Midi Olympique

Chronique de P. Villepreux

La chronique de P. Villepreux
Par Rugbyrama

Le 16/05/2008 à 08:45Mis à jour

Dans sa chronique hebdomadaire, Pierre Villepreux apporte quelques précisions sur la mise en place des nouvelles règles.

Suite à l'article de Jacques Verdier dans Midi Olympique (Journal de bord) dans lequel il promet aux nouvelles règles un effet qui va offenser certaines formes de jeu. Comme certainement beaucoup d'autres, il y stigmatise la dévalorisation voire la dépréciation des phases dites de combat collectif.

Jacques répondait à un de mes articles sur Rugbyrama.fr. Je tiens à préciser que je n'ai pas pour ambition ni de convaincre ni de " laisser croire ", et en tout cas, pas ceux qui n'ont pas envie d'être convaincu. J'ai apporté une information et fait part de statistiques qui montrent justement que les phases de combat avec les nouvelles règles existent mais sont en nombre quasi identiques sinon supérieures à ce qu'elles sont dans les règles actuelles. Je tiens à préciser que le souci de ne pas dénaturer le jeu et donc" son esprit " a été pendant 3 ans pour la commission des règles une préoccupation constante, justement parce que le jeu actuel nous semblait aller vers une dérive treiziste sur les phases justement de rucks. En effet, le peu de volonté de la défense pour contester le ballon (et c'est logique) est aujourd'hui de plus en plus flagrant (voir mon article précédent). Je pense et n'affirme rien, que la règle plaqueur – plaqué et celle du ruck qui s'ensuit pouvaient puisque la récupération deviendra réalisable, amener les défenseurs à s'investir dans cette contestation.

Comme je l"ai précisé, cette règle n"a pas été retenue. Donc pas de danger pour ceux qui en sont satisfaits. On va continuer à voir les arbitres diriger les joueurs pour leur éviter de faire des fautes, et à voir les défenseurs être de moins en moins impliqués directement dans cette phase essentielle du jeu. Crucial puisque la moyenne statistiques de situations de rucks est de 150.Pas de défenseurs actifs dans la zone de contestation mais plus d"attaquants pour conserver la balle. Situation confortable pour ceux qui ont la balle mais pas favorable pour relancer le jeu de manière dynamique et intelligente. Le jeu à treize redouté va sévir avec des défenseurs qui attendront le jeu successif, qui forcément se fera de plus en plus par des "picks and go" qui sont eux de véritables "tenus treiziste" contre lesquels le défenseur est sans armes. L"acceptation de la contestation et la perte de balle quand le ballon est déclaré non jouable auraient permis de donner un autre sens à cette malversation.

Dans le même ordre d'idées, et pour ce qui me concerne, quand on parle "d'alternance jeu groupé – jeu déployé", je considère que ces deux formes se conditionnent mutuellement dans le choix d'un jeu qui se réalise dans une continuité dynamique. Faut-il alors accepter de définir la forme "jeu groupé" et de la comprendre comme une forme de dynamique collective utilisant le jeu à la main avec un jeu de passes qui privilégie l'axe profond du terrain. Cette réelle pénétration dans le dispositif défensif attire alors un maximum de défenseurs vers les différents porteurs de balle et vers le point de pénétration. C'est cette forme de jeu qui crée les conditions favorables d'alternance et donc d'utilisation du jeu déployé successif.

Ceci pour dire que je ne considère pas que les mauls actuels puissent être intégrés dans cette forme de jeu. Cette phase relève d'un jeu statique, plus près de la mêlée que du jeu dynamique décrit précédemment, et ne créait que rarement (sauf près de la ligne de but adverse) les conditions d'efficacité que l'on accorde au jeu groupé dynamique. Toujours concernant les mauls, il me semble que la règle du maul écroulé devrait permettre aux techniciens de trouver des solutions multiples pour justement transformer cette phase plutôt statique en un jeu dynamique à même de créer les mêmes conditions de resserrement des défenses que le jeu groupé pénétrant.

L'avantage de ces nouvelles règles, c'est aussi de redonner de la liberté et plus d'options aux joueurs mais aux entraîneurs qui, puisqu'elles le permettent, pourront choisir de jouer leur style. J'espère simplement, mais je ne demande à personne de me suivre dans ce souhait, que ceux qui voudront bien les utiliser et réfléchir sur leurs richesses tactiques se feront plaisir et gagneront.

Ce plaisir s'est largement exprimé dans l'évaluation faite très régulièrement par les joueurs des pays qui ont joué avec ces nouvelles règles. Les réticences du départ se sont transformées en un plébiscite en fin de période d'expérimentation.

Si l'on accepte aussi que le jeu comme on dit "leur appartient", pourquoi refuser le changement et tester ces règles sans arrière pensée ? Il sera toujours temps d'apporter les aménagements que les effets pervers ne manqueront de faire surgir.

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