduc, président de l'amical des céliniens de Belfort et routier fort sympathique, n'a cessé, pendant ce week-end, de me rappeler le célèbre aphorisme du peu fréquentable mais néanmoins génialissime écrivain Louis-Ferdinand Céline :

"Ce monde n'est qu'une immense entreprise à se foutre du monde" [1]

Rajoutant une salve d'éclaircissements devant mon air incrédule :

"L'écologie, c'est un truc pour les riches. Eux, ils peuvent regarder « Home » d'Arthus-Bertrand en full HD sur leur écran plat 125 cm made in China payé cash, tout en consommant bio et équitable.

Quand t'as pas grand-chose en poche, faire bouillir la marmite, avoir de quoi bouffer tous les jours, c'est la seule priorité. Alors oui, culpabilisés, on vote écolo, mais aux européennes seulement, car là on risque rien."

Une entreprise à se foutre du monde !

La finale du Top 14, couronnant des Catalans en or, fut loin d'être une piperie. Ou alors, il faudrait y voir quelques diableries ourdies par le Malin, privant une fois encore les Auvergnats d'un titre convoité depuis 1911.

Pour ma part, fuyant comme la peste toute doxa, je préfère m'en tenir au concret.

Le concret c'est quoi ?

C'est par exemple des chiffres : dix finales vendangées, c'est-à-dire un développement durable dans le temps sans égal dans le monde du sport collectif – la coda de 1936, puis neuf rappels soit dix flops au total – où tout le peuple auvergnat, drapeaux jaunes en berne et tire-jus à la main, essuie ses pleurs, recycle écologiquement le même chagrin, la même douleur.

C'est Aurélien Rougerie montrant ses limites à un poste qui n'est pas le sien, c'est un Jamie Cudmore en bûcheron trébuchant et un Alexandre Audebert coûtant six points de trop à son équipe.

C'est encore un moral d'airain pendant vingt petites minutes, puis la déliquescence qui gagne, des couleurs qui virent au jaune délavé, pastis noyé d'abondance, de ces décoctions infamantes que tout bar abhorre!

Bref, le concret c'est quelque chose de terrible d'un point de vue auvergnat, un crève-coeur, le bibendum qui se dégonfle devant la montagne à gravir, Brennus ou le chaînon manquant pour devenir un Grand.

Croyez-moi, tout est affaire de temps.

Après quarante minutes, Clermont était champion, puis quarante minutes plus tard, la messe était dite, restait alors la frustration et le repentir.

Clermont n'aura pas su gérer ses temps forts et ses temps faibles, manquant de lucidité et surtout de caractère, ressemblant à s'y méprendre au Stade toulousain des demies dans les dernières minutes de la partie, un Stade toulousain que l'équipe avait battu une semaine auparavant.

Bien sûr, il y eut bien quelques feux allumés ça et là par Benoît Baby et Anthony Floch, pyromanes solitaires à temps partiel, mais ces flammèches sporadiques furent rapidement éteintes par des sapeurs catalans sans reproche. Bien sûr, il y eut aussi un épatant Julien Bonnaire, rare survivant du naufrage du huit de devant. Mais trois bonhommes ne sauraient faire une équipe à eux seuls.

Et puis, quarante minutes et tout bascule, Clermont qui lève le pied ou bien Perpignan qui enfonce son vis-à-vis qui aura, très certainement, laissé passer sa chance ; des détails – fautes inutiles, approximations – qui à la fin font la différence. Et puis le passé – les deux éditions précédentes perdues avec quasiment le même groupe – aux trousses des jaunards dans ces vingt dernières minutes, interminables, étouffantes, éternelles, inutiles. Et puis, des clermontois déjà vaincus qui jettent maladroitement leurs forces résiduelles dans le combat, et puis l'Auvergne terrassée par le coup de sifflet final de Jean-Pierre Matheu, admirablement discret et préventif pendant la partie, et qui s'offrit le luxe de désavouer le règlement en ne sortant pas Brock James pour une cravate sur Julien Candelon : voulait pas participer à la curée voilà tout !

Au juste, Clermont aura tenu le Brennus cinquante minutes durant, battu à terme et de façon indiscutable par Perpignan et toute la Catalogne.

Clermont battu trois fois lors des trois dernières finales : par le Stade français, par le Stade toulousain et par Perpignan, ses trois compères du quatuor de tête ! Reste maintenant au coach néo-zélandais à "cotteriser" la plaie.

Du sang neuf est attendu en perfusion.

Vrai, ils l'ont dit, ils reviendront encore et encore jusqu'à la victoire finale, jusqu'à la fin de cette stupide malédiction, car les records sont faits pour être battus et les séries pour s'arrêter subitement.

Certes, ils finiront par le toucher ce satané bout de bois.

Oui, mais quand ?

"C'est le temps notre maître – Tu trouves le truc du temps, de l'actuel – Tu baises tout le monde – C'est facile." [2]

Pas si facile que ça, apparemment, pour l'ASMCA !

[1] Louis-Ferdinand Céline, "voyage au bout de la nuit"

[2] Idem, "Lettres à Albert Paraz 1947-1957"

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