Midi Olympique

La chronique de Villepreux

La chronique de P. Villepreux
Par Rugbyrama

Le 26/05/2008 à 06:00Mis à jour

Notre expert, Pierre Villepreux, revient cette semaine sur la défaite de Toulouse en finale de H Cup, et sur la règle du "pick and go".

La défaite du Stade toulousain interpelle. L"équipe qui a le plus joué a encore perdu et celle qui a gagné s"est prémunie de perdre en jouant de longues séries de "pick and go", forme de cancer du jeu qui ne se cesse de se développer dans toutes les compétitions existantes et va devenir une arme que les plus jeunes vont rapidement, par mimétisme, s"approprier.

Le temps de jeu qui devrait être consacré à des initiatives favorisant la vie du ballon s'amenuise. Préserver la conservation du ballon par ce type de jeu (conservation : quel vilain mot qui prend dans ce contexte tout son sens), va devenir une habileté incontournable à acquérir pour ceux qui mènent au score. L'appréciation de la validité des comportements des joueurs en possession du ballon pose problème aux arbitres et aux joueurs défenseurs. Les arbitres car ils ne veulent ou ne peuvent pas arbitrer la réalité de la situation post plaquages, et les joueurs qui ne savent pas si ils peuvent intervenir - où et quand -. Pas mal de ballons libérés dans cette phase par le Munster, et donc disponibles, pour les défenseurs toulousains n'ont pas été contestés. Pourtant réglementairement les Rouge et Noir étaient en droit de le faire.

Je souhaite reprendre ici une réflexion faite par Michel Lamoulie, ex arbitre international et superviseur à l'IRB. J'adhère totalement à son explication :

"Tout à fait légalement, un joueur entouré de deux soutiens ramasse le ballon, ce groupe fait quelques mètres, va au sol volontairement, avec plus ou moins corps écran des soutiens, et ce afin de recréer une situation favorable à un nouveau "pick and go".

Que peut faire l'adversaire sur une telle situation ? Rien si ce n'est créer une barrière défensive en espérant que l'attaquant fera un en-avant et perdra le ballon. Dans une telle situation, il est impossible à l'adversaire, du fait de la présence des soutiens au sol, de lutter pour la possession du ballon et c'est surtout cette forme de jeu qui nous rapproche du Rugby League ».

Pour l'arbitre, il semble très difficile de punir un joueur porteur du ballon allant volontairement au sol, car avant de tomber il va au contact d'un adversaire qui tente de le plaquer.

Par contre, lorsque le porteur est encadré de deux soutiens, il faudrait impitoyablement appliquer la Règle 10. 4 (n) "COIN VOLANT"

Le type d'attaque dit "coin volant" se produit généralement près de la ligne de but, lorsqu'un coup de pied de pénalité ou un coup de pied franc est accordé à l'équipe attaquante.

Le joueur joue le ballon et commence l'attaque, soit en se dirigeant vers la ligne de but, soit en passant le ballon à un coéquipier qui se dirige vers la ligne de but. Les coéquipiers se lient alors immédiatement de chaque côté du porteur de ballon en formation de V. Souvent, un ou plusieurs des coéquipiers se trouvent devant le porteur du ballon. Le "coin volant" est interdit.

Sanction : Coup de pied de pénalité à l'endroit de la faute d'origine.

Cette règle qui est liée à un coup de pied franc ou de pénalité accordé près d'une ligne de but pourrait être étendue sur tout le champ de jeu et à tout comportement collectif illicite autour du porteur du ballon.

Dans les situations décrites ci-dessus le porteur du ballon n'a jamais été plaqué, il a été volontairement au sol.

Quand le porteur du ballon est plaqué, selon la forme de plaquage provoqué ou subi, la lutte pour le ballon est possible.

Toutes les règles sont rédigées par rapport à trois objectifs :

·La sécurité

·La continuité

·L'équité, le "fair contest" qui créé l'incertitude et conduit au fameux changement de main et à la contre attaque.

Dans la rédaction relative au plaquage (règle 15), que l'on nomme par erreur "jeu au sol" alors que le rugby doit se jouer debout, on retrouve ces trois objectifs.

