Midi Olympique

La chronique de H. Broncan

La chronique de H. Broncan
Par Eurosport

Le 18/05/2008 à 10:57Mis à jour

Retrouvez les pas perdus d'un coach, la chronique d'Henry Broncan, l'entraîneur du SUA.

Samedi 10 mai

50' d'un SUA jamais si proche de la perfection à cause d'un système de jeu enfin assimilé, d'une convergence dans les objectifs, d'un mental à l'unisson ou bien en raison d'un La Rochelle usé par des combats renouvelés, assommé par une défaite dans ce Marcel-Deflandre qu'on voulait inexpugnable ?... Où est la vérité ? Quelque part entre les deux opinions mais pas vraiment seulement dans un camp ! Dans celui des Huguenots, j'ai retrouvé avec plaisir deux joueurs que j'avais voulu faire venir à Auch les étés antérieurs, et curieux clin d'oeil, ce sont eux qui ont marqué les essais visiteurs. J'ai découvert Camille Levast lors de l'ouverture de la Pro D2, en septembre 2001, sur le terrain jusqu'alors inconnu d'Aubenas. Pas facile de s'imposer à l'époque, dans cette impasse de l'Ardèche. Nous l'avions fait bien difficilement et j'avais remarqué ce seconde ligne impeccable dans l'alignement. Sollicité régulièrement, ce Grenoblois d'origine a préféré les vagues de l'océan à celles de mes coteaux. Florian Ninard n'aurait jamais dû quitter le Gers : fils de la Save, fils d'un de mes joueurs de la campagne glorieuse de 81, ce sont ses études qui l'ont conduit je crois à Bordeaux, comme si la brillante université de Toulouse ne pouvait pas l'accueillir. Je me souviens d'un entretien dans la tribune marathon du Moulias : notre rivière ne devait pas compter suffisamment de diamants et le café de chez Merlin devait être meilleur que les tisanes de Bernard Laffitte. Depuis, c'est toujours avec plaisir que nous nous rencontrons et que nous échangeons, même - surtout ! - sur le terrain. Alors que nous tenions le bonus offensif, une de ses courses solitaires va détruire nos espérances à 5 points. En revenant dans son camp, il n'oubliera pas de m'adresser un clin d'oeil amical.

Dimanche 11 mai

Le toucher du dimanche a le grand honneur d'accueillir l'ex-toubib de l'équipe de France devenu adjoint de la mairie d'Agen lors des dernières élections et responsable des affaires sportives de la ville. Nos divergences politiques ne nous empêcheront pas d'évoluer ce matin dans le même camp et de nous faire plusieurs passes. La légende rapporte que du côté de Narbonne, le RPR Spanghero et le communiste Quilis ne se faisaient aucun cadeau, à Cassayet, bien qu'évoluant tous deux sous la tunique orange. Où est la vérité ?

Arrivée à Sauclières pour le quart de finale des Crabos.

1986 : le LSC vient rendre visite à la fabuleuse ASB. Score 30 à 3 pour les champions. Nous nous étions battus vaillamment et nous avions quitté le stade, la tête haute malgré l'ampleur de l'échec : Barbaria et Stigliani opéraient en seconde ligne ; le plus grand des deux mesurait 1,80 m !

Aujourd'hui, nos jeunes, invaincus depuis le début de la saison affrontent Toulon. En lever de rideau, les cadets varois, en demi-finale de leur championnat, affrontent leurs homologues du Stade toulousain. Match de qualité bien sûr mais dans les tribunes, vindictes après vindictes, parents exacerbés contre parents surexcités, quolibets sur quolibets, une bagarre éclate entre supporters, les femmes - les mères ? - n'hésitant pas à brandir les premières les drapeaux imbéciles de la haine : rouges et noirs contre rouges et noirs. En rentrant ce soir, j'apprends qu'un arbitre de football a été frappé sur un terrain du Lot-et-Garonne. Quinze jours auparavant, c'était un arbitre de rugby qui avait subi le même sort aux portes d'Agen.

Menés 18 à 6 - 4 drops pour les enfants de Mourad ! Nos bleus et blancs, grâce au coaching, reviennent au score et passent même devant 21-18 : plus que 40 secondes et c'est la fin. Pénalité aux 45 mètres en coin pour nos protégés ; le jeune ouvreur décide de la tenter. L'ovale tombe, à côté des poteaux, sur la ligne de but. Réception du n°8 qui cherche et trouve son 11 : celui-là, si Boudjellal veut me le prêter, je le prends demain ; course jusqu'aux 50 mètres ; ruck, 9 vers 10 ; ce 10, fils d'un excellent ouvreur - carrière niçoise - adresse une longue diagonale sur le 14, deux autres passes efficaces et essai magnifique pour les uns, dramatique pour les autres. Coup de sifflet final : pilou-pilou chez les vainqueurs, sanglots chez les notres. Nos supporters venus nombreux rangent avec un peu de dépit les tambours et les banderoles. Tristesse dans les vestiaires des vaincus. A l'exception du Président de l'Association, j'ai cherché vainement un dirigeant de mon club du côté de Béziers ! Et on veut me faire croire que la formation les intéresse !

