Midi Olympique

La chronique de H.Broncan

La chronique de H.Broncan
Par Rugbyrama

Le 13/05/2008 à 09:45Mis à jour

Les pas perdus du coach Henry Broncan se sont baladés sur quelques coteaux le jeudi 8 mai.

Jeudi 8 mai 08

Cette Nationale de Bordeaux dévalorisée par l'autoroute ne manque pas de charme à condition d'avoir envie de prendre son temps : brocante sur le terrain de rugby de Colayrac, cérémonie du 8 mai à St-Hilaire de Lusignan, yeux relevés vers le Tupé de Clermont-Dessous, souvenirs de Marie de Médicis et de la Reine Margot à Port-Ste-Marie, étrange allégorie de la République - un beau maul - à Aiguillon, le château des miliciens à Tonneins, les "pommes d'amour" de Marmande, la légende de Bazella décapitée - elle aussi - à Ste-Bazeille... Sur la voie, un peu partout, des traces de Richard Coeur de Lion, Simon de Monfort et Henri IV. Crochet à droite, direction les Côtes du Marmandais, Beaupuy et son étonnante équipe de basket, notre Valence du Lot-et-Garonne. Les vergers cèdent la place aux vignes. Si j'ai beaucoup apprécié - je n'en ai jamais autant bu - les vins d'ici, j'ai complètement mésestimé la puissance de nos marchands dans ce département. C'est vrai que je suis un Gersois de l'Est, élevage et céréales, et je n'ai pas vu venir la "conspiration de la vigne et du vin". Pourtant un ami très fidèle, invité dans une fête bachique peu après le début de la saison..., m'avait averti du complot déjà en préparation.

"Duras, c'est le plus beau coin du Lot-et-Garonne," dira l'hôtesse lors de mes premiers pas sur son domaine ; sincèrement, je n'ai eu aucune envie de la contredire parce que je ne suis pas loin de penser qu'elle a raison même si Monflanquin, Gavaudun, Nérac, Tournon, Penne, Vianne, le Pech de Berre, le canal, etc... etc... pardon pour les oubliés et pour ceux que je ne connais pas encore... Arrêt sur le promontoire qui domine le Dropt, regard sur le petit stade où nous avions accompli, en début de saison, au temps des espoirs fous, un entraînement décentralisé, admiration devant le superbe château aux six tours circulaires... Du Guesclin l'a ravi aux Anglais. Je cherche ma route vers St-Astier où les villageois commémorent, eux aussi, l'armistice. Un petit chemin blanc, caillouteux, quelques trous, barrière et volets bleus. Dans la mer verte des vignes, je songe aux contrevents azur de l'Ile de Groix : "A Groix, chacun voit sa croix"... "Au début, mon voisin n'appréciait guère cette couleur. Depuis, il s'est habitué et on s'entend très bien". Je n'ose pas lui dire par peur de passer pour un flatteur mais j'aime les volets bleus !

Ils sont là, pour la 3e fois face à face ; un journal les a comparés l'un au chat, l'autre à la souris ; un autre quotidien, le premier au renard, le second au hérisson. Pour les manichéens, c'est un remake de l'ange blanc et du diable rouge, chacun jouant alternativement, selon les humeurs de Garonne, des rôles diamétralement opposés. Pour les fielleux, dans la triste parade 2008 du grand cirque SUA, le premier interprète le rôle de Monsieur Loyal et le second celui d'un vieux clown aux godasses bien trop larges pour lui.

Il y a maintenant un an qu'ils se côtoient : lui, l' "étranger " de Paris, le premier Président du SUA qui ne soit pas du sérail, c'est-à-dire d'Agen, et l'autre, l'exilé du Gers, Garonne traversée à grands coups de seaux d'eau trouble et saumâtre avalés comme autant de litres d'huile de ricin.

Le vin est bon : on ne peut être méchant quand on produit un tel breuvage. François 1er aimait le Duras et on m'a raconté que les grands rois d'Europe l'appréciaient également. Des saveurs de réglisse et de fruits secs. Les aiguillettes et le magret, même s'ils ne sont pas du Gers, proviennent de l'élevage de canards de la ferme d'en face et les pommes sont de Ste-Bazeille.

Auparavant il lui a montré son jardin secret : le bassin où le black-bass fait la loi et où les roseaux bataillent, le parc sur lequel le Akita-Inu, le "chien des samouraïs" veille, les carrés de fraises, de groseilles, de salades, les lignes de vigne impeccables, le jardin d'un Parisien ataviquement amoureux de la terre.

Par crainte des ondées légères de mai, la cuisine d'hiver les a accueillis. Dans l'âtre, le feu des sarments, et sur la table, la chaleur du vin rouge libèrent les inhibitions... 4 heures à ne parler que du rugby, du SUA et d'Agen, franchement, librement, yeux dans les yeux, rencontre sans doute ( ?) trop tardive mais qui aura eu au moins le mérite d'exister entre l'homme proche du CAC 40, entreprise cotée en bourse de New York et de Paris, informatique à tout berzingue, aujourd'hui en short et savates, et l'anti-mondialisation, anti-capitaliste, anti-net, en costume et chemise, presque en cravate. Sacré rugby !

La femme et la fille écoutent attentives, presque toujours silencieuses mais à chacune de leurs interventions on comprend qu'elles connaissent bien Armandie, bien mieux que lui, trop isolé dans sa tour d'ivoire, au milieu de sa garde prétorienne. Elles, elles suivent le match dans les tribunes, s'imprègnent des joies et des peines des supporters, entendent les commentaires, recueillent les jugements sur les joueurs, l'entraîneur... le Président !

Ces deux étrangers dans la ville ont donc combattu isolément, chacun de leur coté, pour rendre leur fierté à des Agenais traumatisés par la descente dans "l'enfer" de la D2 après un siècle de prestige, de titres, d'internationaux, de présidents nationaux, de records de sélection, de capitaines du XV de France, de suzeraineté sur le rugby Français. Aux antipodes l'un de l'autre, socialement, culturellement, politiquement, et même physiquement, il a fallu une crise un peu plus importante que les exclus de novembre, que les frasques de Rups, que le crachat et les expulsions de Mars pour se réunir pendant 4 heures de rang .Trop tard ?

"Le vin est tiré, il faut le boire..., même s'il est bon," m'a dit le Toulonnais.

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