Midi Olympique

Chronique de P. Villepreux

La chronique de P. Villepreux
Par Rugbyrama

Le 08/04/2008 à 14:50Mis à jour

Notre consultant Pierre Villepreux revient cette semaine sur les nouvelles règles actuellement testées dans l'hémisphère sud.

Pour avoir participer la semaine dernière à la réunion des 6 nations concernant les nouvelles règles, j"ai pu constater lors de la présentation faite aux nations majeures du rugby européen qu"il n"est pas si simple de faire adopter un point de vue commun.

Pourtant, depuis maintenant presque trois ans ces règles ont été testées à des niveaux de jeu divers dans la majorité dans les pays les plus représentatifs que ce soit au nord ou au sud.

Mais pour faire adhérer tout le monde faut-il encore se sentir concerné. Derrière les modifications réglementaires proposées, il convient avant tout que chacun s'inscrive collectivement dans une vision du rugby de demain. Vision d'un meilleur rugby offert à tous qui légitimera le changement et qui permettra aux joueurs, arbitres et spectateurs d'accéder sans ambiguïté à un jeu qui répondent aux besoins analysés. Rentrer dans la modernité du jeu demande un accord sinon général du moins celui de la majorité des pays les plus influents en espérant que le message et le sens du changement soit aussi validé par tout l'environnement.

Les objectifs pour un meilleur rugby définis par la commission depuis le départ :

Rendre le jeu plus simple à jouer pour les joueurs - à arbitrer pour les arbitres, à entrainer pour les entraineurs - à comprendre pour les spectateurs.

Rendre le jeu plus attractif pour tous.

Laisser les joueurs décider du "comment jouer", pas les arbitres.

Préserver les valeurs, l'identité et la spécificité du jeu.

La vision de l'IRB a été énoncée il y a maintenant trois ans, en Afrique du Sud à Stellenbosh, haut lieu s' il en est un dans l'histoire du rugby, des évolutions réglementaires.

Les objectifs et le chemin pour y parvenir ont été exposés à tous. Il ne s'agissait nullement de proclamer des règles sans communiquer mais bien de faire agir ensemble la communauté Rugby pour que tous y engagent leurs ressources et apportent leur contribution à des fins d'adaptations éventuelles. Créer ce lien entre la commission et les pays a toujours été le soucis des membres constituant cette commission à qui il est revenu la mission de gérer cette difficile mais légitime et concevable évolution.

Cette vision rugbystique en s'inscrivant dans le temps, prenait tout son sens puisque le projet devait être et a été évalué en continu. Il a bénéficié sur la durée de l'implication au sein de la commission des mêmes personnes mais cette commission n'a pas manqué de s'enrichir au fil du temps avec de nouvelles expertises dans le but de ne pas passer à coté de l'essentiel, à savoir préserver l'identité de notre jeu et conserver les valeurs qui sont les siennes. Des Ex ,entraîneurs, arbitres, joueurs, de haut niveau ont ainsi collaboré pour élaborer un "package de règles" synthèse de ce qui est souhaitable et de ce qui est possible.

Il s'agissait bien de faire entrer tout le monde dans un processus participatif qui visait à recueillir, tout en même temps, les connaissances de ceux qui sont au c&oeligur de l'activité dans leur contexte culturel particulier.

Faire tester ces règles dans le maximum de pays visait, à la fois à les valider mais aussi à rassurer les divers responsables. Dans cette optique il a été tenu compte, grâce à un questionnaire, de l'appréciation des joueurs arbitres et entraîneurs les ayant expérimenté.

En effet même si on prend en compte et accepte les possibilités offertes par ces règles, on peut aussi être perturbé par leurs exigences qui peuvent, bouleverser les habitudes et le quotidien des acteurs, joueurs, entraîneurs et arbitres et interpeller le public.

Ne pas s'imprégner totalement de cette vision et des objectifs recherchés a un peu limité la capacité de certains à s'investir dans le projet. La tendance a plutôt été d'attendre et de relativiser les conséquences d'un engagement modéré. On occultait tout le travail à développer en terme de profil de joueur, de formation à dispenser, de savoir faire à acquérir.

Les pays qui ont fait l'effort de tester ces règles même à un niveau de pratique moyen ont sûrement pris un peu d'avance. Au plus haut niveau l'expérience acquise par l'hémisphère Sud dans le Super 14 est sans doute intéressante mais pas déterminante car certaines règles n'ont pas été testées, je pense en particulier à deux qui me paraissent essentielles, Celles concernant le ruck et maul.

Ces tests ont donné lieu à des évaluations très ciblées concernant la sécurité des pratiquants, les effets tactiques et techniques obtenues grâce à des statistiques comparées entre le jeu actuel et le jeu avec les règles expérimentales.

On sait d'ores et déjà que ces dernières ne dénaturent pas le jeu, que celui-ci conserve son identité, que les joueurs grâce aux options accordées vont pouvoir, s'ils le souhaitent et les entraîneurs avec, entrer dans une dynamique de jeu différente plus adaptative, porteuse de plus de créativité. Pour ces raisons il aurait été important de les tester en totalité et non pas quelques unes, au plus haut niveau afin de bien juger des effets d'interrelations des unes sur les autres.

Il devient aujourd'hui déterminant, si on veut expérimenter ces règles dès septembre pour la saison 2008- 2009, qu'un accord définitif entre Nord et Sud intervienne rapidement. Il ne s'agit plus maintenant d'avoir un accord de façade, mais bien de réellement collaborer et d'échanger afin d'aller vers un meilleur rugby pour dépasser celui qui a montré ses limites lors de la dernière coupe du monde.

Dans l'intérêt de tous, il faut adopter ces nouvelles règles. Ce serait faire preuve d'ouverture d'esprit, de recherche l'excellence, de tolérance en vivant le rugby dans sa diversité en respectant une certaine façon collective d'avancer.

La position prise dans cette réunion par la FFR en faveur de cette évolution a été remarquable. Ce positionnement clair et sans ambiguïté ne manquera pas d'influencer les décisions des uns et des autres.

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