Lundi 12 mai

3 heures de discussion, à 3 puis à 4, de 10 heures à 13 heures. Epuisé, je ferme le portable toute l'après-midi. A l'ouverture, j'apprends que le fils d'une amie est dans une clinique bordelaise pour subir une opération chirurgicale en raison d'un éclatement du plancher orbital, suite à un coup de poing donné lors d'une rencontre d'un challenge quasi-amical juniors.

Au Pech de Berre, un éboulement empêche l'accès aux voitures. Tant mieux, le sentier qui serpente jusqu'à la croix est plus agréable : c'est sur cette voie que la vue sur le Confluent est la plus belle ! L'orage se prépare du côté de Tonneins. Il parait que c'est au Pech qu'il se décide pour remonter, soit la vallée du Lot, soit celle de la Garonne.

Mardi 13 mai

"Le Petit Bleu" et ses lecteurs sont face à Jean Dionis du Séjour, Député, Maire et Président de la communauté d'agglomération. Premier sujet d'inquiétude : les impôts... deuxième : le SUA ! Après, viennent l'éducation, la circulation, les cités, etc. Et moi qui me plaignais qu'à Auch, le rugby n'était pas - à mon époque - suffisamment pris en considération par la municipalité, maintenant je suis surpris qu'il le soit trop ici !

Nous avons laissé Pentecôte à Vic-fezensac pour nos joueurs : un entraîneur gersois ne pouvait les empêcher de se rendre dans notre lieu de culte festif. Normal que la reprise soit poussive et que les ballons n'atteignent pas souvent les cibles.

Mercredi 15 mai

J'ai reçu, hier, une invitation à déjeuner tout à fait inattendue de la part de Paul Chollet, ancien maire d'Agen et ex député de Lot-et-Garonne. Il s'est voulu accompagné par Pierre Gardeil, garantie de "gersitude", amoureux, bien que natif d'Astaffort, de Lectoure, la cité dans laquelle, professeur de philosophie, puis directeur d'établissement, il a accompli toute sa carrière d'enseignant. Les deux sont des membres éminents de cette fameuse Académie du SUA au même titre que Pierre Lacroix, Béatrice Uria-Monzon, Guy St-Martin –celui-ci m'a adressé une bien belle carte lors de mon éviction – Francis Cabrel, Philippe Sella - déjà un stade à son nom... à Bordeaux ! – etc. Là aussi, politiquement, socialement, religieusement, nous sommes dans des camps fortement opposés mais ils aiment tant le SUA que je ne peux qu'être bien auprès d'eux. Le menu Drop, le vin de Duras - Paul est natif de là-bas et son père était vigneron même si à l'origine, la famille est vendéenne - un pain excellent - Pierre G. est un des cinq fils du boulanger d'Astaffort - la cuisine de Michel Dussau, nous rapprochent en cassant les inhibitions et les a priori. Nous avons beaucoup parlé du rugby mais aussi du temps passé, des corvées paysannes, de Puig-Aubert et de Caucau, d'Occitanie, de solidarité, de pédiatrie, de gérontologie, d'ATR, de SUA... Notre sujet de conversation a glissé, un moment sur l'immigration italienne d'avant et après la guerre. Pierre raconte la misère de ces nouveaux arrivants : "Je les ai vus boire l'eau de la rigole, à Astaffort..." Paul relate leur intégration par le travail mais aussi par le rugby : "nos packs des équipes du Lot-et-Garonne étaient composés en majorité par eux..." De mon côté, je revois Maria, la petite fille des métayers du château, un premier amour. Mes copains jaloux de notre amitié me disaient : "Maria, elle n'a pas de culotte !" Je n'ai jamais vérifié, nous avions 6 ans : déjà trop petit, la noyade dans le bleu de ses yeux et le privilège d'être le seul à lui tenir la main en gravissant la vieille cote de l'école suffisaient à mon bonheur.

Je n'ai pas vu le temps passer et curieusement, l'entraînement de l'après-midi m'a vu arriver plein d'une énergie que ces deux hommes plus âgés que moi - 80 et 77 ans - avaient su me transmettre.

En partant, Pierre m'a donné son dernier ouvrage : "Le feu sans lieu" chez Kephas. Ce soir, je n'ai pu m'endormir qu'après l'avoir lu jusqu'au bout. Toujours ces histoires de camp : dans celui du mien, tout est bon, dans celui de l'autre, même si c'est bon, on ne veut pas reconnaître... Une écriture exceptionnelle, si exceptionnelle qu'elle vous donne des complexes et les très belles histoires, émouvantes, dramatiques, traumatisantes de cet oncle fusillé pendant l'épuration pour activités miliciennes et celle de ce jeune frère aîné brûlé à Buchenwald après avoir été déporté pour ses activités dans la Résistance : le même patronyme, le même sang, la même issue fatale dans les deux camps. Je sais aussi maintenant qu'après avoir franchi Lectoure, avant de ralentir dans Ste-Mère, je jetterai un coup d'oeil sur ma droite, vers le château et l'église des Plieux.

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