Malheureusement, dans la pratique, l'équité n'existe plus, car les joueurs qui vont volontairement au sol ne sont pas traités de la même façon par les arbitres selon qu'ils sont adversaires ou partenaires du joueur porteur du ballon. L'équité et la règle ne font absolument pas ce distinguo.

Contrairement à ce que pensent les medias et certains entraîneurs, l'arbitrage du plaquage, qui pour eux, devrait avantager le jeu c'est à dire l'attaquant (celui qui possède le ballon) ne fait que renforcer la défense. Les défenseurs ont très bien compris cela, ils ne vont plus à la lutte pour le ballon car ils savent qu'il est impossible de le récupérer sans être sanctionné du fait des comportements illicites des attaquants allant au sol. La phase de plaquage qui devrait consommer du défenseur se nourrit d'attaquants et ne permet plus de créer un déséquilibre créateur d'espaces et de continuité.

La tolérance accordée aux partenaires du porteur du ballon (le plaqué) induit cette forme de jeu, qui ne permet plus d'obtenir de changement de main, "le fameux turn over" sur plaquage.

Prenons quelques situations :

·Plaquage provoqué : Le porteur du ballon avance, ses soutiens aussi, si pas d'en-avant en arrivant au sol = 100% de conservation du ballon. Une telle action mange en moyenne 4 attaquants pour 2 défenseurs. Il faudra répéter la même action car les défenseurs ne viennent pas lutter et forment un mur défensif. Comme il ne vient pas lutter et que l'on avance on va aller le balayer individuellement. (il faut user...)

·Porteur du ballon allant au sol : c'est le cas le plus fréquent à la sortie d'un regroupement sur un lancement court. Le porteur encadré par deux soutiens avance, libère le ballon plus ou moins loin ou plus ou moins rapidement selon la proximité de ses soutiens. Les deux soutiens au sol, font corps écran, les suivants font un gros nettoyage (il faut user) et dans une telle situation, le ballon reste toujours à l'équipe attaquante, l'arbitre occultant les nettoyages illicites. Pas de création de ruck, pas de lutte collective (le défenseur a compris que la lutte est impossible). Cette pratique est pernicieuse, en particulier chez les jeunes qui n'aiment pas se faire plaquer et vont volontairement au sol, pour ne pas être plaqué, pour conserver le ballon mais non pour le jouer. Le rugby a été légiféré pour être joué DEBOUT dans le champ de jeu, on ne peut aller volontairement au sol que dans l'en-but...

·Plaquage subi : dans ce cas, le porteur du ballon recule. Comment dans cette situation de recul peut-il conserver le ballon ? C'est à mes yeux la meilleure situation pour un changement de main et pour récompenser le plaquage qui fait partie intégrante du jeu.

De tels comportements ne favorisent que la puissance et le combat individuel. Les balayages collectifs avec des joueurs liés, induiraient la formation de rucks, mais malheureusement ils sont individuels et donc dangereux. Ils sont amplifiés par les équipements qui transforment nos joueurs en de véritables gladiateurs qui se sentent invulnérables.

Face à ce constat , pour éviter que le but du jeu ne relève que de la seule "conservation abusive du ballon" on peut bien sûr tenter de faire des expérimentations qui interdiraient au porteur du ballon d'aller volontairement au sol dans le champ de jeu. Mais personnellement je trouve regrettable que les propositions faites par la "commission des nouvelles règles" concernant la règle plaqueur-plaqué et la possibilité de contestation du ballon par la défense y compris en situation de ruck (possibilité d'utiliser les mains ) n'ait pas été retenue.

Les limites de la forme "pick and go" auraient vite émergé, puisque le bloquage du ballon aurait conduit à des situations de balle injouables significatives de coup franc en faveur de la défense.

Si Toulouse avait pu bénéficier de cette règle, il aurait certainement récupéré quelques balles, celles qui lui ont peut être manqué pour montrer que l'on peut devenir champion avec un jeu différent et en tout cas plus enthousiasmant.

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